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Exploitation du manganèse de Tambao: retour sur les conditions d’octroi du permis à Timis (2/3)

Après avoir «chassé Wadi Al Rawda Industrial Investments et Général Nice Ressources (GNR) sur le site de Tambao sans même les prévenir, le 11 janvier 2012, le ministère des Mines lance un avis d’appel d’offres restreint auprès de 8 sociétés pour l’exploitation du gisement de manganèse de Tambao. GNR a été appelée à déposer son dossier. Classée deuxième après Pan African Burkina (premier), GNR conteste les résultats. Le 12 juin 2012, un recours est déposé auprès du comité de règlement des différends (CRD) de l’Autorité de Régulation des Marchés public (ARMP).

La mine de Tambao
La mine de Tambao

Pour GNR, Pan African Burkina, adjudicataire du marché, ne faisait pas partie des soumissionnaires au marché. C’est plutôt Africa Minerals LTO qui a été consulté avant de devenir au cours de la procédure Pan African Burkina.
Le CRD n’a pas examiné la plainte au fond puisque, sur la forme, il a jugé la commission d’attribution des marchés du ministère des Mines «irrégulière et incompétente pour recevoir et évaluer ces offres». L’offre a donc été annulée mais comme le gouvernement tenait à passer le marché à Pan African Burkina, il a négocié directement avec la société pour lui attribuer le marché.
GNR ne va pas croiser pas les bras. Il tente une conciliation à l’amiable auprès du Centre d’arbitrage et de médiation de Ouagadougou (CAMCO) de la Maison de l’entreprise du Burkina Faso. Le gouvernement burkinabé ne répondra pas aux deux convocations à lui adressées. A partir de là, l’entreprise s’est sentie obligée d’attaquer le Burkina Faso devant la Chambre de commerce international (CCI) de Paris «pour rupture unilatérale de contrat». GNR réclame 35 milliards de FCFA représentant les sommes investies depuis qu’il se trouve sur le site. Le Burkina Faso a été à maintes reprises convoqué à Paris dans ce cadre.
En début 2014, l’ex-président Blaise Compaoré se rend à Singapour. GNR, qui y est bien installée, mène une campagne de dénigrement contre le Burkina Faso se basant sur la répétition des ruptures unilatérales de contrats avec les investisseurs. Touché dans son amour-propre, de retour de ce voyage, le ministre des Mines de l’époque, Salif Kaboré, s’empresse de remettre à Frank Timis le permis d’exploitation du manganèse de Tambao. Ce jour, Salif Kaboré s’est emporté en ces termes: «L’Etat souverain du Burkina a décidé de donner le permis à Pan African Tambao. Si nous sommes attaqués devant la chambre de commerce internationale de Paris et si nous sommes condamnés, nous allons payer; si se sont eux qui sont condamnés, ils vont payer.» L’ex-ministre a aussi ajouté: «Voilà pourquoi nous avons tenu à donner le permis de façon officielle pour que les uns et les autres sachent que la page est tournée et que le Burkina Faso avance avec Pan African Tambao.»
Salif Kaboré a oublié que c’est pour rupture unilatérale de contrat que le Burkina Faso est poursuivi. Il est le responsable de cette situation et le Burkina Faso ne devait pas payer pour ses insuffisances de gestion.
Muni de son permis, Pan African Tambao va entamer l’exploitation du manganèse. C’était sans compter avec les populations riveraines du site. Le vendredi 6 février 2015, les populations de Markoye vont exiger, au cours d’une manifestation spontanée, l’arrêt de l’exploitation du gisement de manganèse de Tambao jusqu’à ce que leurs préoccupations soient totalement prises en compte à travers la mise en place d’un protocole d’accord dûment constaté sous la médiation des autorités administratives locales à savoir le Haut-Commissaire de la province de l’Oudalan et le Préfet du département de Markoye.
Dans une déclaration, elles résument leurs préoccupations en quelques points. Quelques-unes sont d’ailleurs contenues dans le protocole d’accord que le gouvernement a signé avec Pan African Tambao. Elles sont: (1) l’indemnisation et la relocalisation des populations impactées par l’exploitation du manganèse; (2) la réhabilitation du tronçon du chemin de fer Ouaga-Kaya et la construction du tronçon de chemin de fer Kaya-Dori-Gorom-Gorom-Tambao; (3) le bitumage de la route Dori–Gorom-Gorom-Tambao; (4) la construction et l’exploitation de la mine de manganèse de Tambao.

