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Diplomatie Burkina-Côte d’Ivoire: nos autorités nous ont-elles trahis?

Le propre d’une diplomatie qui réussit, c’est d’évoluer avec la réalité. Aussi la diplomatie française en Syrie a évolué avec la réalité en ne faisant plus du départ de Bachar al-Assad un «préalable» et en désignant le groupe État islamique comme son «l’ennemi». Pourtant, il y a quelques mois, la France ne travaillait que pour le départ du président syrien. Comparativement, le comportement des autorités burkinabè vis-à-vis des autorités ivoiriennes a beaucoup changé depuis la mise en place du gouvernement de l’ère Roch. Le citoyen Lambda au gros cœur de lion qui a participé les mains nues à l’insurrection populaire du 31 octobre 2014 ne comprend pas cette attitude des nouveaux dirigeants burkinabè. Il y voit une trahison. Certaines organisations de la société civile apprécient aussi mal ce revirement spectaculaire. Puisque les mêmes autorités ont pendant longtemps réclamé comme le peuple la justice et la vérité dans les dossiers de crimes de sang et économiques. Elles ont cautionné les mandats d’arrêts internationaux lancés contre Blaise Compaoré et contre Guillaume Soro. Pourquoi donc ce déni? Qu’en est-il réellement de cette diplomatie dans laquelle beaucoup ne comprennent pas parce qu’ils ne connaissent pas son fonctionnement?

Il ne faut pas passionnément faire une fixation sur les mandats d’arrêts internationaux contre Blaise et Soro (photo: afrique sur7.fr)
Il ne faut pas passionnément faire une fixation sur les mandats d’arrêts internationaux contre Blaise et Soro (photo: afrique sur7.fr)

Il ne faut pas passionnément faire une fixation sur les mandats d’arrêts internationaux contre Blaise et Soro. La passion est dévastatrice. Nous avons intérêt à être raisonnables. A être sages et mesurés. Clairvoyants et réalistes, responsables, avec, pour leitmotive, l’intérêt supérieur de la nation et du peuple burkinabè. Aujourd’hui et demain.

Prenons l’exemple de la France: elle n’a plus aujourd’hui de fixation sur Bachar comme par le passé. Présentement, son ennemi, le vrai, c’est Daech. Le propre d’une diplomatie qui réussit, avons-nous dit, c’est d’évoluer avec la réalité. Eh bien c’est ce que la France a su faire!

De nos jours, la diplomatie est moins dans une logique de confrontation que dans une logique d’influence. La diplomatie déploie son action dans un espace multipolaire, où la négociation occupe une place prépondérante. Dans cette optique, le diplomate est quelqu’un qui développe une véritable empathie pour les autres cultures et dont tout l’art est de détecter les éléments favorisant un rapprochement entre son pays et celui où il se trouve. Le diplomate anticipe et aide son gouvernement à adopter la meilleure posture face aux crises. Le diplomate informe mais interprète aussi-ou décrypte-les signaux qu’il perçoit dans l’environnement dans lequel il se trouve. La communication diplomatique comporte toute une série de gestes, de messages, de déclarations, qui signalent une intention. Il faut savoir repérer ces signaux, en évaluer l’importance et réagir de manière opportune. On peut être en désaccord avec l’autre mais cela ne doit pas amener à le condamner ou à l’ignorer. La négociation diplomatique est considérée comme l’art de la ruse. Le diplomate est discret par nature. Les intérêts sont souvent beaucoup trop imbriqués pour qu’on se permette de faire valoir son seul point de vue par tous les moyens. Ainsi entre la Côte d’Ivoire et le Burkina on parlera de souveraineté partagée. Car pour réinstaurer les relations d’antan chacun des pays devra accepter perdre une petite partie de sa souveraineté. De son égo. C’est le prix à payer. Pour booster le développement et donner un coup de fouet à la morosité des affaires dont tout le monde parle au Faso.

La diplomatie, ce n’est pas l’avis d’un individu ou celui d’un groupe qui défend ses propres intérêts. Croire qu’elle est ainsi, est une connerie sans nom. Dans la diplomatie, tout le monde est entendu, les décisions sont toutes prises par consensus selon les intérêts actuels et futurs du pays (économiques, politiques, sociaux, …).

Les présidents Roch et Ouattara
Les présidents Roch et Alassane

Dans la diplomatie, le chef de l’Etat fait tout pour éviter à tout prix que la Nation agisse sous l’impulsion nerveuse ou émotionnelle de quelques diplomates ou cadres qui souhaitent imposer leurs idées sans tenir compte des avis des autres. Sans tenir compte de l’intérêt supérieur de la Nation. En fait, la diplomatie est un sujet sensible…c’est un jeu dans le jeu. Nos adversaires ou partenaires y jouent également. Des joueurs prennent de leur temps pour discuter (toujours) pour Savoir, Renseigner et faciliter la prise de meilleures décisions. Surtout que les différends entre le Burkina et la Côte d’Ivoire engagent nos intérêts économiques, nos relations séculaires, la vie de nos compatriotes, nos intérêts politiques, notre développement. Dans cette situation bien délicate, il y a plus d’intérêts pour les deux pays à être unis pour être plus forts qu’à se regarder en chien de faïence. Dans un monde devenu village planétaire où tu n’es rien sans l’autre.

Toute la politique diplomatique fait l’objet de discussions, de concertations au plus haut niveau. Et ce qui en sort c’est la décision d’une majorité de ceux qui nous dirigent, en qui nous avons fait confiance. C’est la diplomatie sur les faits, la réalité actuelle contrairement à celle basée sur le long terme. Quoiqu’il en soit c’est encore un jeu dans le jeu. Un jeu que nous devons tous gagner. Et dans lequel nous perdons quelque chose. Moins importante comparativement aux bénéfices à engranger. Les Burkinabè tournés vers l’avenir veulent-ils gagner ou perdre? Sans aucun doute, nous voulons gagner. Pas une fois, mais toutes les fois. Pour ce faire, nous devons nous donner les moyens nécessaires au rayonnement de cette victoire. C’est là où nous devons faire confiance à nos dirigeants qui savent ce qu’ils sacrifient et ce qu’ils préservent ou protègent. Un pauvre qui, en plus, manque d’intelligence pratique est un condamné à la misère et à la souffrance. Nous parlons bien de l’intelligence pratique et non théorique. En clair, les mandats d’arrêts mal gérés, les crimes de sang et économiques, les transferts illicites de devises, les manquements aux droits humains sont graves et réels. Mais les autorités actuelles ne les ignorent pas, outre mesure. Elles doivent faire des choix difficiles mais raisonnés et raisonnables. Comme un prêtre obligé de respecter la loi du silence après la confession d’un criminel, nos autorités doivent souffrir parfois des choix qu’elles sont obligées de faire. Au nom de l’intérêt général.

Alors c’est sûr, ce sera toujours plus facile de critiquer une décision de nos dirigeants que de la prendre. En attendant, si notre diplomatie est imparfaite c’est qu’elle est bien humaine et que pour l’instant nous devons faire avec. Pas comme les moutons de panurge. Sans réflexions ni critiques. Ce serait bien dommage. Mais nos critiques doivent être objectives. Au-delà de toute politique politicienne.

Théophile MONE

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