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Délivrance aux âmes captives

Depuis le 30 octobre 2011, la Terre est officiellement peuplée de 7 milliards d’habitants. Selon l’ONU, la population mondiale sera de 8 milliards au printemps 2023. Cependant, les femmes, surtout en Afrique, sont les plus nombreuses. Coïncidence ou  hasard, le 7 milliardième Terrien serait en fait une Terrienne. La petite Danica, née à Manille, aux Philippines. Au-delà des statistiques mondiales, nous savons qu’en Afrique, les femmes représentent plus de la moitié de la population. Au Burkina, par exemple, selon la répartition par sexe de la population totale en 2014, la population totale résidente était estimée à 17 880 386 habitants dont 52% de femmes. Elles fournissent d’ailleurs les deux tiers des heures de travail des Africains. Mais elles ne reçoivent pas plus d’un dixième des revenus.

Lorsqu’en 1975, à Mexico, on a inauguré l’année de la femme, on s’est rendu compte qu’il y avait d’étonnantes dissonances entre la place qu’occupaient ces «exclus du développement» et les discours prononcés ici et là à leur sujet.

Braves femmes burkinabè construisant une digue pour empêcher l’érosion des sols

La situation de la femme varie d’un continent à un autre, d’un pays à un autre, de la ville à la campagne. Dans nos pays en développement où prédomine la pauvreté, la population est encore rurale de façon majoritaire: 65%. Les statistiques sur la situation de la femme existent, depuis Mexico, plus ou moins fiables. Mais là n’est pas le problème: il y a la réalité d’une chose et la l’irréalité du chiffre pour l’exprimer dans la plénitude de son être. Il y a la réalité de la situation de la femme de nos sociétés contemporaines et le silence pudique sur les identités multiples des femmes. Identités inexorables qui font qu’elles constituent un groupe humain très spécifique, base de tout édifice social, mais vulnérable; base de tout édifice social, mais laissées-pour-compte.

Bien d’entre elles ont pris conscience de leur situation et se battent tous les jours, toutes seules, pour sortir de la pauvreté

Captives de la culture des hommes, les femmes subissent encore les représentations impérialistes des hommes: elles demeurent, au cœur de nos sociétés, une population largement opprimée. Elles connaissent, suivant les pays, des situations économiques, sociales et juridiques particulièrement précaires. L’économie de marché des temps modernes a profondément perturbé l’économie traditionnelle en excluant les femmes des politiques de développement; l’économie informelle les retrouve, à toutes les étapes de ses structures, comme la domesticité ou la marginalisation dans lesquelles le style moderne de l’urbanisation les a reléguées sans autre forme de procès.

«Délivrance aux âmes captives», maintenant et pour toujours

Il faut cependant souligner l’émergence d’un phénomène qui, bientôt, va constituer un ferment social actif en faveur des femmes. Parmi les plus pauvres, les plus déshéritées, ou les plus marginalisées socialement: épouses, chefs de famille qui sont de facto les responsables économiques de leur famille, il en est qui ont pris conscience de la singularité de leur situation. Même si elles ne se révoltent pas, elles comprennent bien déjà l’exploitation dont elles sont l’objet.

Elles savent que leur travail, leur dévouement, leur abnégation, leur imagination, leur maîtrise du quotidien permettent à leur famille de survivre. Elles ont l’intuition de ce féroce et illusion décalage que le discours social (des hommes) instaure entre la valeur des hommes et celle des femmes, entre l’égalité, sujet discursif à la mode et l’égalité, objet de la réalité dans la vie de tous les jours. Elles savent qu’elles doivent se battre seules, parfois sans les hommes, souvent contre eux. Elles savent qu’elles en ont le courage. Elles savent qu’elles sont «la force des faibles». Mais leur lutte, leur courage, leur volonté ne feront changer les choses, les êtres et les événements qu’à un niveau infinitésimal si elles restent captives de l’image et de la culture qui ont été fabriquées pour elles et exploitées avec un sang-froid divin.

Quand les femmes s’éveilleront, le degré de justice, de développement humain du monde se résumera sans doute à la manière dont les femmes y seront désormais traitées.

Aussi faut-il déclarer, avec le poète, «délivrance aux âmes captives», maintenant et pour toujours.

Théophile MONE

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