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Elections législatives de 2015: pourquoi la gente féminine est toujours à la traine?

Le Burkina Faso est un pays où plus de 50% de la population est constitué par l’autre moitié du ciel. Cette supériorité numérique des femmes, censée être un atout pour les aider à s’imposer sur la scène politique, n’en est pas un. En témoigne le nombre de femmes élues aux législatives du 29 novembre dernier. 12 femmes sur les 127 députés siègeront à l’Assemblée nationale. Un chiffre qui est en forte régression, quand on le compare à celui de 2012 où il y avait 24 femmes élues. Qu’est-ce qui peut expliquer cette faible représentativité des femmes à l’hémicycle, malgré les différentes luttes menées par ces dernières? Nous avons échangé avec la présidente du Conseil des femmes du Burkina (CFB) pour essayer de décrypter cette situation.

Martine Yabré
Martine Yabré

A l’issue des élections législatives de 2015, le Mouvement du peuple pour le progrès (MPP) s’est taillé 55 sièges à l’Assemblée nationale. Parmi ces 55 strapontins, cinq seulement seront occupés par la gente féminine. Pourtant, la loi portant fixation sur le quota genre adoptée en 2009 exige au moins 30 % de candidatures au profit de l’un et de l’autre sexe sur les listes des partis politiques. Si, lors des élections législatives de 2012, cette loi avait contribué à améliorer l’implication des femmes sur la scène politique nationale, force est de constater que cette augmentation des candidatures féminines ne s’est pas répercutée suffisamment sur le rapport hommes-femmes aux élections législatives de 2015. Avec au total 2 074 femmes inscrites aux législatives de 2015 contre 1 875 en 2012, 12 ont été élues soit un pourcentage de 0,57% contre 24 en 2012 soit 1,28%. On peut noter une augmentation du nombre de femmes inscrites et une régression du nombre de femmes élues.
Avec ses 5 femmes députés, le MPP est suivi de l’UPC avec 4 femmes sur les 33 députés, du CDP avec 2 femmes sur les 18 députés et de l’ADF/RDA avec 1 sur trois. «C’est une reprise des plus vieilles pratiques en ce qui concerne la promotion de la femme», a déploré la présidente du CFB, Martine Yabré. De son avis, si des partis comme le MPP, l’UPC et le CDP voulaient faire la parité sur leurs listes, ce n’était pas impossible. Ce qui fait dire à Mme Yabré que tout est une question de mauvaise volonté des acteurs.
Les femmes se battent suffisamment dans les partis politiques autant que les hommes et il n’y a pas de raison qu’on se retrouve aujourd’hui avec un nombre plus élevé d’hommes que de femmes. «On a tendance à nous dire qu’il n’y a pas de femmes en politique ou que l’effectif des femmes en politique est insuffisant. Il ne sert à rien de remplir le cadre politique de femmes si on ne peut pas les promouvoir. De 2007 à 2015 en passant par 2012, dire toujours qu’il n’y a pas de femmes, ça sera une insulte à l’intelligence du peuple burkinabè qui a observé et suivi les actions et contributions des femmes, qui a également observé les meetings en son temps recto-verso avec intercalaires et les meetings post insurrection», a martelé Martine Yabré.
Toutefois, la présidente du CFB espère que le futur président du Faso va prendre toute la mesure de la chose afin de corriger cela à travers les organes qui seront mis en place. «Historiquement, il est aussi responsable de cette situation puisque la loi a été votée quand il était président de l’Assemblée nationale. Il a eu les moyens d’améliorer la situation de la femme, même si ses moyens étaient limités», a tempéré Martine Yabré. Elle poursuit en indiquant que le nouveau président a aujourd’hui la latitude d’aider les femmes du Burkina Faso. «S’il le veut, Roch Marc Christian Kaboré peut rectifier le tir. Et j’en appelle à sa responsabilité historique et aussi à la conscience de l’homme».
En conclusion, Martine Yabré a été claire sur le fait qu’on ne peut pas remettre en cause le niveau ou l’ignorance des femmes pour les mettre à l’écart. «Certains hommes qui ont été élus pour 2015 ont des niveaux qu’on peut remettre en cause. Ce ne sont pas des niveaux aussi excellents qui peuvent nous amener à dire que c’est parce qu’ils valent mieux que certaines femmes».
Madina Belemviré

2 commentaires

  1. Mme Martine Yabré a t- elle pas observé que la parité a eu lieu au niveau des listes avec le mode de répartition qui le plus reste? cette parité est surtout observable dans les provinces de 2 à 3 députés. aussi, les partis ont privilégié les leaders pour conduire les listes. or les femmes sont rarement des leaders dans les circonscriptions électorales. dans quelques rares cas, elles jouent plus le rôle de procureures soit leurs maris dans leurs fiefs électoraux(familles politiques) , soit d’une personne influente dans les circonscriptions de leurs parents si elles ne sont cooptées pour satisfaire la loi .Dans ce dernier cas elles ne font que compléter les listes.

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