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Démission de Benoît Kambou: réconciliation difficile entre les Burkinabè?

Depuis le mois d’avril, il fait face à une fronde menée par 16 conseillers sur 21 que compte le Haut conseil pour la réconciliation et l’unité nationale (HCRUN). Ceux-ci lui reprochent un manque de leadership et de résultats concrets. Benoît Kambou n’aurait pas résisté à la pression exercée sur lui par ses collaborateurs. Car la pétition de ses collaborateurs leurs a permis d’alerter l’opinion publique et de faire le bruit sur la gestion de l’institution. Ainsi, il aurait, selon des informations dignes de foi, jeté l’éponge; et la passation de service entre lui et le nouvel entrant devrait intervenir d’ici la fin du mois de septembre 2017. Cette guéguerre interne entre quelques personnes du HCRUN est-elle un signe révélateur et annonciateur d’une réconciliation difficile entre les Burkinabè?

Benoît Kambou, président du Haut conseil pour la réconciliation et l’unité nationale (HCRUN)

Depuis l’accession au pouvoir de Roch Marc Christian Kaboré en décembre 2015, la réconciliation nationale est l’une des priorités affichées par le nouveau pouvoir. Aussi, dès le 10 février 2016, en remplacement de la Commission de réconciliation nationale et des réformes (CRNR), le Haut conseil pour la réconciliation et l’unité nationale (HCRUN) a vu le jour. Sa mission, réconcilier les Burkinabè entre eux, les emmener à chanter à l’unisson la douce mélodie de la réconciliation. Mais, un an après sa mise en place, les résultats semblent très mitigés. La preuve, faute de convaincre la majorité des membres de son équipe de sa capacité à diriger l’institution et à engranger des résultats, le président Benoît Kambou s’est trouvé contraint de rendre le tablier.

Les conseillers lui reprochent son incapacité à allumer l’étincelle qui raviverait leur créativité: son manque de leadership. Alors, dans un groupe où les ambitions de pouvoir ne manquent pas, certains ont fini par trop tirer sur la corde par une pétition dont on connaît sa capacité de nuisance. Puis la corde s’est naturellement rompue.

A qui la faute? Au seul président peut-être incompris? Car pour bien de gens, «quand la main faillit, l’on s’en prend à la tête». Trop facile pour d’autres qui estiment qu’au regard des nobles objectifs de cette institution, les uns et les autres devraient apprendre à l’interne à se réconcilier entre eux, avant de prétendre emmener tous les Burkinabè à faire de même. Le manque de résultats concrets ne doit pas être seulement imputé au président, mais à toute l’équipe qui n’a pas su faire tabula rasa sur ses dissensions individuelles et prendre en compte l’intérêt supérieur de la nation. Elle s’est reposée sur ses lauriers avant de se trouver un bouc émissaire.

Pourtant, aujourd’hui, que ce soit dans les familles, dans les associations, en politique, pour se réconcilier et faire la paix, le Burkina Faso devra faire des compromis et chaque Burkinabè doit faire son mea culpa, enterrer son égo et accepter l’autre tel qu’il est.

Certes M. Kambou a peut-être manqué de poigne pour donner espoir aux Burkinabè assoiffés de justice et de réconciliation. Mais il ne faut pas oublier que l’échec de cette institution est aussi celui de chaque Burkinabè et de toute la nation.

La vraie question à se poser aujourd’hui en tant que Burkinabè est: suis-je prêt à me réconcilier avec les autres? Pour le bien de notre pays, la réponse est sans doute affirmative. Mais nous devrons pour cela nous dépouiller d’une certaine rancune.

Les membres du HCRUN en photo de famille avec le président du Faso, le Premier ministre. La preuve que la réconciliation nationale est une des priorités affichées par le nouveau pouvoir

Pour s’en convaincre, il suffit de noter l’animosité ostensible dont regorgent les réseaux sociaux au quotidien. Le discours tend parfois à se radicaliser entre d’une part les insurgés qui réclament justice et réparation, et de l’autre des pro-Blaise, plus que jamais convaincus de son retour au Pays des Hommes intègres.

Malgré le fait que la mobilisation en faveur de Compaoré semble presqu’inexistante, des citoyens burkinabè nostalgiques ainsi que des politiciens vendeurs d’illusions demeurent persuadés que le retour de leur «champion» est la condition sine qua non d’une réconciliation véritable.

Mais la plupart des Burkinabè savent qu’il n’y a pas de réconciliation sans justice. Car il n’est pas sûr qu’une «victime» puisse tourner la page si ses «bourreaux» n’ont pas expié leurs forfaits. L’enjeu est donc double: réduire le sentiment d’injustice et d’impunité, mais aussi empêcher que cela ne se reproduise par l’effet dissuasif que pourrait avoir la sanction.

Malheureusement, si l’on doit entendre ici par justice le fait d’infliger une sanction légale à tous ceux qui ont commis des actes répréhensibles contre un individu ou contre la société, pendant une période déterminée, il y a encore des Burkinabè qui pensent que par réalisme, cela n’est pas envisageable. Ils pensent en effet qu’il y a de possibles implications de hauts cadres de tous bords et à des degrés divers, à des crimes commis ici au Faso. Alors, ils souhaitent que la justice souffre de quelques entorses nécessaires à la réconciliation. Un vrai dilemme qui rend notre réconciliation difficile et qui montre à quel point le Haut conseil pour la réconciliation et l’unité nationale et notre justice devront travailler ensemble pour trouver un équilibre parfait entre vérité, justice et pardon.

Comme on le voit, les défis sont grands et la crise au sein du Haut conseil pour la réconciliation et l’unité nationale ne fait que révéler l’immense effort que chacun devra encore fournir pour la célébration de la paix des braves.

Les Echos du Faso

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