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Economie nationale: soutenir le riz local pour lutter contre la pauvreté

Le 23 février 2015, l’Agence d’Information du Burkina (AIB) a publié un article au titre choquant: «Des femmes jouent leur survie dans un centre d’étuvage de riz à Bagré». En lisant le contenu de l’article, on se rend compte qu’elles «transforment le riz paddy dans des conditions difficiles, alors que les réalités du marché local ne leur sont pas favorables». Elles font face à la concurrence des gros importateurs.
Comment le gouvernement peut-il promouvoir l’agriculture en ne prenant pas de mesures susceptibles de faciliter la commercialisation des produits? Ça s’appelle mettre la charrue devant les bœufs. Et on n’avancera pas d’un sillon.

Du ris étuvé mis à sécher.
Du ris étuvé mis à sécher.

Le développement du Burkina Faso passe par le monde rural. L’agriculture, l’élevage, la pêche soutiennent l’économie nationale parce que la grande majorité des Burkinabè y tirent 100% de leurs revenus. La preuve, dès que le pays enregistre une mauvaise pluviométrie, la pauvreté s’installe partout, le chiffre de la croissance tend vers zéro et le pays se tourne vers des partenaires étrangers pour mendier l’aide alimentaire.
L’aménagement et l’installation des producteurs sur le site de Bagré avaient été salués à sa juste valeur au départ parce que le fruit de leur labeur allait non seulement profiter aux consommateurs burkinabè mais aussi aux producteurs eux-mêmes. On nous a rebattus les oreilles ici avec l’expérience de Bagré Paul (ou Pôle de croissance de Bagré) qu’on devrait dupliquer partout.
Cependant, au nom d’une pseudo-politique libérale, le Burkina Faso, qui s’endette pour aménager des périmètres où sont produites des denrées de qualité, préfère nourrir ses «enfants» avec des produits importés. Les commandes pour ravitailler les cantines scolaires (du primaire comme du secondaire), les restaurants universitaires et des hôpitaux, les casernes (le garba) de l’armée, etc. ne concernent pas les produits locaux. Le pillage des magasins lors de l’insurrection des 30 et 31 octobre 2014 que nous condamnons a montré que le riz et huile pillés étaient importés.
C’est un produit des rizières asiatiques dont on ne maîtrise ni la qualité à l’origine ni les conditions de stockage et de transport qui inonde le marché avec des prix défiant toute concurrence. Comment développer un pays avec une telle pratique contraire à toutes les politiques de lutte contre le chômage et de fixation des jeunes dans leurs terroirs?
On se rappelle qu’en mai 2014, en marge d’un Conseil des ministres délocalisé à Bagré, l’ancien président, Blaise Compaoré, a visité le centre d’étuvage des femmes et a été mis au courant des difficultés d’écoulement. Il n’a rien fait pour soutenir ces productrices. Sous d’autres cieux, Blaise Compaoré aurait été accueilli avec du riz déversé par terre. Mais tous les producteurs ne pratiquent pas les méthodes de José Bové.
La Transition est une belle période pour mettre de l’ordre. Trois mesures qui ne coûtent rien doivent être prises.
Dans un premier temps, le gouvernement doit exiger le riz local dans les commandes publiques.
Dans un deuxième temps, le gouvernement doit être en mesure d’évaluer la production nationale avant d’accorder des autorisations d’importer (juste pour combler le déficit). La douane doit se donner dans cette affaire pour ne pas fermer les yeux sur les faussaires, les importateurs aux boubous froufroutants.
Dans un troisième temps, un impôt spécifique peut être apposé sur le riz importé en dehors des autorisations afin de décourager son importation en grande masse dont certains ont fait leur monopole et leur caverne d’Ali Baba.
Toutes ces mesures doivent être soutenues par une campagne médiatique sur la base du vieux slogan révolutionnaire «consommons burkinabè» afin de réorienter les habitudes des Burkinabè vers le riz local. On dira qu’il est cher. Justement, il faut le subventionner pour le rendre accessible.
Comparaisons n’est pas raison, mais le coton bénéficie de plus d’égards que le riz en matière d’accès aux intrants, de commercialisation de toute la production, d’organisation des acteurs, etc. Cela ne s’est pas fait ex nihilo, il a fallu la volonté politique qui manque pour les autres secteurs. Mais il est compréhensible que ce soit ainsi car le défunt régime n’avait pas intérêt à stopper les importations massives qui engraissaient ses ‘’protégés’’ qui le lui redevaient, alors qu’il pouvait tirer profit de l’exportation du coton.
Si le gouvernement de la Transition veut donc, il le peut, et tout le monde trouvera son compte en ce moment.
Adoua Kassiro

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