Frank Timis (photo Forbes)
Frank Timis (photo Forbes)

Les populations exigent, en plus, la priorisation des jeunes de la région du Sahel lors des recrutements; le financement de micro-projets des jeunes (femmes surtout) de la région; l’octroi de bourses d’études aux élèves et étudiants de la région du Sahel; l’accompagnement des collectivités décentralisées (communes et région) dans le cadre de la mise en œuvre de leurs programmes de développement; la réalisation d’infrastructures et la dotation en matériels roulants pour l’ensemble des services déconcentrés (préfectures, Hauts-Commissariats) de la région; la priorisation des commerçants et des entrepreneurs de la région dans l’octroi des marchés de fournitures de vivres et autres prestations de services en vue du développement de l’économie locale (région). Bien que contenu dans le protocole d’accord signé entre les deux parties, PAN African Tambao a commencé l’exploitation du manganèse sans ces préalables. C’est la raison qui a poussé le gouvernement à suspendre le protocole d’accord afin d’y voir plus clair.
Que disent les études techniques, de faisabilité, d’impact environnemental, socioéconomiques que PAN African Tambao a réalisées? Peut-elle exploiter le gisement sans délocaliser les populations, sans les indemniser? Quand compte-t-elle démarrer le bitumage de la route et la construction du chemin de fer? En bref, que compte faire PAN African Tambao pour Markoye en particulier et la région du Sahel en général? PAN African Tambao devrait se prononcer.
A suivre…
Adoua Kassiro

3 commentaires

  1. Un peu de raison, est ce que c’est du ressort d’une entreprise de bitumer des voie, rehabiliter le chemin de fer? Et puis il faut revoir les documents pour comprendre ce qui a ete negocie et consenti par les parties. Car a force d’incriminer toujours le regime Compaore, ca va produire l’effet contraire. Est- bien d’avoir incendie les installations de la societe de Tambao?
    Aujourd’hui on denombre bcp de travailleurs au chomage s’il faut allonger la liste je me demande si on ne sera pas amene a regretter Blaise Compaore qui pour plusieurs journaux n’a rien fait en 27 ans sauf piller son peuple. C’est difficile a faire avaler.

  2. Je reviens toujours sur la qualité des articles. Il y a du coq à l’âne. Conditions d’octroi, revendications des populations. Il faut soigneusement revoir la démarche rédactionnelle. C’est un bon sujet mais il faut parfois choisir et surtout traiter le sujet en rapport avec le titre. S’il y a un thème connexe, savoir l’introduire aussi. Je me perds toujours en vous lisant

  3. SOME N. Alexandre

    Bonjour à tous,

    Je suis un peu gêné de la réaction mes deux prédécesseurs. Je pense qu’il est bon de s’attaquer au fond du problème posé qu’à des formes rédactionnelles ou des aspects qui somme toute ne me semblent pas apporter quelque chose de significatif au problème lui-même. S’agissant de la première réaction, je suis étonné qu’il ne comprenne pas que pour exploiter un gisement de minerais aussi important que le manganèse de Tambao il faille en premier lieu veiller à avoir des infrastructures (routes et chemin de fer) de bonne qualité par lesquelles le minerai sera transporté. C’est une base minimale à assurer avant même d’entamer l’exploitation du gisement. Où doit-on faire passer ce minerai sans une route et un chemin de fer adapté au besoin nouveau de transport créé ? Il ne faut pas croire que pour exploiter un gisement on se lève un matin avec des pioches pour aller déterrer les minerais avant de voir quelle est la route inadaptée que l’on détruira et repartir avec les poches pleines d’argent comme cela semble avoir été le cas dans bien d’autres situations telles les privatisations dans lesquelles le Burkina n’avait que des devoirs et les exploitants que des droits…Celui qui regrette Blaise COMPAORE peut librement le rejoindre en Côte d’Ivoire mais de grâce, ne nous mêlez plus à cela car de ce virus destructeur en silence, nous en avons souffert vingt sept (27) ans durant.
    Pour ce qui est de la seconde réaction, s’il est important de bien agencer une rédaction lorsqu’on relate un fait, ce qui ne semble pas être aussi raté que vous ne semblez le dire, je dois rappeler qu’il vaut mieux s’attaquer à la racine de la problématique posée plutôt qu’au comment elle a été posée. Il ne s’agit pas d’un devoir de français mais d’un problème concret de fond qui pour ma part a été bien posé. Qu’est-ce qui n’a pas été compréhensible ou compris ? Evidemment si on ne veut pas comprendre cela pose un véritable problème. Nous sommes face à un désordre qui frise la délinquance dans la gestion de cette affaire d’attribution en totale déphasage avec même nos propres textes et il se trouve des gens qui se disent fils de ce pays pour encore nous divertir. Je comprends maintenant pourquoi les anglais disent que les français et leurs alliés  »francophiles » passent leur temps à disserter tandis qu’eux posent des actes concrets. Bonjour au retard congénital de la zone francophone.

    C’est bien dommage !

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