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Grève incivique de l’ANEB

L’Association nationale des étudiants burkinabè (ANEB) est en grève pour protester contre l’exclusion d’un des leurs qui a frappé un autre étudiant en anglais. Les membres du conseil de discipline de l’Université de Ouagadougou n’ont pas hésité à sanctionner lourdement l’étudiant-boxeur après qu’il ait refusé de reconnaître son mauvais comportement et de présenter ses excuses à l’administration et à la victime. La décision d’exclusion, accueillie comme un coup de massue n’a pas plu aux responsables de l’ANEB qui ont décrété une grève impopulaire marquée par des actes d’un autre âge. Le temple du savoir est devenu le temple de la bêtise!

Les grèves de l’ANEB doivent être fondées sur des causes justes et avoir un minimum de consensus

Par manque de classe de cours, l’administration de l’université a approché le délégué d’une classe d’étudiants en anglais pour lui demander de plaider auprès de ses camarades afin qu’ils libèrent leur salle de cours en attendant leurs résultats, au profit d’autres étudiants en anglais qui ont impérativement besoin de poursuivre leur cours. Un des «responsables» de l’ANEB qui s’est opposé à cette initiative a décidé de molester le délégué de classe en question qui venait d’obtenir le OK de ses camarades de classe.

Interpellés tous les deux par l’administration, l’étudiant qui a subi les coups a produit un rapport des faits alors que celui de l’ANEB (en faculté de droit) a refusé. Après la décision du conseil de discipline, le Bureau de l’ANEB est allé négocier l’indulgence des responsables de l’Université en faveur de leur camarade en mauvaise posture. Dans un esprit d’apaisement, l’administration a accepté le plaidoyer à condition que l’étudiant récalcitrant vienne lui présenter ses excuses. Guidé par l’orgueil et l’amour propre, il a refusé cette chance à lui offerte. Naturellement, le conseil de discipline a blanchi ses deux années avec interdiction de fréquenter une autre université pendant 2 ans. Une sanction mal digérée par les responsables de l’ANEB qui ont imposé une grève aux autres étudiants tout en empêchant aux nouveaux de s’inscrire pendant la période. Un comportement contraire à la lutte estudiantine car empreinte d’indiscipline doublé d’incivisme.

L’incivisme, c’est aussi le refus de respecter les règles en vigueur et de se faire partisan de causes injustes. Ce comportement n’est pas digne d’un étudiant surtout quand il est empreint de violence.

En rappel, l’ANEB est une organisation à caractère syndical qui a pour rôle la défense des intérêts matériels et moraux des étudiants dans nos universités. Née en même temps que l’Université de Ouagadougou, sa plateforme revendicative a toujours tourné autour des questions académiques et pédagogiques, puis des questions sociales. Sur le plan académique et pédagogique, l’ANEB demande sans cesse des infrastructures, c’est-à-dire la construction d’amphithéâtres, de salles de cours, de TD, des laboratoires, des bibliothèques, etc. Les problèmes liés au manque d’infrastructures à l’UO sont tels que certaines promotions doivent parfois se partager un amphithéâtre. A ce niveau, les conditions doivent être améliorées et les gestionnaires de l’UO interpellés. Mais quand l’administration négocie c’est qu’elle est consciente du problème, mais veut parer à l’urgence par le dialogue.

Conformément à ses prérogatives, les responsables de l’ANEB peuvent dénoncer le manque d’infrastructures et réclamer la construction de nouveaux bâtiments afin de permettre aux étudiants de travailler dans de bonnes et meilleures conditions.

Mais violenter un camarade étudiant relève d’un aveu de faiblesse et d’un abus d’autorité. Qui plus est, s’en prendre à ceux qui dénoncent cette grève inopportune, narguer l’administration, empêcher les nouveaux étudiants de s’inscrire, constituent des actes inciviques qui n’ont pas lieu d’être au sein de cette organisation, section de Union générale des étudiants burkinabè, créée le 27 juillet 1960.

Au sein de l’université, les étudiants doivent avoir le droit de critiquer l’ANEB et ses décisions sinon il s’agit purement et simplement d’une dictature. Si cette organisation ne cherche pas un minimum de consensus autour de ses décisions et si ses responsables ne donnent pas les bons exemples de conduite à tenir, les contestations seront toujours grandissantes à l’UO et le crédit de l’ANEB finira par en pâtir. Toute chose qui serait dommageable pour les étudiants qui ont besoin d’un cadre pour s’exprimer et exiger de bonnes conditions de travail.

Théophile MONE

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