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Galian: les journalistes veulent des prix sans histoires

Dabadi Zoumbara des Editions Le Pays reçoit son Super Galian 2018 des mains du Premier ministre

Initiés en 1997 pour promouvoir l’excellence dans les différents corps de métier de la presse écrite, audiovisuelle puis en ligne, les prix Galian visent, entre autres, à servir de cadre pour une saine émulation au sein des professionnels des médias et de la communication. C’est motivant pour les femmes et les hommes des médias publics et privés burkinabè. C’est aussi la raison pour laquelle, au fil des ans, les Nuits Galian ont suscité de l’engouement chez les professionnels de l’information et de la communication. Les innovations majeures initiées en 2017 au 20ème anniversaire ont été saluées parce qu’elles contribuent à valoriser et à rendre plus attrayant l’évènement. Mais au-delà du montant des enveloppes allouées revues à la hausse, l’adoption de plusieurs genres rédactionnels et l’instauration d’un prix dénommé «Super Galian», les hommes et femmes des médias burkinabè désirent s’abonner à l’excellence et être ainsi parmi les meilleurs de la sous-région. C’est pourquoi ils souhaitent vivement que les prix Galian n’impactent pas négativement leur crédibilité et leur dignité à travers des dons à polémique comme la mise à disposition d’une villa de 14 millions de francs CFA offerte par un opérateur économique, Abdoul Service en l’occurrence. D’ores et déjà, les inquiétudes des organisations comme l’AJB et le SYNATIC sont justes et même fondées, au regard de la charte d’éthique et de déontologie des journalistes du Burkina.

Depuis leur création, les Prix Galian ont connu une évolution marquée par des innovations multiples. Les deux dernières éditions ont particulièrement enregistré des innovations majeures. Depuis l’édition de 2017, les Galian ont connu une valorisation significative des prix officiels comme des prix spéciaux. La grande innovation est sans doute l’institution d’un super prix, le Super Galian.

La 21ème Edition tenue le 18 mai dernier a permis de décerner au total 34 prix officiels et 17 prix spéciaux. Mais la provenance de la villa qui récompense le journaliste Super Galian 2018 fait couler beaucoup d’encre et de salive.

En effet, certaines organisations corporatistes des journalistes n’apprécient pas ce don qui pourrait entacher, plus tard, la crédibilité des journalistes. L’Association des journalistes du Burkina (AJB) et le Syndicat autonome des travailleurs de l’information et de la culture (SYNATIC) ont, pour ce faire, tenu à attirer l’attention des organisateurs sur «la villa offerte par l’opérateur immobilier Abdoul Service.» Ces deux structures craignent que ce don d’une valeur de 14 millions de francs CFA ne soit de «nature à jeter le discrédit sur des récompenses si chères aux journalistes».

Leur embarras se comprend dans la mesure où la charte d’éthique et de déontologie des journalistes du Burkina pourraient être remise en cause comme l’intégrité morale du journaliste récompensé pourrait en prendre un coup.

L’argument est d’autant plus fondé que le geste intervient dans un contexte de tensions autour de la gestion du foncier, avec au cœur du problème les agences immobilières. Or, dans cette situation tendue, les journalistes se font régulièrement l’écho des nombreux Burkinabè mobilisés pour exiger un apurement de ce passif. Ainsi, n’étant pas en retrait de ce combat du peuple, la dotation de Abdou Service pourrait mettre en difficulté le journaliste bénéficiaire, surtout quand il devra mener des investigations dans le domaine du foncier. Dans le doute, dit l’adage, il faut s’abstenir. A défaut, il faut lever tous les équivoques.

En tout état de cause, il faut éviter que les Prix Galian ne soient utilisés pour ternir l’image des journalistes et remettre en cause leur intégrité morale.

L’opportunité de cette polémique devrait être saisie par les organisateurs et par le ministère en charge de la Communication pour faire la transparence autour de cette affaire. Car les journalistes veulent bien des récompenses, mais sans histoire.

Théophile MONE

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