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Drogue: prohibition ou liberté?

Le tabac est nocif, au point que l’on ne craint pas d’imposer sur les paquets de cigarettes la mention «Fumer tue!», assortie parfois d’horribles photos de poumons en bien mauvais état. Un débat qui fait d’ailleurs rage au Burkina entre les associations de lutte contre la cigarette et les promoteurs de tabac.

La guerre au tabac a été déclarée voici plusieurs années. Depuis, nombre de fumeurs ont décidé d’abandonner leur plaisir favori. Et quelles que soient les statistiques sur la question, il faut s’en féliciter.

Après tous ces efforts pour guérir la société d’un fléau sournois auquel elle s’était accoutumée, voici qu’en Europe, l’on parle sans cesse de légaliser certaines drogues comme le cannabis: un autre fléau, survenu plus tardivement que le tabac, mais plus nuisible encore. En effet, chaque jour, on en découvre les divers méfaits sur les personnes, sur leur entourage, sur la société.

La raison de cette permissivité réclamée serait l’impossibilité dans laquelle on se trouve de lutter contre le trafic illicite que nourrit les «drogues douces» contre leurs conséquences: rackets, menaces, constitutions de bandes et de gangs de trafiquants semant insécurité…

Mais ces drogues entraînent l’accoutumance, incitent à la consommation d’autres drogues plus dures et plus dangereuses. Une libéralisation ne favoriserait-elle pas leur diffusion au sein des populations et d’augmenter encore les trafics en question? Autrement dit, faut-il réprimer ou au contraire autoriser l’usage des stupéfiants, et donc leur consommation?

Plants de cannabis
Certaines drogues ravagent le corps humain

Le raisonnement est, semble-t-il, qu’étant donné l’impossibilité d’empêcher la production, l’importation et la vente de ces drogues, il conviendrait de contrôler leur provenance, leur circulation, leur destination et, par contre coup, de surveiller vendeurs et consommateurs. C’est ce choix qu’avaient effectué les Pays-Bas, l’Italie, l’Allemagne, le Danemark et l’Espagne. Pour eux, ces mesures contribueraient à diminuer l’usage des drogues. La libéralisation aura pour conséquences de freiner l’expansion du Sida par l’usage de seringues contaminées et diminuera le nombre de morts par overdose.

Mais il y a eu l’échec de l’expérience dans ces pays ayant choisi de ne pas réprimer l’usage de drogue. Les méfaits de la vente libre y sont devenus insupportables et dangereux. Bien d’entre eux sont revenus sur leur décision vu les nombreux décès qui survinrent par la suite. En effet, le passage aux drogues dures avait été ainsi facilité. La preuve que le problème est beaucoup plus complexe. Rendre l’usage des stupéfiants libre, mais en continuant de réprimer la vente, c’est ne pas aller jusqu’au bout de cette logique. Cette posture est d’ailleurs défaitiste car ce n’est pas parce que la lutte contre les stupéfiants est difficile qu’il faut l’abandonner. Il s’agit ni moins ni plus que de fausses bonnes solutions qui se retourneront, si l’on n’y prend garde, contre la société tout entière. Il faut donc aborder ce problème mondial sans hypocrisie. Personne n’ignore en effet que la libéralisation accroîtra inévitablement le nombre de consommateurs, notamment jeunes. La dépénalisation est une sorte de banalisation de produits dangereux préjudiciable à la société. Un tel laxisme risque d’avoir plus d’inconvénients que d’avantages. La preuve, le trafic de cigarettes, marchandise universellement légale est en forte croissance. Sa vente libre n’empêche pas le tabagisme de se répandre, et l’alcoolisme de faire des ravages.

Ce n’est pas parce que la lutte contre les stupéfiants est difficile qu’il faut l’abandonner

Il vaudrait donc mieux persister dans la voie de l’interdiction. Tous les pays du monde devraient se concerter pour adopter une politique internationale cohérente sur la question. L’objectif étant de lutter contre ce qui ne peut qu’affaiblir nos sociétés et nuire à une jeunesse qui rencontre déjà tant de difficultés pour affronter l’avenir.

Toutes les politiques devraient se caractériser avant tout par une approche globale, associant simultanément prévention, soins, réduction des risques et répression. Car la lutte contre les trafics de stupéfiants demande de la persévérance, qui seule permet des succès. Il n’existe pas dans ce domaine de solution miracle. Il faudrait mettre autant d’énergie à lutter contre le fléau de la drogue qu’à combattre les maux qui minent la jeunesse et qui s’appellent chômage, absence d’idéaux, manque de loisirs…

Théophile MONE

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