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Que devient Koffi AMÉTÉPÉ?

Feu Koffi AMETEPE (crédit photo Gideon Vink)

Notre confrère Koffi AMÉTÉPÉ, connu également sous le nom de plume de Quophy AMÉTÉPÉ ou de Koffi Gombo pour certains, tant il  était sur plusieurs fronts à la fois pour cueillir des “gombos”, a tiré sa révérence ce samedi 21 décembre 2019. Bien connu dans le milieu de la presse mais aussi en dehors des rédactions et des plateaux de télés, Koffi était le boute-en-train de quel que milieu où il se retrouvait. D’un abord facile, sa bonne humeur et ses petites histoires réelles ou imaginées ‘’mettaient de l’ambiance’’ partout.

Eh bien, ce Koffi-là, vous ne le reverrez plus, parce qu’il a cassé sa plume. Vous ne le reverrez plus non plus à la ‘’Mosquée’’, le Comptoir du Boulougou bar, où se poursuivait le ‘’débrief’’de l’après-boulot avec ses confrères de JJ et d’autres confrères et citoyens provenant de différents secteurs d’activité. Malgré la dispersion des membres du ‘’Conseil d’administration’’ (c’est le nom du groupe), parce que beaucoup de ceux qui sont toujours en vie ont ‘’perdu la foi’’, quelques fidèles se retrouvent de temps en temps pour la ‘’prière’’ qui est devenue une tradition. Tout récemment, Koffi avait honoré ce rendez-vous avec quelques-uns, malgré sa méforme apparente, mais personne ne s’imaginait que c’était une sorte d’adieu.

Burkinabè originaire d’Atakpamé au Togo, Koffi baragouinait de nombreuses langues burkinabè, signe de son ouverture d’esprit et de sa grande sociabilité. Il connaissait Ouagadougou et ses environs et le Burkina d’une manière générale mieux que de nombreux Ouagavilleois et Burkinabè de naissance.

Il va surtout manquer à son épouse et à ses enfants.

Pour le souvenir de ce confrère pour les uns, ami et connaissance pour les autres, nous vous proposons deux témoignages: celui de Gideon Vink (sur sa page Facebook), qui décrit le plus fidèlement l’homme, et l’oraison funèbre du Centre National de Presse Norbert Zongo.

Koffi, da tugu, lampan faga*, adieu! (*: ferme la porte, éteins la lampe, en dioula. Une de ses historiettes vécues à Bobo-…kèso, capitale de la région des Beaux-Bassins, comme il avait surnommé Bobo-Dioulasso et la région des Hauts-Bassins).

La rédaction

 

Témoignage de Gideon Vink

Quand on t’appelle à 1 heure du matin, on sait que ce n’est pas pour annoncer des bonnes nouvelles. L’information du décès de Koffi Amétépé était un coup dur. Toute la nuit, j’ai revu les images de Koffi lors de nos multiples tournages un peu partout au Burkina Faso.

Ensemble, nous réalisions des reportages pour Metropolis, une émission télévisuelle qui passait pendant des années sur la télévision néerlandaise VPRO. Nous avons réalisé ensemble entre 40 et 50 reportages ainsi que plusieurs films documentaires. Cela veut dire que pendant des années, en gros entre 2008 et 2013, nous avons parcouru ensemble le Burkina pendant des mois et des mois, de façon souvent très intense.

Ces tournages comptent parmi mes plus beaux souvenirs. On s’attaquait à des sujets délicats, osés, parfois étonnants. On a suivi les Dozo, des féticheurs, des guérisseurs traditionnels, des grands imams, des réfugiés, des transhumants, des malades mentaux dans la rue, des talibés, des accoucheuses, des orpailleurs traditionnels, et j’en passe. Ce qui était frappant, que Koffi mettait tout le monde à l’aise. Un petit sourire, un petit mot. Il avait ce charisme, ce qu’on appelle “une belle âme” qui sait communiquer avec l’autre. Il se moquait souvent des gens au pouvoir, mais pour les “petits gens” qu’on avait devant la caméra, il avait un respect sincère et profond. Il prenait, comme moi, plaisir à passer du temps dans les villages et hameaux les plus reculés.

Au-delà de nos liens professionnels, il était toujours si agréable de passer du temps avec lui. Koffi n’était jamais de mauvaise humeur et sa positivité nous a aidés à oublier fatigue, pannes de voiture et autres difficultés. Dans la voiture ou la nuit tombée, quelque part dans un petit hôtel dans un coin perdu au Burkina, on avait le temps de discuter de tout et de rien. Avec Koffi on pourra rentrer dans des discussions profondes et je n’oublie jamais ces échanges, parfois sur des sujets profonds. C’est l’une des rares personnes avec qui je pouvais discuter de la vie et de la mort, de Dieu et la religion. Koffi n’avait pas de tabous ou de préjugés. Il était ouvert à tout point de vue. Son passé de prêtre catholique, ses connaissances en philosophie moderne, se mélangeaient à son intérêt pour la religion musulmane. Il n’y avait pas de murs, pas de limites. Pas de jugements, pas des à priori.

