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La gestion centraliste du MPP par sa direction pourrait lui être préjudiciable

Bien de militants du Mouvement du peuple pour le progrès (MPP) avouent une gestion centriste de leur parti. Toute chose qui étouffe les aspirations de la base. Une telle gestion du parti au pouvoir est un piège qui pourrait, à la longue, l’affecter sérieusement si ce n’est déjà le cas. Le dilemme est clair et il faut lui trouver une solution intelligente: imposer une vision ou des personnes au sommet en l’absence d’une bonne communication finit par frustrer certains militants. Mais trop de démocratisme dans les structures décentralisées au mépris des orientations définies par les instances dirigeantes finit aussi par créer de la confusion et du désordre. Les farouches rivalités entre militants ambitieux et les guéguerres inconcevables dans certaines mairies dévolues au MPP mais dont les maires n’ont pas été accrédités par la direction seraient les conséquences de ce centralisme instauré par le défunt Salif Diallo.

Ces responsables de la direction du MPP

Le centralisme démocratique est une méthode de gestion des partis largement répandue. Il suppose des initiatives prises au sommet qui les soumet à discussions à la base avant de prendre les décisions qui s’imposent en se fondant sur la synthèse des avis recueillis. Mais la concertation ne signifie pas qu’un parti politique doit se passer du chef. Non. Il faut bien un chef ou des responsables qui prennent des fois des décisions fortes quand bien même la démocratie interne est le meilleur bouclier contre les tendances à l’abus de tous ceux qui détiennent des pouvoirs. Un parti sans autorités est voué à l’échec, à un déclin prématuré. En effet, si les premiers responsables ne jouent pas pleinement leurs rôles, les batailles de positionnement se feront toujours de manière violente comme dans la jungle.

Ceci étant, les militants qui cultivent la proximité avec les puissants du parti pour être promus ne le font pas pour l’intérêt du parti mais pour leur propre bien. Cette conception du militantisme est aux antipodes de la démocratie interne.

En outre, ce n’est pas parce que certains chefs détiennent les finances, ou une partie des finances, qu’ils doivent proclamer ou mettre en avant leur toute-puissance, disposer d’un droit de vie et de mort sur les autres militants. Pour bien vieillir et engranger des victoires, un parti politique doit privilégier la contribution de tous ses militants tant du point de vue de la réflexion que de l’effort financier. Toutes les décisions doivent être prises dans les instances au terme d’un débat libre où tous les militants qui souhaitent s’exprimer le font sans aucune entrave. Aucun responsable ne peut et ne doit imposer son point de vue dans le parti.

L’inconvénient d’une telle grande démocratie interne est sa mauvaise compréhension par certains militants qui se croient alors tout permis. Ils transforment malicieusement la démocratie à la base en démocratisme, voire au désordre et à l’anarchie. Toute chose qui peut faire tanguer un parti.

De peur d’assister à une telle dérive en son sein, les caciques du MPP auraient, selon certains militants, décidé d’être paternalistes et centristes à la manière des Parrains dans les films mafias. C’est ainsi que la désignation des candidats du parti aux différents scrutins à mandat électif aurait donné à constater à la fois du centralisme voire du trafic d’influence qui n’a pas pris en compte les aspirations des militants de base. Résultats, tous ceux qui avaient par exemple l’aval de la direction pour être élus maires et qui ont vu leurs postes occupés par d’autres militants aguerris et entreprenants qui n’ont pourtant pas été accrédités par la même direction, empêchent par le désordre et la violence la gestion desdites mairies. Avec le soutien indéfectible mais discret de la direction. Conséquence, il y a une sérieuse difficulté à garder un équilibre acceptable entre le centralisme de la direction et la démocratie. Le système étouffe les aspirations de la base et il existe naturellement une confusion entre électeurs, sympathisants et militants du parti. C’est bien ce qui se vit tous les jours dans certaines mairies où des militants du même parti MPP se font la guerre des postes. D’où les colères difficiles à contrôler.

En réalité, tout le monde se croit militant incontournable pour avoir participé et contribué à élire des candidats MPP. Tout le monde se dit méritant et exige de ce fait un poste à la hauteur de son engagement. Et comme le MPP est aux affaires, les ambitions des uns et des autres se sont multipliées par dix. Ceux-ci oublient que les postes de responsabilités sont limités même au niveau du parti. Les partis alliés ne sont pas en reste. Il y a donc beaucoup de frustrations. Le dilemme de la direction est maintenant de gérer ces frustrations et de récompenser les efforts de militantisme et les investissements des uns et des autres sans laisser apparaître de la pagaille.

Ce qui est sûr, si les différends ne sont pas bien gérés dès maintenant, il faudra craindre une crise d’ordre structurel. C’est pourquoi il faut compter sur la capacité des militants à sublimer leurs ambitions personnelles au profit des intérêts tactiques et stratégiques du parti.

Le plus important revient donc au niveau central d’éviter de continuer à soutenir les antagonismes dans les structures régionales du parti. A défaut, la question de la cohésion se posera toujours. Le centralisme pour être bénéfique doit mettre la communication au cœur de ses actions et amener les militants à se transcender et à mettre de côté les subjectivités pour s’attacher à enrichir les formes d’organisation, les méthodes de travail et les idées. Un travail titanesque tellement les intérêts sont grands et légion et les sacrifices inexistants. Pourtant, ce défi majeur doit être relevé avant 2020.

Théophile MONE

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