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Floraison des stations d’essence à Ouagadougou: entre business et insécurité

Il est de notoriété publique que les Burkinabè sont de gros travailleurs. Le colon, les Ivoiriens et les Italiens pourront le témoigner. Partout où le Burkinabè passe, il se fait remarquer par son abnégation au travail et par son courage légendaire. Malheureusement, les Voltaïques puis les Burkinabè ont compris que le muscle ne construit pas toujours le monde et ne rapporte pas toujours gros «ça ne nourrit plus son homme» comme le dit l’adage populaire. Le business, lui, oui! C’est ainsi qu’au Pays des Hommes intègres, le réflexe de entrepreneuriat et des affaires est de plus en plus privilégié au détriment du travail physique.

Une station placée à l’angle

Du boom des bars, buvettes et motocyclettes, nous vivons aujourd’hui le printemps des stations d’essence qui poussent comme des champignons surtout dans la capitale. Mais cette poussée des essenceries ne prend pas en compte l’aspect sécurité. Il suffit pour cela de constater leurs emplacements anarchiques. Le citoyen Lambda à l’impression qu’il n’y a pas de règle en la matière. Ce business, il faut l’avouer, pourrait devenir, d’ici quelques années, si rien n’est fait par l’autorité, un problème de sécurité publique, un danger. Il est plus que temps de tirer la sonnette d’alarme car une catastrophe n’est jamais bien loin. L’adage populaire ne dit-il pas qu’ «il vaut mieux prévenir que guérir?»

Le constat est amer, mais réel. La majorité des stations d’essence sont anarchiquement installées dans la ville de Ouagadougou. Pourquoi ce désordre? Peut-être un business flamboyant qui fait l’affaire et des responsables desdites stations et de l’autorité chargée de réguler ce domaine sensible. Mais nous sommes convaincus que ce risque majeur n’en vaut pas la peine. Il est donc impératif que l’autorité assume ses responsabilités. On n’a pas besoin d’être un expert en sécurité pour savoir qu’une station d’essence dont les fûts sont installés dans une cours d’habitation est plus que suicidaire.

D’ailleurs, de sources dignes  de foi, il nous est revenu qu’en la matière, les règles sont strictes et sans aucune ambiguïté. En effet, elles recommandent que la parcelle sur laquelle est installée une station essence soit d’abord transformée en une parcelle à usage commercial et que sa mise en valeur soit faite sous l’expertise et l’œil technique du Bureau burkinabè des mines et de la géologie BUMIGEB. Mais la majorité des stations-services installées dans la ville de Ouagadougou ne respectent pas les règles en vigueur. Selon les textes en effet, la station ne doit pas jouxter ou même faire partie d’une cour d’habitation. Pourtant, il nous a été donné de constater qu’à Ouagadougou, plusieurs stations d’essence bafouent les règles élémentaires et minimales.

Qui plus est, deux stations-services ne doivent pas être séparées d’une distance de moins de 100 mètres. En outre, à moins de 500 mètres d’une station-service, il ne doit pas avoir un lieu de regroupement comme les marchés, les écoles et autres endroits susceptibles de drainer du monde. Ce qui, une fois de plus, n’est aucunement respecté à Ouagadougou. Si on prend, par exemple, le marché de Pag-la-yiri, situé au sud de la capitale, à moins de 500 mètres, on trouve une station-service, et beaucoup d’autres stations-services gravitent autour. Pourtant, c’est une zone que l’on peut qualifier de zone commerciale tant elle abrite de nombreuses boutiques.

une station incendiée

Alors, cette question embêtante: combien de stations-services ont pris des permis de construire à la Mairie avant d’être érigées? Combien de stations ont fait le contrôle de l’emplacement géographique, de pressions de leur fût et de leur tuyauterie par le BUMIGEB avant d’être installées?

On n’a pas besoin d’avoir un œil d’expert pour savoir que le business prime sur le respect des règles en vigueur. C’est vraiment dommage que cette nouvelle forme d’incivisme soit encouragée d’une façon ou d’une autre par ceux qui sont censés protéger leurs citoyens. Dommage pour ces silences de carpes là où la rigueur doit être appliquée avec la dernière énergie.

Si aujourd’hui il faut remercier Dieu d’avoir, par sa grâce et sa bonté,  épargné les populations d’une catastrophe émanant de l’explosion d’une station d’essence, il faut impérativement prendre des mesures idoines pour circonscrire cette bombe à retardement. Car l’adage dit «aide-toi et le ciel t’aidera».

Mais sans être un prédicateur de l’apocalypse, avec ces stations anarchiquement implantées dans la ville, tôt ou tard, une catastrophe surviendra et les dégâts seront énormes. S’il est vrai que la Mairie a déjà procédé à la fermeture de certaines stations, il faut dire ce n’est pas assez et les autorités font toujours preuve de laxisme vis-à-vis des tenanciers de ces stations-services. Pourtant, sans état d’âme, il faut assainir le milieu sinon sévir sévèrement contre les fautifs. Il y va de la sécurité des populations. Il ne faut pas attendre qu’un drame survienne avant de prendre des mesures. Ce serait «le docteur après la mort».

LES ECHOS DU FASO   

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