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Exploitation du manganèse de Tambao: retour sur les conditions d’octroi du permis à Timis (1/3)

Le gouvernement burkinabè a suspendu la licence d’exploitation du manganèse de Tambao que détenait la compagnie minière Pan African Minerals de l’homme d’affaires Franck Timis. Selon le gouvernement, cette suspension a pour but d’examiner les conditions d’octroi du permis. Un permis d’exploitation reçu sur fond de polémique.

La mine de Tambao
La mine de Tambao

Le gisement du manganèse de Tambao a été découvert en 1969 sous une colline. Il est l’un des plus importants dans le monde. Les récentes recherches ont permis de se rendre compte que la teneur avait été sous-estimée. Elle serait plutôt de 100 millions de tonnes au lieu de 20 millions de tonnes comme il était dit au départ. Depuis cette révélation, le régime Compaoré a multiplié les tours de passe-passe pour mettre la main sur ce minerai. Entre 2007 et 2012, le gouvernement burkinabè à travers les ministres des Mines, Kader Cissé et Salif Kaboré, a signé 03 contrats différents avec 03 sociétés différentes pour l’exploitation du manganèse de Tambao: Wadi Al Rawda Industrial Investments, Général Nice ressources (Gnr) et Pan African Minerals. Des pratiques maffieuses dignes d’un Etat voyou… Le film des évènements.
Le 3 avril 2007, le gouvernement burkinabè signe un protocole pour la réalisation des projets intégrés et la mise en valeur du gisement de manganèse de Tambao avec la société émiratie Wadi Al Rawda Industrial Investments. Dans le protocole, Wadi devait réaliser toutes les études entrant dans le cadre de la construction de la route Dori-Tambao, la construction du chemin de fer Ouaga-Tambao et le relogement des familles à déplacer sur le site du gisement.
Wadi va alors commanditer une étude de faisabilité auprès du cabinet londonien Weatherly. Les résultats de cette étude devaient permettre à Wadi de solliciter un permis d’exploitation du gisement de Tambao. Weatherly a déposé son rapport en septembre 2008. A partir de là, le gouvernement burkinabè, sans donner de raisons, ignore le protocole et lance un appel d’offres restreint auprès de 4 sociétés. Général Nice ressources (GNR), une société indienne, remporte l’appel d’offres et, en octobre 2010, un nouveau protocole est signé entre le ministre des Mines de l’époque, Abdoulaye Abdoulkader Cissé, et GNR.
Wadi Al Rawda Industrial Investments, se sentant lésé, a assigné le Burkina devant la Chambre de commerce internationale de Paris pour non-respect des accords signés entre les deux parties. L’Etat burkinabè, se reprochant quelque chose, a tenté un arrangement à l’amiable entre les deux parties.
Les deux parties sont arrivées à un accord, ce qui a conduit Wadi à se désister de l’arbitrage de la Cour en avril 2013, alors que le verdict de la Chambre de commerce internationale devait intervenir en 2014. Le Burkina aurait versé les 2 millions de dollars, soit l’équivalent de 100 millions de FCFA que réclamait Wadi. Le dossier Wadi a été clos sur cette note.
Ouvrons le dossier de Général Nice ressources (GNR), la société qui a remplacé Wadi à Tambao.
Le protocole d’accord a été signé en octobre 2010 entre son directeur général Afrique, Magipudy Ravi Shankar et le ministre des Mines de l’époque, Abdoulaye Abdoulkader Cissé. Encore lui !
A travers ce protocole, GNR s’est engagé à bitumer à ses frais la route Dori-Tambao via Gorom-Gorom et Markoye, à construire le chemin de fer Ouaga–Tambao, via Kaya, à construire des logements pour les familles à déplacer et à implanter les équipements de l’usine et de la mine. L’Etat burkinabè s’engage à délivrer tous les titres miniers et autorisations nécessaires aux activités d’exploitation du gisement dès la validation des études de faisabilité techniques, financières et environnementales. La société va alors entreprendre la réalisation d’une série d’études portant sur l’exploitation du gisement, la réalisation technique et financière de la route à bitumer et le chemin de fer.
Après avoir engagé 35 milliards de francs CFA dans ces études, après avoir fait valider certaines études par des structures du gouvernement et entamé le processus de négociation de déplacement des populations, voilà que le gouvernement va une fois de plus lancer un appel d’offres le 11 janvier 2012 pour l’exploitation de Tambao, sans en informer GNR.
En effet, le conseil des ministres du 14 décembre 2011 adopte un rapport relatif à la sélection d’un investisseur par la procédure de consultation restreinte afin de retenir une société répondant aux conditions souhaitées en vue de la mise en valeur du gisement de manganèse de Tambao.
GNR dépose un recours auprès de la CAM-CO de Ouagadougou. Le gouvernement ne répondra à aucune convocation. Ce qui a contraint GNR a déposer un recours devant la Chambre de commerce internationale de Paris. La société réclame ses 35 milliards de francs CFA investis dans le projet depuis la signature du contrat.
Le 11 janvier 2012, le ministère des Mines lance un avis d’appel d’offres restreint auprès de 8 sociétés. GNR, qui a déposé son dossier, a été classé en deuxième position, alors que le Pan African Burkina a été adjudicataire du marché. Le 12 juin 2012, GNR conteste les résultats publics devant le président du comité de règlement des différends (CRD). Aussi, GNR conteste la présence de Pan African Burkina parmi les soumissionnaires au marché puisque cette société ne figurait pas sur la liste des huit sociétés consultées. C’est plutôt Africa minerals LTO qui figurait sur la liste initiale qui a subitement changé de dénomination pour devenir Pan African Burkina.
Le CRD a estimé que la commission d’attribution des marchés est irrégulière et incompétente pour recevoir et évaluer ces offres. L’offre a donc été annulée.
Le gouvernement va tenter un passage en force. Il entame une entente directe avec PAN et procède, le 11 août 2012, à la signature du contrat avec PAN d’un montant 350 milliards de francs CFA. Le 14 mai 2014, Frank Timis, patron de PAN, a reçu officiellement des mains de Salif Kaboré, ministre des Mines et de l’Energie, le permis d’exploitation du manganèse de Tambao.
(La suite à suivre)

Adoua Kassiro

3 commentaires

  1. Peuple du Burkina, voici comment, avec un laxisme déconcertant, une bande de copains et de coquins décidaient selon leurs intérêts mesquins et leur bon vouloir de votre sort. Ce sont ces multiples mic-mac qui expliquent les fortunes colossales frauduleusement acquises par les dinosaures du régime Compaoré. Dieu sauve le Burkina.

  2. Merci des informations. Nous attendons la suite et surtout nous espérons que les autorités de la transition vont réagir

  3. sawadogo moumini

    j attire l attention de nos dirigeants sur une realite geologiquement verifiable.
    quand on dit manganese il y a forcement des sous produits non moins important qui y sont associes>.
    l or,dont la teneur varie entre o,5% a 10%
    les terres rares regroupants 17 elements dont la TENEUR VARIE ENTRE 0,05%A A 0,4%
    ET BIEN D AUTRES METAUX ENCORE. IL FAUT RECOMMANDER D AUTRES ETUDES POUR DETERMINER LES POURCENTAGES DES AUTRES MINERAUX ASSOCIES AU SITE TAMBAO POUR NE PAS SIGNER UN CONTRACT DE DUPE… MERCI

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