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Fuite des cerveaux à l’interne: la politisation de l’administration en est une des causes

En sociologie, la fuite des cerveaux fait référence à la fuite du capital humain. Elle désigne de façon populaire les flux migratoires de scientifiques, de chercheurs ou plus généralement de personnes à haut niveau de qualification qui s’installent à l’étranger pour trouver de meilleures conditions de vie, d’études, de travail ou de rémunérations.

La fuite des cerveaux a des effets néfastes sur le développement des pays à faibles revenus comme le Burkina Faso. Même si les migrants transfèrent des fonds dans leurs pays d’origine, cela ne parvient pas à compenser les pertes occasionnées par leurs départs (coût de leur formation, emploi de personnel expatrié…). En somme, cette forme de migration prive ces pays des hommes capables d’assurer leur développement. Aujourd’hui, le phénomène se passe également à l’intérieur des pays en développement. Il s’agit des hauts cadres qui quittent l’administration publique pour les sociétés privées et autres organisations internationales. Le motif de leur départ du service public n’est pas que financier.

Fuite des cerveaux. Si les commis véreux qui ne jurent que par leurs colorations politiques en profitent, le grand perdant dans cette situation reste l’Etat

Le plus souvent, quand on parle de fuite de cerveaux les yeux se tournent vers l’Occident ou les Etats-Unis d’Amérique. Pourtant, le phénomène existe bel et bien à l’intérieur de nos pays et entre pays africains. Certes, en général, les cracks sinon les meilleurs cerveaux africains émigrent vers l’Europe ou les Amériques où ils sont mieux valorisés, mieux rémunérés et plus respectés. Mais ceux qui n’ont pas eu l’opportunité de s’en aller sont souvent cooptés sur place dans nos pays, notamment par les sociétés privées, les organisations internationales et autres institutions de coopération multilatérale.

Cette fuite des cerveaux, à l’interne, touche malheureusement les cadres supérieurs les plus compétitifs comme des médecins spécialistes, des ingénieurs, des professeurs d’université, des enseignants, des experts tous domaines confondus qui, le plus souvent, sont formés à grands frais par l’Etat. Même si l’on ne dispose pas de statistiques sur cette situation, le phénomène est réel. Certains cadres vont directement des bancs de la fac au secteur privé. D’autres, après des années de services dans un environnement difficile, demandent une disponibilité pour s’engager ailleurs ou pour mettre en place leur entreprise. Ces cadres qualifiés fuient souvent le service public parce qu’ils sont sous-utilisés et mal payés ou encore parce que leurs compétences ne sont pas valorisées. En somme, ils désertent une administration parfois politisée, peu regardante sur les compétences et donc sur les résultats. Quand prime la carte du parti ou l’engament pour défendre les idéaux de la formation politique sur les capacités intellectuelles et le savoir-faire, le choix d’une institution ou d’une entreprise apolitique est vite fait. C’est en cela que la politisation de l’administration frustre les honnêtes citoyens et étouffent certains génies qui cherchent vainement un cadre sain, sans interférence politique, pour travailler.

Le grand perdant dans cette situation reste l’Etat, qui investit d’énormes ressources pour former ces cadres supérieurs et dont il profite peu. A qui profite cette saignée? A toute cette masse de commis véreux qui ne jurent que par leurs colorations politiques, maintenant ainsi nos administrations à la routine et condamnant leur pays à l’immobilisme. C’est dire que le problème tout comme la solution sont à chercher à un seul niveau: le fonctionnement de notre administration publique.

Une nouvelle impulsion est donc nécessaire au niveau de la gouvernance et de l’optimisation de l’action publique afin d’offrir un environnement attractif aussi bien à la diaspora désirant revenir qu’aux locaux devant être convaincus de rester sur place. Cela implique entre autres des réformes institutionnelles pour promouvoir la valorisation du mérite et de la compétence.

Théophile MONE

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