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Émigration: le problème et sa solution sont africains

Pour des raisons de pauvreté, de misère, d’insécurité permanente, l’Europe pour certains africains est le rêve d’une terre sûre où il y a la vie, l’argent, le bien-être. L’oisiveté, le chômage et l’inoccupation produisent ce rêve.

Bien d’autres raisons biscornues ou vraies justifient la décision des fuyards. Par exemple, quand nos chefs de l’Etat sont malades, c’est là-bas qu’ils partent se soigner. Quand les enfants de nos députés obtiennent leur baccalauréat, c’est là-bas qu’ils partent pour continuer leurs études. Nos jeunes veulent ressembler aux Blancs. Des bonnes raisons de partir en aventure, l’on peut également noter le fait qu’en Afrique, les gens ne rêvent pas assez et qu’aux âmes bien nées, le continent noir n’est pas reconnaissant!

Au-delà du comportement des dirigeants africains sur le sujet et des rêves irréalistes alimentés par les films hollywoodiens, les parents et les amis des migrants ont aussi leur grande part de responsabilité. En définitive, le problème et sa solution sont africains.

Migrants africains à la recherche de l’Eldorado européen dans des conditions humiliantes et dégradantes

Aujourd’hui, pour des millions de jeunes africains, aucune perspective autre que le départ pour l’Europe n’est envisageable. Car, pendant que les dirigeants occidentaux bâtissent des remparts physiques et juridiques contre l’immigration, pour répondre certainement aux préoccupations de leurs opinions nationales, on assiste du côté des Africains aux éternelles lamentations. Aucune stratégie continentale fiable n’a été à ce jour élaborée pour résoudre la question de l’émigration clandestine massive. En fait, les pouvoirs publics du continent, après avoir montré leur incapacité à apporter une réponse claire au chômage et à la misère des populations, ont abdiqué sur le plan de la gestion du phénomène de la fuite des bras valides et des cerveaux hors du continent. D’ailleurs, pour bon nombre de dirigeants, cet exode est une épine en moins, d’autant qu’il les débarrasse de la frange de la population qui pose problème, la jeunesse.

Il n’y a pas pire fuite de responsabilité que cette attitude qui consiste à pousser pratiquement les jeunes hors du pays parce qu’on est incapable de leur offrir un cadre d’épanouissement. Comme l’avait dit méchamment, mais peut-être à raison, un socialiste français, la France (et par extrapolation l’Europe) ne peut pas accueillir toute la misère du monde. Malheureusement, seule l’Afrique continue à croire que les frontières des pays riches doivent continuer à s’ouvrir à ses milliers de désespérés.

Certes, quand l’expatriation est intelligemment gérée, elle constitue une source de revenus importante pour nos pays. En effet, de nombreux pays africains reçoivent chaque année d’importants fonds rapatriés par leurs ressortissants vivant à l’étranger. Mais, en même temps, il ne faut pas perdre de vue que ce sont autant de compétences qui sont vidées du continent, et que l’argent envoyé de l’extérieur ne peut nullement compenser la perte de ressources humaines, généralement les plus dynamiques.

Dans ce voyage de l’enfer, régulièrement de nombreux migrants africains se noient

L’Afrique, à défaut de devenir l’eldorado européen auquel rêvent les milliers de candidats à l’exil, doit offrir un minimum de possibilités aux jeunes pleins d’ambition et porteurs de projets viables. Visiblement, même ce minimum vital est introuvable. Par la faute de dirigeants qui, dans leur majorité, ont érigé leurs Etats en véritables repaires de népotisme et de clientélisme. Mais pas seulement eux car les proches de ceux qui fuient l’Afrique, les influencent et les incitent cyniquement et égoïstement au départ au de leurs meilleures conditions de vie.

En effet, une analyse sociologique permet de constater qu’en peu de temps d’efforts, des Burkinabè, des Maliens, des Togolais… réussissent en Côte d’Ivoire, au Gabon ou dans d’autres pays d’Afrique et d’Europe. Cela semble étonnant, mais cette situation s’explique par deux faits majeurs:

D’abord par amour propre, de nombreux citoyens n’osent pas exercer certains métiers dans leur propre ville ou village, parce qu’une certaine opinion considère ces activités comme humiliantes.

Ensuite, l’ampleur du cercle familial africain fait qu’un grand nombre de personnes vivent au crochet d’un seul individu «actif». Celui-ci, malgré sa bonne volonté, ne peut plus réaliser la moindre économie indispensable à la survie de son entreprise. D’où l’inéluctable émigration des forces physiques de nos pays.

Il est donc temps de travailler à reconvertir cette mentalité qui considère qu’il existe une catégorie de métiers «sains» comme il en existe de rétrogrades. C’est alors seulement que plusieurs jeunes pourront se débarrasser de ce complexe et pourront compter sur leurs propres forces dans leur propre pays, avec les moyens de bord. En fait, point n’est besoin d’aller à aventure pour réussir. Encore faut-il que nos dirigeants africains prennent ce phénomène dramatique plus au sérieux et que les familles évitent de pousser leurs enfants à entreprendre le voyage de l’enfer. Nous sommes donc au cœur du problème et en avons la solution tant recherchée.

Théophile MONE

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