De Boulgou Bar à la mosquée. Des séances de yoga aux séances de prière. Du journal JJ, en passant par nos tournages, pour finir enseignant en philosophie. Son engagement politique pendant la transition au Burkina Faso. Koffi voulait toucher à tout, vivre comme un éternel curieux à la recherche des expériences et des savoirs.

Il m’a appris pendant ces années à ses côtés, de ne jamais se fermer aux surprises de la vie. De vivre la vie tout simplement en allant là où le vent nous porte. A gauche, à droite, toujours continuer, ne jamais se figer dans une étape de sa vie, dans un job, dans un milieu social, à un niveau intellectuel. Continuer à creuser et à chercher. La vie n’est pas une ligne droite toute tracée mais un parcours surprenant. L’essentiel est de rester fidèle à soi et ses propres convictions. Merci Koffi pour ces leçons.

Koffi Amétépé alias Koffi Gombo, le jongleur des mots, le prêtre raté, le philosophe intrigant et le taquineur en chef… tu vas nous manquer. Repose en paix.

 

Oraison funèbre du Centre National de Presse Norbert Zongo

La grande faucheuse vient de frapper dans le monde des Médias. Notre cher ami et confrère Dr Koffi Amétépé nous a quittés hier 21 décembre 2019 dans la soirée à la fleur de l’âge.

A 49 ans, il laisse derrière lui une femme et 3 enfants inconsolables mais aussi des confrères et des amis sans voix.

Cher Koffi, c’est ainsi que presque les habitués ou membres du comité de pilotage du Centre national de presse Norbert Zongo t’appelaient. Tant tu étais familier avec la plupart de ses animateurs.

Formateur et consultant, tu enseignais également le journalisme et la communication dans plusieurs écoles et universités de la place. En tant que journaliste tu as apporté ta touche particulière dans plusieurs rédactions. Tu as fait ton baptême de feu dans la presse burkinabè au début des années 2000 comme reporter, rédacteur en chef délégué au quotidien privé burkinabè «24 Heures ».

En 2001, tu as rejoint le Quotidien Le Pays où tu resteras 4 ans avant de rejoindre le Journal du Jeudi jusqu’en 2014. Tu as également travaillé dans le même temps pour plusieurs journaux de la place dont les Magazine Fasozine et Bendré et collaborait aussi avec France télévision (AITV), TV5 et  VPRO/Metropolistv, une télévision néerlandaise en partenariat avec Semfilms. Bref, un peu plus d’une décennie tu as accomplie une carrière journalistique impressionnante.

Mais ta contribution au monde des médias ne s’arrête pas là. Entre 2000 et 2008, tu as été Coordonnateur du Réseau d’Initiatives des Journalistes (RIJ).

Tu es resté, de 2000 jusqu’à ton décès, membre de l’Association des Journalistes du Burkina (AJB).

Très engagé dans la défense de la liberté d’expression et de presse, tu as conduit depuis 2016 avec brio les différents rapports sur l’Etat de la liberté d’expression au Burkina pour le Centre national de presse Norbert Zongo. En mai dernier tu as présenté celui de 2018. Nous étions loin de nous imaginer que c’était le dernier.

Journaliste, formateur, consultant, tu as rendu d’importants services au monde des médias du Burkina et contribué fortement au programme de formation des journalistes du CNP-NZ.

Enseignant-chercheur à l’Université Norbert Zongo où tu venais à peine de démarrer les cours, tu as été également chargé de cours à l’Université Joseph-Ki-Zerbo ainsi que dans plusieurs universités privées du Burkina Faso.

Conseiller technique en Communication du Président du Conseil National de la Transition (CNT), Chériff Sy, en 2015, tu as aussi occupé le poste de conseiller du Haut Représentant du Président du Faso.

L’Homme que la presse burkinabè pleure aujourd’hui était un grand travailleur, intelligent, ouvert et disponible. Coach motivateur, Koffi, tu étais aussi un formateur et un modèle pour les jeunes journalistes.

Koffi! les mots ne suffiront pas pour te rendre hommage!

Va en paix cher confrère, cher ami!

Que la terre du Burkina Faso te soit légère!

Nous implorons Allah, le Très Haut et le très miséricordieux pour qu’il t’accueille dans son royaume.

Adieu Koffi!

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