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Enjeux fonciers: la bataille ne fait que commencer à Kouba avec des machettes

Cuir chevelu déchiré àla machette, concessions détruites, injures, expressions d’une haine viscérale, c’est, entre autres, les effets de la dernière escalade de violence liée au foncier à Kouba, un village de la commune de Koubri situé dans la banlieue sud de Ouagadougou.

Si l’un des manifestants a été blessé sous le coup d’une machette, bien d’autres ont été sérieusement tabassés. Inquiétant, cette façon récurrente de se rendre soi-même justice

Des manifestants pro et anti-promoteur immobilier se sont affrontés le vendredi dernier, qui pour défendre le droit de ladite société d’aménager les espaces comme bon lui semble, qui pour dénoncer l’accaparement des terres au détriment des villageois. Des disputes pour la terre qui fragilisent la volonté des Burkinabè de se réconcilier avec eux-mêmes afin de bâtir un avenir meilleur. Malheureusement, les textes de loi en vigueur régissant le foncier ne semblent pas efficaces. Toute chose qu’exploitent malicieusement certains maîtres du pays, aidés par la naïveté des propriétaires terriens, pour confisquer et brader les terres à des opérateurs nationaux et étrangers les plus offrants. Après de violentes manifestations à cause des problèmes fonciers en l’espace de trois mois, faut-il penser que Kouba sera le point de départ d’une «bataille» du foncier apparemment négligée par les autorités? Sans aucun doute, si le ministre de l’Habitat et de l’Urbanisme ne bande pas à temps le muscle.

Au Burkina, les conflits pour la terre ne sont pas nouveaux. Mais, contrairement au passé, ils se généralisent. Car les terres se font rares et donc de plus en plus convoitées. Sans doute du fait de la pression démographique, mais aussi de la mauvaise gouvernance.

Ce qui est certain, c’est que la semaine dernière, à Kouba, deux camps se sont rejetés la responsabilité d’une rixe à cause des problèmes de terre. En effet, mécontents d’être grugés par une société immobilière, des habitants ont décidé de se rendre à Koubri pour y manifester. Mais ils ont été empêchés d’entrer à Koubri par un autre groupe de personnes qui soutient le promoteur immobilier parce qu’il leur aurait promis des parcelles. Une situation qui montre à quel point le système juridique relatif à l’attribution des terres semble flou à bien des égards. L’on a l’impression que tout est fait au gré des appétits fonciers exprimés par des investisseurs en tout genre.

Une partie des manifestants, gourdins en main

Le problème est même plus profond qu’il n’y paraît. En effet, si le sol et le sous-sol appartiennent à l‘Etat, deux régimes fonciers coexistent de facto: celui du terrain à bâtir en ville et celui des terres domaniales relevant des règles coutumières.

Du coup, la question du régime foncier au Burkina soulève des interrogations quant à l’efficacité des textes de loi en vigueur. La complexité du problème vient du fait que l’on touche ici des aspects aussi bien politiques, économiques que juridiques et socioculturels. Le débat porte sur le rôle de l’Etat, comme sur le respect des droits de l’homme, dans un contexte de libération de l’économie et de mondialisation.

Depuis une vingtaine d’années jusqu’à aujourd’hui, certains maîtres du pays concluent en catimini divers contrats d’attribution à de gros opérateurs burkinabè (AZIMMO, Abdoul Services, Wend Panga…) ou étrangers. Ainsi, malgré la relative étendue du pays, l’accès à la terre se pose avec acuité, surtout dans les centres urbains et péri-urbains. Ce qui s’est passé à Kouba n’est que le morceau de l’iceberg. Une véritable bombe à retardement qu’il faudrait désamorcer à temps avant qu’il ne soit trop tard.

Dans ce sens, même absolument indispensables, la réforme et la mise en cohérence de l’arsenal juridique du régime foncier ne sauraient, en aucune façon, suffire. Loi et code nouveaux peuvent n’être ici que de la poudre aux yeux. Le seul remède est la bonne gouvernance, impliquant un renouveau managérial à tous les niveaux. Sans doute faudrait-il changer les comportements en matière de sens du bien public. Une autre révolution personnelle que chacun devra opérer en lui-même. Ici et maintenant.

Les Echos du Faso

Un commentaire

  1. Sidwaya sorgho Gomis

    L’article soulève un problème qui est d’actualité. Seulement il manque quelques précisions qui ont leur importance: qui est le promoteur immobilier? quels sont les points de divergence entre les groupes rivaux? Que dit le promoteur immobilier? que dit l’autorité municipale? En conclusion: affaire à suivre!!

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