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Délestages en cette période de pointe: des agents du secteur informel racontent leurs déboires

Outre les ménages et les services administratifs qui se plaignent des délestages, certains agents du secteur informel se disent également très affectés. Surtout en termes de rendements. De leur avis, les pertes de bénéfices sont incalculables pendant la période de pointe de la Sonabel. Certains d’entre eux ont accepté volontiers parler de leurs désagréments.

Conombo Karim, coiffeur

Monsieur Conombo Karim est coiffeur. En cette période de gestion rationnée de l’électricité, il dit avoir pris soin d’acquérir un groupe électrogène qui prend immédiatement le relais en cas de délestage. Malgré tout, M. Conombo estime que l’argent qu’il dépense journellement pour s’acheter le carburant constitue un manque à gagner. Mais il n’a pas le choix s’il veut maintenir sa clientèle. Il plaint surtout ceux qui vendent les aliments périssables comme les alimentations.

Pour lui, même si en cette période spéciale la Sonabel invite les populations à bien gérer le courant électrique, au niveau du secteur informel, chacun essaie, tant bien que mal, « de porter sa croix ». Mais pour combien d’années encore? C’est pourquoi il invite les premiers responsables de la société à « renouveler le matériel devenu vétuste ».

Ilboudo Antoine, Soudeur

Monsieur Ilboudo Antoine, soudeur, avoue également souffrir des délestages: «Comme vous le savez, dans ce métier, sans l’électricité il n’y a pas de rendement. La soudure demande beaucoup d’énergie; ce qui fait qu’on ne peut pas se permettre d’utiliser des groupes électrogènes pour le relais en cas de coupure. Inutile donc de vous dire qu’en cette période, mes revenus baissent énormément par rapport aux mois précédents. Quand nous avions le courant en permanence, nous recevions beaucoup de clients pour divers services (confections, réparations…). Cette affluence nous permettait de faire des recettes, d’assurer l’alimentation des ouvriers et la popote à la maison. Depuis l’instauration de la pointe, on ne compte que sur les commandes que nous ne pouvons même pas exécutées dans les délais. Toute chose qui provoque constamment des conflits avec les clients».

Il est indéniable que les délestages impactent sérieusement notre économie.

Ce que dit la Sonabel par rapport à ces désagréments et la solution alternative?

A l’orée de la période de canicule, la Sonabel n’a cessé de multiplier les campagnes de communications pour expliquer la situation qui prévaut et les mesures prises pour amoindrir les désagréments liés aux délestages. Un programme de délestage a même été établi afin que les usagers puissent prendre leurs dispositions. Mais sur le terrain, la situation reste difficile. Les plaintes sont légion du fait des pertes de revenus.

Malgré les mesures prises par la Sonabel dont l’effacement de la consommation des gros clients et les énormes investissements, le Burkina aura toujours des difficultés dans la gestion de son électricité tant qu’il y aura déséquilibre entre l’offre et la demande. Le Directeur de la Sonabel l’a lui-même reconnu: «Malgré les investissements consentis par l’Etat, le sous-secteur de l’électricité est confronté à un déséquilibre persistant entre l’offre d’énergie et la demande de plus en plus forte dont le taux de croissance annuel est d’environ 13%». Selon ses explications, pour qu’il y ait un équilibre entre l’offre et la demande, il faut que le taux d’électrification nationale atteigne les 100%. De cette sorte, la demande sera connue et stabilisée. Or le taux d’électrification du Burkina Faso est estimé aujourd’hui à 19%. Qui plus est, la croissance de la demande ne va pas au même rythme que les investissements. Un constat amer, une triste réalité.

Entre donc les légitimes incompréhensions de la population et les raisons tout aussi compréhensibles de la Sonabel, la nécessité de trouver des solutions idoines et urgentes s’impose. Le solaire pourrait en être une. Mais avant tout, le secteur de l’énergie doit davantage être une priorité politique.

Hamadou Ouédraogo (stagiaire)

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