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Grèves et lutte contre l’insécurité ne font pas bon ménage

C’est peu d’affirmer que le Burkina Faso est devenu un pays de grèves. Les agents publics vont en grève en exigeant la satisfaction sans condition de leurs plateformes revendicatives. Ces grèves interviennent dans un contexte d’insécurité alors que le pays a besoin d’une union sacrée afin de venir à bout du terrorisme. Où trouver les ressources nécessaires pour satisfaire les agents grévistes et équiper les forces de défense et de sécurité dans la lutte contre le terrorisme? Les choses se passent comme si certains agents publics n’avaient pas conscience de la situation dans laquelle le pays vit.

Un bilan non exhaustif des grèves et autres mouvements d’humeur des agents publics de l’Etat fait dire que plusieurs corps de métiers ont été concernés. Les agents du ministère de l’Economie, des Finances et du Développement (MINEFID) observent une grève «tacite» depuis que l’Assemblée nationale a adopté, le 18 décembre 2018, la loi de finances 2019 consacrant le plafonnement du fonds commun à 25% de la masse salariale du ministère. Depuis cette date, les agents s’illustrent par leur absentéisme au poste de travail. Lorsqu’ils sont là, ils assurent le minimum. Les délais de traitement de certains dossiers, comme la délivrance des attestations de situation fiscale, l’enregistrement des contrats, le visa du contrôle financier, etc. ont été volontairement rallongés juste pour boycotter le travail. Pourquoi ne pas décréter une grève normale?

Ils sont convaincus que le gouvernement procéderait à des retenues sur les salaires s’ils déclenchaient un mouvement de grève. C’est la raison pour laquelle les contribuables observent un boycott actif des activités dans les services de ce ministère. Peut-on, dans ce contexte d’insécurité, continuer à servir 55 milliards de FCFA de fonds commun aux agents du MINEFID qui ne représentent que 0,03% de la population?

C’est pour éviter les retenues sur salaires pour fait de grève que les enseignants avaient aussi boycotté les évaluations des élèves et écoliers, la réception des dossiers des examens et la transmission des statistiques scolaires. Les enseignants dispensaient les cours certes, mais les élèves et écoliers n’étaient pas évalués. Les enseignants exigeraient sans condition près d’une soixantaine de milliards de FCFA en ce temps d’insécurité où leurs collègues ont fermé les salles de classe dans certaines zones à cause du terrorisme, s’ils ne sont pas tués par les mêmes terroristes.

Le mouvement d’humeur des agents de la Police nationale en début mars interpelle le plus. Ils ont simplement déserté les postes de contrôle, fermé les commissariats de police, boycotté les escortes pour exiger la satisfaction de leurs revendications. N’existe-t-il pas d’autres moyens de revendications? L’impact de leurs revendications avoisine la douzaine de milliards de FCFA.

photo d’illustration

Le corps médical observera un arrêt de travail cette semaine entre jeudi et vendredi pour exiger l’application de l’accord signé avec leur gouvernement sur la Fonction publique hospitalière. Il faut saluer le syndicat qui est à la base de ce mouvement parce qu’il s’agit d’une grève régulière. Elle n’a rien avec le boycott des activités des enseignants et des agents du MINEFID. Mais où trouver une trentaine de milliards de FCFA dans ce contexte d’insécurité pour satisfaire leurs revendications?

Si le gouvernement arrive à satisfaire les revendications de ces corps, il lui faudrait trouver pas moins de 150 milliards nos francs en plus des salaires déjà servis. Les agents publics n’étant pas les seuls burkinabè, on devrait s’attendre à d’autres grèves parce que le Burkina n’a pas de ressources pour cela encore que les agents des finances refusent de collecter les impôts.

On remarque que les grèves sont devenues récurrentes au Burkina depuis 2016. Si pour certains, la satisfaction des revendications des magistrats a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase, pour d’autres, les syndicats exploitent la passivité du gouvernement actuel, qui met en avant le dialogue et la concertation pour tirer la couverture en leur faveur.

Mais peut-on continuer à revendiquer dans un pays en proie au terrorisme? Il faut qu’à un certain moment, le gouvernement tape du poing sur la table. Un agent public a signé un contrat de travail avec l’Etat et doit exécuter ses taches selon ce contrat. Ce même contrat prévoit des sanctions.

Les Echos du Faso 

Un commentaire

  1. Envoyez ces petits malins au front là ils comprendront les enjeux

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