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G5 Sahel: à quel jeu veut jouer Idriss Déby, le président tchadien?

Le président tchadien Idriss Déby Itno menace de se retirer du G5 Sahel, cette force militaire anti-terrorisme dont il avait convenu de la mise en place avec ses pairs ouest-africains. Cette menace, il l’a brandie le dimanche 25 juin, alors que la communauté internationale a récemment marqué son accord pour soutenir cette force. En dépit des difficultés financières et économiques avancées comme raisons, l’on est amené à s’interroger sur son intention réelle que cache mal ce revirement spectaculaire.

Idriss Déby Itno, président du Tchad
Idriss Déby Itno, président du Tchad

Réunis en conclave dans la capitale malienne (Bamako) en février 2017, le président tchadien avec ses homologues du Burkina Faso, du Mali, du Niger et de la Mauritanie, ont convenu de créer et de rendre opérationnelle une force dénommée G5 Sahel en référence au nombre de ses géniteurs et de sa zone d’intervention. Son QG, Bamako devrait l’abriter. Son budget est à rechercher, surtout auprès des partenaires occidentaux.

Quant aux hommes pour la constituer, chacun des cinq Etats s’est engagé à en fournir, de sorte à réunir 5 000 soldats. Par la suite, les mêmes géniteurs ont convenu de viser le double de cet objectif numérique. Et donc, le G5 Sahel devrait réunir 10 000 hommes – à raison de 2 000 par Etat – en provenance des forces armées burkinabè, maliennes, nigériennes, mauritaniennes et tchadiennes.

Mais voilà, le chef de l’Etat tchadien dit ne pas pouvoir «avoir 1400 hommes au Mali (…) et dans le même temps avoir 2 000 soldats dans le G5 Sahel». Et d’insister: «On ne peut pas faire les deux à la fois, être dans le G5 Sahel et en même temps dans une autre mission sur le même théâtre». Or, en convenant de la création du G5 Sahel avec ses pairs, Idriss Déby savait bien qu’il a des hommes déjà au sein de la Mission intégrée des Nations unies au Mali (MINUSMA).

L’existence d’autres militaires tchadiens sur le territoire malien n’est donc pas un fait nouveau à même de justifier raisonnablement l’intention de retrait affichée par le président Itno. Mieux, il n’a pas été dit que les éléments du G5 Sahel seront déployés seulement au Mali, mais répartis dans la zone que couvrent les limites territoriales des Etats qui la composent. De la sorte, le contingent tchadien du G5 Sahel peut être déployé sur le territoire tchadien ou mauritanien.

La question du coût financier est-elle raisonnable?

Et l’argument tiré du coût financier de la participation aux opérations internationales investies de la mission de sécurisation ne peut, lui aussi, tenir véritablement la route. Le Tchad ne peut pas, dit le président Itno, «continuer à être partout, au Niger, au Cameroun, au Mali. Tout cela coûte excessivement cher». Au-delà du fait que ces présences militaires à l’extérieure sont déjà financièrement supportées par des partenaires, occidentaux notamment, l’Union européenne et l’ONU ont marqué leur engagement à apporter un soutien financier certainement conséquent au G5 Sahel.

En effet, la chef de la diplomatie de l’Union européenne, Federica Mogherini, a annoncé le 5 juin dernier, une aide de 50 millions d’euros pour soutenir le G5 Sahel. Cette aide, a tenu à préciser Mme Mogherini, «va être une contribution qui va arriver vite et qui j’espère va montrer la bonne direction aux autres partenaires du G5 Sahel».

Pour sa part, à travers l’adoption d’une résolution le 21 juin, le Conseil de sécurité a exprimé son plein appui à la force G5 Sahel, tout en invitant le Secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, à rendre compte dans deux mois, des «problèmes rencontrés et d’autres mesures qui pourraient éventuellement être envisagées» à l’avenir. La résolution onusienne annonce également qu’une conférence des donateurs sera organisée «rapidement».

Quel rayonnement économique dans un pays en insécurité?

Après tout ça, le président tchadien affiche sa volonté de retirer, tant que cette mobilisation internationale ne sera pas source de relance économique de son pays. Mais il convient aussi de savoir qu’une telle relance ne peut aucunement prospérer si les jihadistes et autres terroristes ne sont pas vaincus au Tchad et dans le Sahel ouest-africain. Si les puits de pétrole dont la gestion des ressources par le régime Itno a jusque-là été calamiteuse sur fond de gabegie au sommet de l’Etat venaient à tomber entre les mains de jihadites ou de rebelles qui auraient réussi à dominer les efforts de traque des seuls militaires tchadiens, alors, c’est le pouvoir politique lui-même qui risque de basculer. Du reste, l’on se rappelle qu’il a fallu l’intervention de forces spéciales françaises pour sauver le fauteuil du même président Itno en janvier 2008, lorsque des rebelles avaient réussi à arriver aux portes de N’Djamena, la capitale tchadienne.

Il y a lieu de comprendre que dans le contexte actuel, la participation d’un Etat aux opérations sécuritaires internationales est aussi une stratégie de sécurisation de son propre territoire, et l’occasion pour les forces armées nationales d’avoir une certaine maîtrise de terrains étrangers dits difficiles sur le plan d’interventions militaires.

L’on s’attendait plus à ce que le président Idriss Déby Itno exprime sa satisfaction par rapport à la forte présence de l’armée tchadienne sur le théâtre d’opérations militaires internationales où sa contribution est très bien appréciée. L’on peut penser que cela aussi a certainement milité en faveur de l’accession du Tchadien Moussa Faki Mahamat à la présidence de la Commission de l’Union africaine (UA). Mais là, avec la menace de retrait brandie, l’on a à se poser des questions sur le devenir qu’il veut pour son pays déjà hanté par une instabilité gouvernementale, car en plus du sabotage des potentialités économiques comme c’est souvent le cas au Nigeria, aucun investisseur sérieux ne peut s’aventurer dans un pays où des terroristes dictent leur loi.

Paangui Parè

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