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Hôtesse d’accueil, un métier ultra-féminisé dans une société revendiquant la mixité

Le travail d’hôtesse d’accueil présente la particularité de reposer presque entièrement sur un savoir-être genré. «Votre sourire, faites-en un métier». Pas celui des hommes, mais singulièrement celui des jeunes femmes. Ainsi, dans une société dans laquelle l’égalité homme-femme est revendiquée à cor et à cri, comment peut-on percevoir autrement l’hôtesse sans tenir compte du seul prisme de son genre? Pour qu’elle échappe à cette stigmatisation, il faudrait nécessairement revoir les critères de recrutement et amener cet univers particulier à cacher ces préjugés que je ne saurai voir. Ce travail mérite d’être mieux valorisé et celles qui y exercent moins ultra féminisées.

Des hôtesses béninoises…

Des sociétés, plus communément appelées agences d’hôtesses, emploient des jeunes femmes pour le compte d’entreprises clientes dans plusieurs domaines d’activité dont l’accueil événementiel. En événementiel, les agences délèguent et encadrent chez leurs clients des hôtesses habillées par leurs soins, embauchées en Contrat à durée déterminée (CDD) lors d’événements ponctuels: salons grands publics ou professionnels, congrès, événements sportifs, soirées et cocktails, etc. Le nombre d’hôtesses mobilisées varie fortement, d’une ou deux à plusieurs centaines, ainsi que la durée de la mission, qui va de quelques heures à quelques semaines.

La plupart de ces sociétés prestataires ont vu le jour au Faso dans les années 1990 avant que le secteur ne connaisse une très forte croissance.

Le travail d’hôtesse d’accueil est très largement effectué par une main-d’œuvre âgée de 18 à 30 ans, du fait de la précarité contractuelle de cet emploi, de la faiblesse du salaire.

Il s’agit donc d’un «petit boulot» dédié aux jeunes, présentant la particularité d’être presque exclusivement  des femmes. La preuve, le recrutement est socialement sélectif. Souvent, les critères de sélection se bornent aux aspects morphologiques liés à une attitude, à l’image de cet exemple d’annonce de recrutement souvent faite lors des événements comme le SIAO: «1m70 minimum, excellente présentation, souriante et dynamique, langues étrangères, en l’occurrence l’anglais, appréciées».

…du Congo

Ainsi, le recrutement se base avant tout sur une évaluation sociale de la personne. En effet, c’est tout d’abord une évaluation esthétique de l’hôtesse postulante qui est faite, formalisée par des critères de taille explicites et des critères de ligne implicites. Mais plus qu’une appréciation purement plastique, dont les critères seraient difficiles à déterminer, la «bonne présentation» relève avant tout d’une appréciation morale: de la façon de se tenir, du soin apporté à sa personne, du sérieux et de l’affabilité du regard. Il s’agit au moins autant de retenir des personnes bien éduquées que plaisantes à l’œil. Or, l’évaluation esthétique est indissociablement une évaluation morale, donc implicitement sociale.

D’ailleurs, le recrutement des agences tend idéalement à sélectionner des jeunes femmes issues de catégories supérieures et/ou fortement scolarisées.

Les modèles de femmes recherchées décrivent d’abord une jeune femme efficace et dynamique, ayant à cœur la qualité de sa prestation: c’est l’«executive woman». Ensuite, il y a la jeune fille présentant toutes les qualités et apparences attachées à la féminité. C’est la «jeune fille de bonne famille». Le curieux mélange formé par ces deux modèles a priori fort éloignés l’un de l’autre, définit ainsi la bonne hôtesse, ce qui n’est pas si étrange si l’on veut bien admettre que le rôle de l’hôtesse constitue en partie un prolongement dans la sphère professionnelle du rôle féminin dans la sphère domestique.

La bonne hôtesse

Il ressort enfin de cette analyse que le respect de prescriptions corporelles contraignantes est essentiel pour l’hôtesse. Son corps doit en effet être parfaitement  »civilisé », à l’aide de déodorants, maquillages, coiffures qui «disciplinent» les cheveux. Son comportement ne l’est pas moins: toutes les agences précisent que l’hôtesse ne doit ni fumer, ni manger, ni boire ou mâcher du chewing-gum, ni avoir le dos voûté, les bras croisés, s’adosser aux murs, ou encore être assise «incorrectement». L’hôtesse ne peut donc se permettre à aucun moment de relâcher sa posture, ni même laisser à penser qu’elle a des besoins corporels. Son corps est ainsi entièrement dédié à la représentation d’une féminité idéalisée. Notons que ces prescriptions ont souvent valeur contractuelle.

…de la Côte d’Ivoire

La «bonne hôtesse» est ainsi conjointement définie par ces deux modèles et par les critères de recrutement évoqués, qui ne décrivent pas tant un savoir-faire qu’une apparence et un état d’esprit se traduisant dans un comportement, c’est-à-dire un savoir-être. Ce savoir-être peut se résumer en une élocution aisée dans un langage soutenu, un maintien corporel sans relâche et une apparence parfaitement domestiquée, ainsi qu’un comportement face aux autres fait de déférence (respect, égards) et de maîtrise de soi, combinées à un certain allant (sourire, amabilité) et à un souci d’efficacité. Ce savoir-être correspond à la retenue et à la réserve corporelle, mais surtout au souci même de l’apparence extérieure, vestimentaire et cosmétique. Ce savoir-être, que tout bonne hôtesse doit avoir préalablement intériorisé, n’est enfin très clairement pas simplement social, mais également genré.

En définitive, plus qu’un ajustement de la compétence à une définition précise des tâches, les critères définissant la bonne hôtesse et présidant à son recrutement expriment un rapport d’adaptabilité à son milieu de travail. Les hôtesses doivent en effet accueillir tout type de clientèle, du coursier au PDG en entreprise, et évoluent dans des univers très différents. Dès lors, les agences pensent garantir cette faculté d’adaptation, et pérenniser un accueil de prestige, en recrutant autant que possible des jeunes femmes issues de milieux favorisés et/ou fortement scolarisées.

Le hic, c’est qu’il leur est imposé des tenues qui ne laissent apparaître que leur mission de représentation, aussi réductrice qu’ultra féminisée. Quels enjeux se jouent derrière cette obligation? Ne serait-il pas temps de changer de pratiques, et ce, pour un meilleur management et donc de meilleurs résultats? Pourquoi seule l’image de l’hôtesse compte, et ce, quelle que soit la qualité de sa prestation? Une question posée aux femmes et aux agences d’hôtesses.

Théophile MONE

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