Accueil » Défense-Sécurité » Groupe «Sécurité islamique» à Pouytenga: la peur justifiée des Burkinabè

Groupe «Sécurité islamique» à Pouytenga: la peur justifiée des Burkinabè

Dans un contexte marqué par le terrorisme et l’anxiété d’assister impuissamment à la naissance d’un groupe similaire à Boko Haram au Burkina Faso, les internautes se sont enflammés sur les réseaux sociaux depuis le 24 mars à propos de l’existence d’un groupe dénommé «Sécurité islamique», à Pouytenga, dans la province du Kourittenga. Tous interpellent les autorités à la fermeté. Et malgré le communiqué du ministère de la Sécurité rassurant l’opinion publique sur sa vigilance et ses investigations en cours, les Burkinabè sont toujours inquiets et perplexes. A juste titre.

Quelle sécurité peuvent assurer ces adolescents?

La colère et la hantise des internautes concernant le groupe de «Sécurité islamique » de Pouytenga n’est pas un regard négatif porté aveuglement sur les musulmans. Ce piège émotionnel, les Burkinabè devraient l’éviter en tout lieu et à tout moment. Sinon, ils satisferont les terroristes: faire en sorte que les musulmans soient stigmatisés. Or, au nom de la cohésion sociale, nous devons faire confiance aux musulmans. Car l’islam n’est pas l’islamisme.

Un islamisme est le produit d’une politisation d’un islam dont l’objectif est de refondre l’ordre social non musulman ou «insuffisamment» musulman.

Face à des situations comme celle de Pouytenga, l’autorité devrait inviter les uns et les autres à éviter de faire la confusion. De même, pour ne pas entretenir l’amalgame, les responsables musulmans devraient officiellement se démarquer de certains faits ambigus en les dénonçant.

La sécurité suppose entrainement et tir. N‘y a-t-il pas risque de bévues avec ces enfants si fragiles et si innocents?

Une sécurité aux multiples inconnues

Islamique ou pas, ce groupe de sécurité, essentiellement composé de jeunes, a-t-il été créé selon les règles en vigueur et donc avec approbation des autorités compétences? Si c’est le cas, les Burkinabè ont besoin d’être rassurés sur les objectifs poursuivis. Surtout que les jeunes recrues sont si jeunes (parfois moins de 15 ans) que l’on se demande s’ils ont été autorisés par leurs parents à s’engager dans une telle société de sécurité. Surtout que l’organisation d’une sécurité individuelle ou de groupe nécessite armes et entrainement au tir. Et si l’idée est d’assurer une protection que l’Etat ne semble pas garantir, pourquoi la connotation religieuse comme si une communauté était devenue une cible particulière et prioritaire de menaces? Imaginons un temps soit peu que toutes les autres religions fassent de même. En plus des Koglwéogo incorrigibles, le pays serait ingérable et l’impuissance de l’Etat serait mise en exergue.

Qui plus est, dans un environnement où la peur de recrutements terroristes de jeunes inquiète les citoyens, créer un tel groupe même avec l’aval de l’autorité peut s’apparenter à une provocation.

En attendant que toute la lumière soit faite sur cette affaire, l’on a l’impression qu’il s’agit de milice. Or, les milices ne peuvent pas ne pas mener des expéditions punitives et à avoir des réactions disproportionnées. Toute chose qui pose problème dans un Etat de droit comme le nôtre. Milice, groupe d’auto-défense, sécurité privée, peu importe le nom, ce qui intéresse les Burkinabè, c’est la finalité, le but poursuivi et les moyens utilisés par cette unité. Comme le dit l’adage, l’on préfère «prévenir que guérir». Ce que les uns et les autres craignent, c’est la violence communautaire et le crime organisé dans un cadre légal. Les internautes ont peur que l’Etat se fasse prendre au piège des papiers légaux pour des objectifs flous. D’où les appels à la vigilance. Car, si les initiatives ne sont pas encadrées et réglementées dès le départ, à long terme, elles seront incontrôlables. Il y aura des abus et des bévues.

Assurément, si les services publics ne mettent pas de l’ordre dans les groupes créés à la sauvette, le Burkina pourrait connaître l’émergence et l’expansion des groupes d’autodéfense similaires à Boko Haram qui cherchent à fixer des règles et une orientation.

Les nouvelles recrues avec quelques-uns de leurs responsables

Pourtant, aujourd’hui les besoins du Burkina en matière de sécurité sont loin de la création d’unités d’autodéfense supplémentaires. Il est plus question de développement de réseaux de renseignement et de communication par lesquels les civils peuvent obtenir la protection de l’Etat en cas de besoin. L’autre besoin est l’accès du plus grand nombre possible de civils aux réseaux de communication fonctionnels afin qu’ils puissent faire appel aux forces de sécurité régulières, en particulier là où les risques restent élevés.

De toutes les façons, entre lutte contre le terrorisme et la sécurité privée, notre pays a intérêt à placer le curseur là où il faut. Le défi est de faire en sorte que l’Etat ait toujours la mainmise sur la sécurité des personnes et de leurs biens.

En effet, le recours à des agents privés de sécurité est inquiétant car il entérine en quelque sorte l’instauration de milices privées. Est-ce nécessaire de rappeler que les obligations professionnelles et déontologiques ainsi que les missions de service public qu’assument les fonctionnaires de police sont aux antipodes des règles qui régissent des sociétés (de sécurité) privées? Dans ce sens, il faudrait s’assurer que ce groupe de «sécurité islamique» s’imposera humanité, professionnalisme, respect des droits de l’homme, non-violence, probité et dignité. A défaut, tous les groupes qui auront tendance à inciter à la discrimination, à la violence, à être de type paramilitaire, à porter atteinte à l’intégrité du territoire national, à avoir une activité tendant à faire échec à la légalité républicaine, à propager des idées ou théories tendant à justifier ou encourager la haine ou la violence, à se livrer à des agissements en vue de provoquer des actes de terroristes au Burkina, devraient être dissouts.

En tout état de cause, nous devons protéger nos jeunes qui représentent l’espoir. Après le danger que représente Boko Haram aujourd’hui au Nigeria et en Afrique, les Burkinabè ne veulent pas que leur pays abrite un groupe de ce genre. D’où leur peur justifiée face aux nouvelles venues de Pouytenga. A l’autorité de prendre ses responsabilités à temps. Et de manière énergique.

Théophile MONE

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *