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Faut-il dire toute la vérité au malade?

Si sa légitimité n’est plus contestée, l’annonce d’une maladie grave reste toujours un moment à part dans la relation médecin-patient.

Pendant longtemps en effet, la vérité était taboue, il ne fallait surtout pas dire au patient qu’il était atteint de telle ou telle maladie. En fait, les médecins avaient peur que le malade ne supporte certaines vérités. Comme celle du cancer. Alors, ils parlaient de maladie grave. Qu’en est-il aujourd’hui?

Tout patient a droit à des informations sur son état de santé. Mais tous les malades ne supportent pas certaines vérités. Il revient au médecin d’être un fin psychologue

Dans le domaine médical, il est aujourd’hui inconcevable que le patient apprenne sa maladie en lisant la notice de ses médicaments. Justement avec l’arrivée des traitements aux efficacités plus ou moins extraordinaires, il n’est pas opportun de cacher la vérité à un malade. Si à une certaine époque le malade n’avait pas beaucoup de droits, en dehors de celui de se taire, au 21ème siècle, les données ont changé avec bien sûr ses inconvénients. En effet, au nom du droit du malade d’être informée sur son état de santé, certains diagnostics sont souvent assenés avec une brutalité inouïe. Par exemple le mot cancer est parfois lâché au téléphone ou dans un couloir, entre deux portes.

De manière incontestable, le paysage sanitaire a connu un profond bouleversement sous l’impulsion des associations de patients et des défenseurs des droits humains. Désormais, la vérité au malade est un droit gravé dans la loi.

L’annonce pathétique

L’annonce d’une maladie grave est une situation très particulière. En effet, la charge émotionnelle est souvent importante pour le médecin et écrasante pour le malade. Pour ce dernier, l’annonce est un acte guillotine. Ce court moment va laisser une empreinte dans sa vie, dans la façon dont il la vivra, définitivement ou pour de longues années. La maladie débute, non pas avec les premiers symptômes, mais avec son annonce.

Le médecin doit être un fin psychologue

Avant d’annoncer un diagnostic, le médecin doit sentir ce que souhaite le malade. Ce qu’il est capable d’encaisser. Car tous les malades ne sont pas capables d’entendre la même chose au même moment. Certains malades peuvent être furieux parce que le médecin leur a annoncé leur maladie de manière brutale. D’autre sont tout aussi furieux parce que, au contraire, leur médecin n’a pas parlé de cancer, mais a tourné autour du pot avec un langage bêtifiant en évoquant de «méchantes cellules, de maladie grave, de maladie du sang».

Savoir ou ne pas savoir? La vérité à tout prix ou la politique de l’autruche? Face à la maladie, chaque personne est différente. Aujourd’hui, pourtant, une majorité de médecins estime que, si le malade le souhaite et peut le supporter, il est toujours préférable de dire la vérité, de nommer la maladie. Parfois, c’est même un soulagement pour le malade qui, jusque-là, a pu être un peu baladé. Il y a des malades qui veulent connaître le mal dont ils souffrent afin de se battre.

Mais cette vérité n’est pas non plus une obligation. Le médecin doit aussi respecter la volonté de certains malades de ne pas savoir.

C’est pourquoi en définitive, il n’y pas de manière idéale d’annoncer une maladie grave. Pas de recettes toutes faites. Simplement quelques principes: se donner du temps, dire les choses le plus simplement possible et surtout écouter le malade. Même aux patients qui se disent prêts à tout entendre, il faut faire attention: parfois, ce sont les plus fragiles qui vont ensuite s’effondrer et parler de suicide.

La vérité, ce n’est pas un paquet qu’on balance à la figure. Il faut y mettre la manière. Et dans ce cas, les malades sont capables d’accepter la vérité, même si elle est très dure.

Théophile MONE

 

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