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Il était une fois un insurgé qui s’appelait Norbert Zongo

Pour avoir dénoncé sans relâche la corruption qui gangrénait dans les milieux dirigeants de l’époque et s’opposer au régime de Blaise Compaoré, pour avoir payé de sa vie son combat pour la vérité et la liberté de la presse, pour avoir laissé une image et un idéal qui résistent encore au temps, Norbert Zongo, froidement assassiné le 13 décembre 1998, est un insurgé qui mérite le respect.

F. Norbert Zongo

Au moment où nous célébrons le 19 anniversaire de l’odieux assassinat de Norbert Zongo et des trois personnes qui l’accompagnaient (Blaise Ilboudo, Ablassé Nikiéma et Ernest Zongo), souvenons-nous que ce journaliste d’investigation s’est battu pour la justice, l’équité, la vérité, la transparence, la redevabilité, bref, pour toutes les raisons qui ont justifié l’insurrection populaire d’octobre 2014.

A l’image du président Sankara, les Burkinabè ont perdu l’une des grandes figures de la liberté et de l’éveil des consciences. Intègre, il a changé les mentalités de ses concitoyens par des écrits simples mais poignants et suscité la révolte contre l’impunité et tous ses corollaires. Il était un homme courageux, mort pour un idéal noble. N’aimait-il pas à dire: «Le pire n’est pas la méchanceté des gens mauvais mais le silence des gens bien»?

A ce titre, Norbert Zongo était l’un des premiers insurgés. Car l’insurgé désigne celui qui se révolte, qui conteste une autorité morale, religieuse, un état de fait. Or Norbert Zongo, plus que quiconque a été celui-là qui a eu une attitude de refus, de révolte, de contestation du système de gouvernance de Blaise Compaoré. Il s’est rebellé par ses écrits contre un groupe et un clan qui pillaient et appauvrissaient notre pays. Il s’en est pris, comme le 31 octobre 2014, à une situation qu’il considérait comme injuste et inacceptable. Il a été lâchement abattu parce qu’il était une conscience de ce pays et que face aux idées, face à la liberté, certains ne connaissent, malheureusement, que la violence.

Aujourd’hui 13 décembre, le Burkina est en deuil. Il pleure l’un de ses fils courageux qui se battait pour ses idées avec pour seules armes son intelligence, son journal et sa force de conviction.

Réduit au silence, par un acte criminel ignominieux, nous devons 19 ans après son assassinat, apprendre à dépasser l’émotion légitime et à réclamer davantage de justice pour notre héro. En effet, ses assassins doivent payer le prix de leur acte. Il ne s’agit pas seulement des exécutants, les salauds qui ont tiré à bout portant sur lui avant de le griller. Ceux-là sont de pauvres types, des personnes manipulées par d’autres commanditaires. Mais nous devons nous battre pour que tous les responsables politiques impliqués dans cet assassinat puissent répondre devant la justice.

Car, le meurtre de Norbert Zongo n’est pas ordinaire. Il est d’abord politique, avant d’être un assassinat de la liberté d’expression. Norbert Zongo s’interposait entre l’Etat de droit et ceux qui cherchaient à le violer.

Insurgé, jusqu’à perdre sa vie, nous devrons, par devoir de mémoire, rester amoureux de la liberté, seul moyen de rester libres et de lui rester fidèles. Pour ce faire, gouvernons efficacement notre riposte contre les assassins de la vérité en continuant de défendre contre vents et marées, les valeurs qui sont les siennes et les nôtres.

Théophile MONE

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