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Enfin, le président Roch est sorti de ses gonds!

Depuis la période post-insurrectionnelle, le Burkina Faso ne vit que de grèves, de sit-in, de marches. A part les militaires et les religieux, tous les corps ont goûté à cet opium made in Faso. Le patriotisme est mort avec le père de la révolution. Tous les corps brandissent un cumul de doléances qui datent des années antérieures et exigent leur satisfaction ipso facto. Sinon… ils freinent le développement du pays. Souvent sans préavis ou sans services minimums, ils menacent de mettre du sable dans le couscous du pouvoir en place. La radicalisation est le maître mot.

Exaspéré, le président du Faso est sorti de ses gonds le samedi dernier à  Manga pour dénoncer la grève illimitée sans préavis que les syndicats de magistrats, de greffiers et de la garde de sécurité pénitentiaire avaient décrétée, pour exiger du gouvernement l’arrêt des violences dans les palais de justice du pays.

Cette réaction vigoureuse du président est une invite aux Burkinabè à mettre de l’eau dans leur vin, à respecter les exigences de l’Etat de droit et à arrêter certains chantages qui mettent le pays à mal. Bien avant cet appel à l’ordre aux hommes de loi, il a rappelé aux OSC que si le pays tangue, il ne sera pas le seul à en souffrir et surtout pas le seul responsable.

Le président du Faso, Roch Marc Christian Kaboré
Le président du Faso, Roch Marc Christian Kaboré

A bien observer ce qui se passe au Faso depuis 2016, il ne reste plus qu’au président du Faso d’aller en grève illimitée et sans préavis pour exiger des Burkinabè une trêve des mouvements sociaux tous azimuts et pas toujours en conformité avec la loi.

Le droit de grève est reconnu par la Constitution burkinabè. Il est donc légal. Aussi, parce qu’ils contribuent à hausser le niveau de vie des syndiqués mais aussi celui de toute la société, parce qu’ils contribuent à améliorer le sort de tous, les syndicats sont importants.

D’autre part, les syndicats sont avant tout des partenaires sociaux du gouvernement. Les relations entre les deux devraient être empruntes de sincérité, d’honnêteté et surtout d’un désir de construire ensemble ce pays, chacun jouant son rôle. Dans cette logique, le gouvernement doit tout faire pour instaurer les valeurs de la vertu dans la gouvernance, et les syndicats poursuivre au mieux leur rôle de conscientisation et de formation. Mais au Burkina, plutôt que de cela, ce sont quotidiennement des revendications radicales et des actions de protestations intempestives dont on a affaire. Et 80% des revendications sont indirectement d’ordre pécuniaire.

Pour contraindre les autorités à résoudre leurs problèmes, les syndicats empêchent, d’une façon ou d’une autre, le gouvernement de mettre en œuvre son programme de société. Y en a marre, comme disent les Sénégalais. Car personne n’a le monopole des grèves et n’a intérêt à ce que le pays sombre dans la crise économique, sociale et politique.

Imaginons un temps soit peu que le président Roch décide lui-aussi, en temps que citoyen, d’aller en grève illimitée en n’incarnant plus l’autorité de l’État, donc, sans pouvoirs publics, en rompant toute relation de coopération et de diplomatie avec le reste du monde et en arrêtant de présider le Conseil des ministres. Que deviendrait notre pays?

Imaginons un temps soit peu que le président du Faso opte de baisser les bras pour protester contre ce syndicalisme de revendication orienté uniquement vers la recherche de gains salariaux. Des mouvements dont les partisans n’aiment pas mettre l’eau dans leur vin. Ils confondent combat politique et lutte syndicale. Ils confondent l’engagement politique et leur mission de protection des salariés.

Imaginons un temps soit peu que Roch aille en grève pour revendiquer à son tour un syndicalisme de coopération qui affirme la complémentarité et qui règle les conflits davantage par la négociation plutôt que par le bras de fer.

Une grève du président, utopique soit-elle, aurait le mérite d’interpeller les citoyens de ce pays pauvre et endetté sur les dangers des mouvements sociaux qui empêchent la relance économique.

Une grève du chef de l’Etat, si elle devrait avoir lieu, aurait pour objectif de rappeler aux Burkinabè les exigences d’un Etat de droit. Car au moment où l’on fustige et condamne l’incivisme dans notre pays, les syndicats de la justice et ceux des magistrats sont allés en grève sans préavis voire sans honte et sans gêne. Ce que le chef de l’Etat a dénoncé tout en rappelant l’égalité de tous les Burkinabè devant la loi. «J’estime que les syndicats comme les syndicats de la justice ne pouvaient pas aller en grève sans demander de préavis. Parce qu’ils doivent être justement des légalistes, les premiers à respecter les règles de droit. C’est pour dire aussi bien d’un côté que de l’autre, nous devons apprendre à respecter la loi. C’est le premier principe», ainsi s’est exprimé Roch Marc Christian Kaboré lors d’une cérémonie à Manga ce 17 juin 2017.

Même si l’idée d’une menace de grève du président du Faso est irréelle, le fait d’en parler devrait nous faire prendre conscience que personne ne viendra développer notre pays pauvre à notre place. Les grèves et les menaces sont des pierres jetées sur le pays de nos aïeux et de nos enfants.

Il faudrait donc nous convaincre une bonne fois pour toute que c’est par le patriotisme, la discipline ainsi que dans la solidarité, que nous bâtirons un Burkina fort et respecté. Ne soyons pas trop attentistes. Car le contexte mondial actuel ne réussi pas à ceux qui remettent tout à demain. Demain, ce sera trop tard. Nous sommes tous prévenus. Et le président n’a pas tort de sortir de ses gonds.

Théophile MONE

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