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D’où lui vient le surnom Gorba?

Le Burkina et même toute l’Afrique ont toujours les larmes aux yeux avec le décès de Salif Diallo, ci-devant président de l’Assemblée nationale du Burkina. Et comme l’homme, de son vivant, n’aimait pas l’hypocrisie, les «yes men», alors nous avons fouillé dans sa vie pour comprendre pourquoi il portait le surnom «Gorba». Que certains lient à Gorgui car il a fait l’Université de Dakar au Sénégal, ou à Gorgo, un nom typiquement peul, le groupe ethnique de son patronyme Diallo.

             Gorba, à l’époque de son  »tan ni fla »

En fait, Gorba n’est que le diminutif de Gorbatchev, ancien président de l’URSS, Union des Républiques socialistes soviétiques, l’homme de la glasnost ou de la perestroïka, la transparence qui a fini par avoir raison de l’Union soviétique en la morcelant.

Etait-ce aussi l’objectif de Salif Diallo avec les groupes communistes ici au Faso? Non, assure un tuyau qui l’a fréquenté dans les cercles communistes du PCRV, le Parti communiste révolutionnaire voltaïque, ce parti qui se refuse de reconnaître le Burkina.

En son temps, nous dit notre informateur, les militants des groupes communistes se réclamaient soit des Soviétiques, soit des Chinois, soit de l’Albanie. Eh oui, l’Albanie d’Enver Hoxha était un modèle puisqu’en son temps il n’y avait pas d’Internet, pas de Canal+, pas de réseaux sociaux. Les informations étaient parcellaires et la communication scripturale; on ne voyait pratiquement pas la réalité.

Les militants déterminés du communisme étaient tous en France, ce qui avait fait dire à Houphouët-Boigny à l’époque que si tu veux des capitalistes, il faut envoyer tes étudiants en URSS. Effectivement, les étudiants africains revenant d’URSS à l’époque étaient moins enclins à défendre le communisme, car ils connaissaient la réalité de la vie des Soviétiques du pays réel et celle de la haute classe, la nomenklatura.

Salif Diallo était pro-soviétique, c’est pourquoi ses petits camarades l’ont surnommé Gorbatchev, puis Gorba pour les intimes. Quand il était secrétaire général de l’ODP/MT, il assurait que la maison, le parti est en verre, la transparence comme Mikhaïl Gorbatchev a voulu de l’URSS. Tout comme son mentor, Salif Diallo est passé du rouge vif de son temps d’étudiant au rougeâtre avec beaucoup de plasma blanc.

Il a essayé de s’adapter et le discours est devenu moins virulent, en un mot comme en mille, un glissement de perspective de l’extrême gauche vers le centre droite. C’est du Mikhaïl Gorbatchev tout fait.

On peut comprendre que c’est sa grande culture politique qui lui a permis de tempérer sa joie de voir la révolution de Thom Sank rectifiée pour la mettre sur une ligne purement rouge selon les premières déclarations le 15 octobre 1987 et la triste réalité des ambitions des tombeurs du CNR. Ils étaient loin d’être rouges pur-sang, comme son mentor Gorbatchev. Avec les apparatchiks soviétiques, il fallait manœuvrer pour ne pas être éjecté.

Salif Diallo, le Gorba national, a su rester pendant plusieurs années avec des gens qui, au départ, n’avaient pas les mêmes ambitions que lui. C’est ça aussi sa force.

O. H

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