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Grossesse extra-utérine: elle peut entrainer la mort de la femme si elle n’est pas diagnostiquée tôt

Pr Ali Ouédraogo

Due au mauvais placement de l’ovule, la grossesse extra-utérine (GEU) peut entrainer la mort chez la femme si elle n’est pas diagnostiquée tôt. Quelles sont les causes et les facteurs de risque de la GEU? Nous avons rencontré le Professeur Ali Ouédraogo pour en parler. Il est en service au Centre hospitalier universitaire Yalgado Ouédraogo et est aussi professeur titulaire de gynécologie au niveau de l’Université Joseph Ki-Zerbo.

 

 

Les Echos du Faso (LEF): Qu’est-ce qu’une grossesse extra utérine (GEU)?

Professeur Ali Ouédraogo (Pr A. O.): C’est une grossesse qui se développe en dehors de la cavité utérine.

LEF: Comment elle se manifeste?

Pr A. O.: La GEU se manifeste par des douleurs au bas-ventre, des saignements pas comme ceux des règles et qui sont minimes et noirâtres.

LEF: Quelles peuvent en être les causes?

Pr A. O.: Les infections sexuellement transmissibles qui ne sont pas bien prises en charge, les chirurgies au niveau du bas-ventre, de la trompe, les césariennes peuvent jouer sur la qualité de la trompe. Il y a aussi des types d’infections qui ne sont pas toujours trop bruyantes. La femme peut avoir une infection et ne pas trop avoir de signes cliniques. En ce moment, cela peut évoluer lentement vers la destruction de la qualité de la trompe et favoriser la GEU.

Il y a également la prise de certaines hormones comme la pilule du lendemain qui est un facteur de risque. Cela crée un environnement qui fait que l’œuf ne va pas migrer pour se retrouver vers la trompe, mais va rester là où il se trouve et à ce moment ça peut favoriser la GEU. Ce ne sont pas toutes les femmes qui prennent la pilule du lendemain qui font des GEU, mais ça peut être un facteur de risque.

Il y a également des situations où l’on ne retrouve rien comme cause particulière, ou bien que l’on retrouve des causes spécifiques dans certaines situations d’infections spécifiques, comme la bilharziose qui peut jouer sur la qualité de la trompe. Avant, on citait aussi le dispositif intra utérin, le stérilet, mais à travers les dernières études, on s’est rendu compte qu’il est moins incriminé.

LEF: Comment se fait le diagnostic?

Pr A. O.: Il y a deux types d’examens à faire. Il faut d’abord montrer qu’il y a des signes de grossesse à travers un examen de sang. Ensuite, montrer à travers l’échographie que l’utérus est vide et qu’à l’extérieur, on retrouve un sac avec un embryon. Dans d’autres pays, on a la célioscopie qui est une petite intervention qui permet de voir la trompe ou autre localisation qui n’est pas normale avec l’œuf qui se trouve à ce niveau et qui se développe.

J’invite les femmes qui ont des infections à venir tôt consulter pour réduire les cas de GEU

LEF: Avez-vous des statistiques?

Pr A. O.: C’est un peu difficile de donner des statistiques au niveau national. Mais au niveau de l’hôpital Yalgado, c’est souvent 1,2% des urgences qui sont admises. Par rapport aux accouchements, ça peut être un cas pour 95 accouchements. L’essentiel, c’est de pouvoir diagnostiquer tôt et de pouvoir assurer une prise en charge précoce. Malheureusement, il est difficile de faire le diagnostic précoce parce que les femmes ne viennent pas tôt. Souvent, lorsqu’elles arrivent tôt aussi, il faut beaucoup d’examens pour pouvoir affiner le diagnostic et cela peut retarder la prise en charge.

 LEF: Quelles peuvent être les conséquences d’une GEU?

Pr A. O.: Il y en a deux. La conséquence immédiate, où la vie de la femme peut être en danger. La GEU peut se retrouver au niveau de l’ovaire, dans la cavité abdominale ou la trompe. Quand c’est au niveau de la trompe, l’œuf s’implante et commence son développement. Comme la trompe n’a pas une anatomie qui n’est pas adaptée au développement de l’œuf, elle va se rompre et la femme va avoir une hémorragie interne. Son pronostic vital est alors en jeu parce qu’à force de saigner, elle peut perdre deux à trois litres et cela peut entrainer son décès si la prise en charge chirurgicale n’est pas rapide. Lorsque la prise en charge est réalisée tardivement, on est obligé d’enlever la trompe, là où se trouve la lésion. La femme aura une trompe sur deux, la fertilité sera réduite de moitié.

LEF: Peut-on retomber enceinte après une GEU?

Pr A. O.: Oui, on peut retomber enceinte après une GEU sans problème! Mais quand la femme a déjà fait une GEU, on la conseille de venir très tôt lorsqu’elle a un retard, pour qu’on fasse des échographies précoces et s’assurer que l’œuf s’est fixé dans la cavité utérine et qu’il n’est pas encore une récidive de cette GEU.

LEF: Avez-vous un conseil à l’endroit des femmes?

Pr A. O.: Les infections peuvent entrainer des lésions au niveau des trompes et favoriser les GEU. J’invite les femmes qui ont des infections à venir tôt consulter pour réduire les cas de GEU. En dehors de cela, lorsque la femme fait un retard et qu’elle pense qu’il s’agit d’une grossesse, qu’elle vienne tôt les premiers mois pour que l’on puisse confirmer que c’est vraiment une grossesse et que cette grossesse est localisée dans la cavité utérine. Il faut également éviter au maximum la prise de la pilule de lendemain. On la prescrit pour des cas exceptionnels.

Entretien réalisé par Madina Belemviré

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