Accueil » Société » Filles sans foi ni loi, à quand la mue

Filles sans foi ni loi, à quand la mue

Au Burkina, elles sont légion. C’est l’immense cohorte des filles. Elles aiment Fally Ipupa, Davido, WizKid, Sidiki Diabaté, les jeans bas-tuyau et les smartphones de bonnes marques. Elles veulent croquer la vie à belles dents, mais attendent que tout leur tombe du ciel. Naïves de surcroit, elles se tracent un avenir en pointillés. A qui la faute? Aux parents ou à la société? Peu importe les auteurs du mal-être des jeunes filles burkinabè, il est temps de changer de comportements.

A Ouaga, les jeunes filles veulent être à la mode

Elles conjuguent tout en fric. Elles rêvent du grand amour, mais se méfient des garçons. Elles veulent se marier et avoir des gosses, mais craignent de se laisser enfermer dans le carcan de la famille. Elles sont terre-à-terre et parfois d’une vive intelligence passagère. Conformistes et insolentes. En quête d’idéal, elles se méfient des grandes idées. On leur propose des modèles, elles cherchent des repères: où les trouver, dans un monde où la jeunesse est norme et où les parents ont tant de mal à s’assumer comme tels? En effet, les parents eux-mêmes refusent de se voir vieillir. Comment leurs filles n’auraient-elles pas peur de grandir? Portrait à l’aquarelle d’une génération en fleur.

La plupart des jeunes filles burkinabè ont des sourires resplendissants de certitude, mais des rires effrontés. Têtues, espiègles et rêveuses, elles aiment les marques d’habits qui font disjoncter. Surtout les Ouagalaises veulent être à la mode, quel que soit le prix. Leur objectif est clair comme l’eau de roche: s’habiller convenablement pour attirer les mecs. Même faute de moyens, les plus démunies se rabattent sur la friperie bas de gamme car les plus nanties se sont servies les premières et ont raflé les bonnes fringues. Toutes les stratégies sont bonnes pour satisfaire dame apparence. Ainsi va la vie.

Seules les filles à papa bluffent, se paient tout ce dont elles ont besoin dans les grands magasins et changent les mobylettes (135, 150, scooters) comme des chemises. Les parents nantis sont prêts à tout pour satisfaire les besoins matériels de leurs princesses. Histoire de s’enorgueillir en elles.

Mais ne voilà-t-il pas que ces nanas ne comprennent plus que la vie est dure? Elles la prennent à la légère, convaincue qu’elles sont nées avec une cuillère d’argent dans la bouche. Chez elles, dans les immeubles feutrés, on ne prononce jamais le mot destin; on dit avenir.

Elles veulent tout, tout de suite, mais sans rien faire

Pour elles, les marques sont importantes. Ainsi, si elles ne peuvent pas s’acheter la robe ou le pantalon à la mode, elles se sentent exclues.

Entre 13 et 20 ans, ces bébé-femmes qui tiennent à leur apparence sont des millions de consommatrices potentielles en termes de chiffres d’affaires. Encore faut-il être à même de deviner leur tendance et leurs choix capricieux et versatiles.

Amoureuses des mecs qui démarrent, beaucoup de «go» ouagalaises aiment ce qui est interdit: les films pornographiques, échanges de photos intimes sur les réseaux sociaux, les messages aux heures indues, la mal cause. Elles se mettent difficilement au sérieux: aiment boire et danser, vivre cool.

Il y a vingt ans, on parlait de conflit de générations. Aujourd’hui, avec les parents qui ont été les premiers acteurs de la révolution des mœurs, la guerre est finie. C’est plutôt le temps de l’indifférence et du laisser-aller. Souvent le seul échange quotidien avec le père de famille se résume à une question: «T’as eu combien en maths?» Les mères, elles, vivent à travers leurs filles leurs idéaux d’ex-révoltées.

Cette génération d’ados-rois engendre alors une génération de parents-sujets, libéraux jusqu’à la démission et pourtant nostalgiques de l’autorité.

A l’école et dans la vie, elles veulent réussir mais s’abonnent à la facilité et à la médiocrité. Elles refusent de se battre. Elles veulent tout, ici et maintenant sans le moindre effort. C’est leur péché capital: aimer la vie, la belle vie, sans pour autant se donner les moyens de la mériter. Sans foi ni loi, il est difficile de gagner les batailles dans cette vie de chien. Filles de Ouaga, filles du Burkina, les temps ont changé. Réveillez-vous pendant qu’il est encore temps. Ne perdez pas du temps. Car time is money.

Théophile MONE

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *