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Et si Golf avait fait comme le général Chiwenga!

Robert Mugabe, le père de l’indépendance du Zimbabwe, a démissionné ou, moins prosaïquement, a été démissionné. L’une et l’autre expressions se tiennent car il y a eu tout d’abord la contrainte de l’armée zimbabwéenne avec à sa tête le Chef d’état-major, le général Constantin Chiwenga. Un cousin lointain de Gomtibo Rawenga. La situation était pourrie depuis le limogeage du vice-président Emmerson Mnangagwa, le dauphin constitutionnel qui avait vu sa place dangereusement menacée par la Grâce de Mugabe, la 1ère dame.

                Le général Gilbert Diendéré

En lieu et place d’une prise en otage du Conseil des ministres et la séquestration du président et certains de ses ministres comme dans le cas du putsch déjoué du général Gilbert Diendéré, les soldats du Zimbabwe ont trouvé la parade très douce: un vrai coup d’Etat qui n’en portait pas le nom.

Selon les mots du porte-parole de l’armée, c’était juste une sorte d’opération de salubrité publique; extirper de la gestion du pays les prédateurs des deniers publics qui gravitaient autour du vieux père Bob Mugabe.

Si on fait un saut dans le temps, en lieu et place de la mise à mal de la Transition, le général Gilbert Diendéré, ce héros qui a manqué de coche, aurait pu, dans le tohu-bohu anti-modification de la Constitution, faire comme le chef d’état-major du Zimbabwe: déposer tout simplement Blaise Compaoré en brandissant le nettoyage autour de lui pour éviter le chaos au pays. Si tel avait été le cas, si le CDP avait aussi la puissance de la ZANU-PF, on aurait évité les pertes en vies humaines lors de l’insurrection et du coup d’Etat.

Dommage, l’armée burkinabè, qui pouvait se résumer à l’époque de Blaise Compaoré à la puissance du RSP, n’a pas eu le nez. Le parti présidentiel non plus n’avait pas la puissance pour dire non au fondateur Blaise Compaoré comme au Zimbabwe. Bien au contraire, le CDP a poussé son géniteur jusqu’au bout, au propre et au figuré.

C’est là toute la différence entre un parti fortement structuré et un parti structuré en force. Les responsables du parti présidentiel au Zimbabwe doivent beaucoup à Robert Mugabe, celui qui est désormais l’ex-président, mais ils n’ont jamais accepté que le parti soit sa chose comme une pâte à mouler dont il peut en faire toutes les figurines de son choix.

Mon rêve est de voir au Faso un parti d’une telle primauté sur ses dirigeants. En lieu et place de se faire interner – une mise au vert comme pour les sportifs – afin de voter une loi que soi-même on sait qu’elle va fermer la porte à nos ambitions présidentielles et qui en plus fait l’objet de contestation monstre par les populations.

Blaise Compaoré était craint, Robert Mugabe ne l’était pas moins, mais son parti est resté un parti et non la chose de quelqu’un qui pousse les pions comme sur un damier. C’est pourquoi, je partage l’avis de Né Wendé quand il a volé dans les plumes des responsables du CDP qui ont voulu être candidats à la présidentielle à la fin de la Transition en brandissant le mot «exclusion».Y avait-il pire exclusion que d’accepter la modification de la Constitution pour permettre à Blaise Compaoré de rebeloter?

Si les ambitions soigneusement cachées des uns et des autres avaient été exprimées clairement, peut-être que Blaise Compaoré serait assis tranquillement dans son village de Ziniaré au milieu de ses animaux avec le bénéfice de tous les honneurs. Pas besoin de changer de nationalité pour se soustraire à des poursuites judiciaires car il y aurait eu une révolution de palais, une passe entre lui et quelqu’un de son parti.

Hélas! Mais c’est tant mieux pour le Faso qui a amorcé la marche inexorable de la démocratie. Plus rien ne sera comme avant. Il y a déjà ça de gagné.

Les Echos du Faso

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