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La fin de l’Assemblée nationale monocolore et béni-oui-oui au Faso?

Sous le long règne de Blaise Compaoré, notre Assemblée nationale était monocolore, les députés de la majorité soumis aux diktats de l’ODP/MT puis du CDP et ceux de l’opposition totalement muselés et ignorés. La majorité, alors écrasante, se plaisait à étouffer la voix de l’opposition. Tous les prétextes étaient bons pour la bâillonner, la discréditer, l’empêcher de travailler, voire l’acheter. En ce temps-là, nos élus votaient les mesures sans sourciller. C’était le temps des Assemblées nationales béni-oui-oui. Fort heureusement, cette période est révolue. Aujourd’hui, sous la 7eme législature, le rôle du député est valorisé. La révolution dans l’hémicycle est manifeste. Et pour preuve, les élus du peuple, toute tendance confondue, sont ouverts aux débats. Même du côté de l’opposition l’on refuse d’exécuter les ordres. La non soumission de certains d’entre eux au mot d’ordre du Chef de file de l’opposition, à l’occasion du vote sur la loi «Partenariat Public-Privé», témoigne de cet état de fait. Tant mieux pour notre jeune démocratie.

Contrairement au passé, nos députés ne votent plus les mesures sans sourciller

Un Parlement est là pour contrebalancer l’exécutif, sinon on est dans l’autoritarisme. Avoir donc un Parlement à sa botte, ce n’est pas la démocratie. Pourtant sous le règne de Blaise Compaoré, les députés de la majorité faisaient semblant d’être ouverts aux débats démocratiques. Mais tout était mis en œuvre pour humilier et ridiculiser les élus de l’opposition. En ce temps-là, les débats étaient faussement pertinents et finalement très codés. Les dés étaient bipés d’avance! Les règles du jeu n’étaient point objectifs. C’était de la mascarade.

Pourtant, l’Assemblée nationale devrait garantir à tous les partis politiques, majorité et opposition, la liberté d’expression et le respect des positions de chacun à l’occasion des débats. Car la majorité parlementaire et l’opposition ont toute leur place dans la démocratie émergente dans notre pays.

C’est donc une bonne chose que notre Assemblée nationale actuelle essaie de se donner une nouvelle vie en tant qu’institution clé pour la démocratie et la bonne gouvernance. Il faut se féliciter que le rôle du député soit remis en vedette comme au temps de la 1ère législature de la 2eme république où siégeaient le Rassemblement Démocratique Africain, RDA (37 députés), le Parti du Regroupement Africain, PRA (12 députés) et le Mouvement de Libération Nationale, MLN (6 députés). En effet les témoignages des anciens rapportent que les débats à l’Assemblée nationale étaient vivants et houleux, empreints d’affabilités et de respect des règles démocratiques.

Le président de l’Assemblée nationale, Salifou Diallo

Aujourd’hui, dans notre Assemblée nationale, les débats pompeux sont désuets, les oppositions de façade, et les députés totalement acquis au gouvernement relèvent du passé. Désormais, les partis d’opposition y expriment leurs divergences sur la façon de gouverner du régime en place. Du coup, notre Assemblée est devenue plus critique, et son pouvoir de contrôle s’est étendu, contribuant ainsi à plus de transparence. Les différentes enquêtes parlementaires qui ont abouti prouvent la rupture d’avec le passé où les investigations des députés restaient dans les tiroirs.

L’autre changement intervenu porte sur la nature des questions débattues au sein l’institution. Si leur fonction consiste d’abord à légiférer, à voter le budget et à contrôler l’action du gouvernement, les députés jouent de plus en plus un rôle dans la gestion des grands dossiers d’actualité mondiale: commerce, démocratie, droits de l’homme, Sida, environnement, corruption…

Il reste à souhaité que la majorité dans l’hémicycle soit toujours tolérante et ouverte, et l’opposition plus constructive, pour améliorer l’action du gouvernement, sans la paralyser indûment.

Un fait est sûr, notre Parlement est en passe de devenir une institution forte. Nous y avons tous intérêt, car notre jeune démocratie ne saurait rayonner sans cette institution clé.

Théophile MONE

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