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Des latrines comme solutions à l’assainissement et à la sécurité alimentaire: l’exemple du modèle Ecosan à Gourcy

Au Burkina Faso, on rencontre essentiellement deux types de latrine sèches implémentées par les projets d’assainissement et d’hygiène en milieu rural. Il s’agit de la latrine sèche de type «Vietnamien» à double fosses et de la latrine sèche de type «TECPAN» à une ou à double fosses.

Les latrines Ecosan sont des latrines sèches fonctionnant sans eau, basées sur le principe de recevoir et de stocker les fèces et les urines séparément afin de permettre une bonne pratique de l’hygiène et de minimiser les nuisances des mouches et odeurs, avant leur réutilisation dans l’agriculture ou le jardinage. Ces latrines se veulent donc être une solution au problème de sécurité alimentaire.

Un exemple de latrine EcosanEn effet, la situation alimentaire des ménages en milieu rural au Burkina Faso dépend de la production agricole de ces derniers. Cette production agricole est fortement dépendante de la pluviométrie et de la nature des sols dans lesquels les cultures sont mises en terre. La pluviométrie étant un facteur non maitrisable par la population, les ménages n’ont autre choix que de trouver des moyens pour améliorer la fertilité des terres. La solution la plus répandue pour mieux fertiliser les terres est l’usage des engrais chimiques et de la fumure organique issue des fosses fumières.

Les latrines sèches Ecosan, au regard de leurs fertilisants, constituent également une alternative aux engrais chimiques et contribuent à résoudre le problème de sécurité alimentaire. C’est dans cette lancée qu’une étude menée en mai 2017 dans la commune de Nandiala précisément dans le village de Gourcy ayant bénéficié d’un projet de construction de latrines Ecosan, a permis d’évaluer la contribution de la communication dans l’usage des amendements organiques issus des latrines Ecosan.

Rôle important de la communication dans la promotion des latrines Ecosan

L’utilisation des amendements organiques issus des latrines Ecosan est une réalité dans le village de Gourcy. En effet, au cours de cette étude menée dans le village de Gourcy, il est ressorti que les fertilisants issus des latrines Ecosan sont communément appelés dans la langue Mooré «Birgkoenga» pour les fèces hygiénisés et «birg-koom» pour les urines hygiénisées. Les populations de Gourcy accordent une importante place à ces fertilisants dans leur quotidien au regard de l’impact sur des rendements des cultures. L’ensemble de la population du village de Gourcy qui utilise le «Birgkoenga» et le «birg-koom» les trouve de bonne qualité. Cela se traduit par le fait que ces fertilisants contiennent les éléments nutritifs nécessaires aux plantes que sont l’azote, le phosphore (P) et le potassium (K). Par ailleurs, bien que les fertilisants des latrines Ecosan ont des caractéristiques intrinsèques pour le bien-être des plantes, il a fallu un grand travail de sensibilisation pour amener les populations à utiliser de façon régulière ces fertilisants. C’est ainsi que la stratégie de communication du projet dans le village de Gourcy à jouer un rôle essentiel. Ainsi, pour le succès du projet, il ressort que la stratégie de communication a associé tous les responsables administratifs, coutumiers et les populations elles-mêmes.

Partant du gouverneur de région aux populations en passant par le haut-commissaire, le préfet, le maire et les chefs coutumiers, tous étaient au même niveau d’information sur le projet. Cette implication active des responsables a favorisé l’usage régulier des fertilisants issus des latrines Ecosan par la population du village du Gourcy.

Le projet pilote de Gourcy a porté des fruits et mérite d'être vulgarisé au niveau national
Le projet pilote de Gourcy a porté des fruits et mérite d’être vulgarisé au niveau national

En conséquence, il ressort que, l’année dernière, la moyenne d’utilisation des sacs d’urée n’était que de 0.27 et celle des sacs de NPK n’était que de 0.73 par les populations disposant de latrine Ecosan. Cela traduit que l’utilisation des engrais chimiques est très faible et n’atteint pas le minimum d’un sac comme moyenne. C’est un aspect qui prouve que la sensibilisation pour le changement de comportement sur le plan agroécologique a très bien fonctionné.

Il est aussi ressorti que des populations de Gourcy n’ayant pas bénéficié de latrines Ecosan construisent sur fonds propre leur latrine Ecosan avec le concours des maçons formés.

Une bonne pratique qui porte des fruits

En outre, il se dégage que, dans le village de Gourcy, l’on rencontre une variété de cultures chez les populations disposant de latrine Ecosan. Avec les fertilisants issus des latrines Ecosan, les cultures tels que le mil, le sorgho (rouge et blanc), le haricot, le sésame et les pois de terre sont produites. Cela traduit que la sensibilisation sur le plan agronomique qui revenait aux agents du ministère de l’Agriculture et aux agents de l’équipe projet ont porté fruit.

Nécessaire vulgarisation de cette technologie au plan national

A l’heure actuelle, la technologie de la latrine Ecosan aux multiples avantages sur le plan sanitaire, agronomique et sur le plan de la sécurité alimentaire ne couvre pas l’ensemble du territoire burkinabè. Ils convient de développer des stratégies de communication efficace pour assurer une vulgarisation des latrines Ecosan au Burkina Faso en capitalisant les acquis des stratégies antérieures.

Compaoré Jérôme

Attaché de recherches, INERA,

03 BP 7192 OUAGADOUGOU 03, Burkina Faso

Mail: jcompaore2003@yahoo.fr

 

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