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Du Burkina à la fac de Cergy, le parcours hors du commun de Soumaïla

 

Que devient Soumaïla Traoré, le fils de cheminot qui a eu ses quatre membres amputés lors d’un accident de train lorsqu’il avait deux ans? En effet, sous la coupe de ses parents qui habitaient à la cité ferroviaire de Bobo-Dioulasso, il avait échappé à la garde des siens pour se retrouver sur les rails, au moment où un train passait. Soumaïla a eu les quatre membres sectionnés. Armés de courage, ses parents et lui se sont investis dans son éducation et Soumaïla est parvenu à l’université de Ouagadougou. Mais ici au Burkina, les conditions de vie et d’études des handicapés moteurs sont précaires. Alors, ce fut une grande joie lorsque que nous avons retrouvé ses traces en France. Et nous vous proposons de partager cette joie, surtout ceux qui le connaissent.

Les Echos du Faso

Soumaïla Traoré, alias Ismaël, est un exemple de courage pour tous les étudiants de l'université de Cergy-Pontoise. Il est ravi de son intégration et de la solidarité dont il bénéficie. (LPElie Julien)
Soumaïla Traoré, alias Ismaël, est un exemple de courage pour tous les étudiants de l’université de Cergy-Pontoise. Il est ravi de son intégration et de la solidarité dont il bénéficie. (LPElie Julien)

«Je n’échangerai mon handicap pour rien au monde.» Soumaïla Traoré, surnommé «Ismaël» à l’Université de Cergy-Pontoise (UCP) où il étudie en troisième année de droit depuis septembre, veut faire de sa vie «une avancée pour les personnes handicapées».

Âgé de 37 ans, ce Burkinabé qui a perdu ses quatre membres à l’âge de 2 ans, handicapé à 95%, a choisi de venir faire des études à l’UCP afin de réaliser ses deux rêves. Il veut construire un centre pour handicapés et se présenter aux élections présidentielles au Burkina. Pour ça, il a dépensé ses économies et a choisi Cergy pour son master de droit. «Cette fac était totalement prête à nous accueillir. Je suis traité comme un roi, je n’avais jamais imaginé ça», apprécie-t-il.

Effectivement, depuis son arrivée, Soumaïla peut compter sur l’élan de solidarité des étudiants. Car son quotidien n’est pas tout rose. En fauteuil, Soumaïla doit prendre les transports en commun pour rejoindre une amie qui l’héberge à Châteaufort (Yvelines), soit près de 4 heures de transports par jour. Sa demande d’aide déposée à la Maison Départementale des Personnes Handicapées (MDPH), lancée il y a cinq mois, n’avance pas. Tout est à ses frais. Alors les étudiants se relayent pour partager les cours et pour lui trouver une solution d’hébergement. Il a aussi rencontré Cassandre, étudiante en droit avec qui il est devenu inséparable. «On rigole toujours avec lui. Il nous fait relativiser sur tout», confie, impressionnée, la jeune femme. Au mois de janvier, Soumaïla, doit déménager dans un logement adapté, proche de la fac, que ses copains lui ont trouvé.

Soumaïla Traoré en train d'écrire.
Soumaïla Traoré en train d’écrire.

Un geste qui renforce sa volonté: «Justifier le fait d’être en vie en étant utile pour les autres». Soumaïla a échappé de peu à la mort. «Je suis passé sous un train quand j’avais 2 ans. J’ai perdu mes quatre membres, raconte-t-il avec une pointe d’émotion. Un médecin présent à bord m’a sauvé en empêchant le sang contaminé de mes membres de remonter au cœur». Débute alors une vie de combat. «Tous les 2 ans, je devais me faire opérer car mes os grandissaient et traversaient ma peau», souffle-t-il. Ses parents n’ont rien changé à leur éducation. «Pour moi, je suis né comme ça, je n’ai aucun autre souvenir», assure l’étudiant.

Jusqu’à ses 12 ans, aucune école n’acceptera de lui donner sa chance. Son père se consacrera à son éducation à la maison avant de trouver un établissement privé. «Les enseignants ne savaient pas comment faire avec moi, mais l’important ce n’était pas la manière, c’était d’apprendre!» Pour tous les gestes du quotidien, il s’adapte. Il écrit, très bien, avec la bouche, s’équipe d’un élastique sur son moignon pour y fixer une fourchette pour manger…

Avec l’école, il découvre le regard difficile des autres. «L’école ne s’est pas adaptée, c’est moi qui me suis adapté à l’école. Tout ça grâce à l’amour de mes parents.» En grandissant, il se fixe un objectif : «faire de mon passage sur terre une avancée pour les handicapés». Il enchaîne les conférences, notamment dans les campagnes du Burkina Faso, dans plusieurs pays: Mali, Côte-d’Ivoire, Sénégal, Etats-Unis. Partout, il incite à la scolarisation des personnes invalides et interpelle les gouvernements à ce sujet. Il devient rapidement le responsable des associations de défense des personnes handicapées.

L’essai, en 1998, de prothèses de bras et jambes faites sur mesure en Belgique ne le satisferont pas. «Ce n’est pas ma philosophie de vie et ça me rend encore plus dépendant pour les retirer, les pannes… Le seul avantage, c’était pour danser avec les filles!», rigole-t-il.

Cassandre et « Ismo », comme elle le surnomme, se sont rencontrés sur les bancs de la fac. Des liens se sont créés entre eux, ils sont maintenant inséparables. (LPElie Julien)
Cassandre et « Ismo », comme elle le surnomme, se sont rencontrés sur les bancs de la fac. Des liens se sont créés entre eux, ils sont maintenant inséparables. (LPElie Julien)

 

L’élan de solidarité des étudiants et des avocats

L’histoire incroyable de Soumaïla a saisi les étudiants de l’Université de Cergy-Pontoise (UCP). Dès son arrivée, une poignée d’élèves en 5e année de droit a lancé une cagnotte pour «offrir une chance à Ismaël» (c’est son surnom) sur le site leetchi.

Ils souhaitent lui offrir un fauteuil roulant adapté mais aussi lui permettre d’avoir un logement plus proche de l’université ce qui sera le cas en janvier. Plus de 1 400 € ont été récoltés à ce jour.

Dans le cadre de son partenariat avec l’UCP, le barreau de Pontoise a, lui aussi, été ému par le courage de cet étudiant. Frédéric Zajac, bâtonnier de l’ordre des Avocats du Val-d’Oise, l’a invité vendredi dernier à la rentrée solennelle du barreau où une bourse de 2 000 € lui a été remise. «Il faut qu’il fasse tout pour devenir avocat. On va l’aider, quitte à aller au Burkina avec lui!», promet le bâtonnier.

Elie Julien, leparisien.fr

2 commentaires

  1. Je cherche le contact de Soumaila si quelqu’un l’a.. envoyez le moi sur ma boîte :
    thomdaq@yahoo.com

    Thomas YAMEOGO

  2. Du courage. La vie au Burkina pour les handicapés est très dur.je suis aussi handicapé et je sais partage son courage.jai arrêté les études a l’Université aussi parce que c’était compliqué pour moi.j’ai fais des études sur la faculté économique mais aujourd’hui j’ai abandonné les études et je fais la musique. Je ne suis pas chanteur. Je produit la musique .je suis arrangeur et je possède un studio de musique. Je l’encourage.que DIEU nous bénis tous.

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