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Implantation d’une usine de transformation de coton: la bonne nouvelle ne réjouit pas tout le monde

L’image de l’audience accordée par le Premier ministre à l’investisseur turc (ph B24)

La nouvelle était tombée à l’issue d’une audience que le Premier ministre a accordée au président du groupe turc Ayka Addis Textile Investment, Yusuf Aydeniz, le 2 février 2018. Cet investisseur compte implanter un complexe pour la transformation du coton à Ouagadougou. Il s’agit de la filature, du tissage, du tricotage, de la teinture et de la confection. Un complexe intégré de transformation s’il en est. Ainsi, le Burkina pourra tirer une plus-value de sa production de coton qui était totalement exportée en fibre de coton. Il y aurait aussi la création d’emplois et de services divers.

Mais voilà qu’aussitôt annoncée, cette bonne nouvelle commence à faire grincer des dents par le choix du site qui va abriter ce complexe: Ouagadougou. En effet, ce choix ne fait pas l’unanimité. A l’Ouest où la plus grande quantité de coton est produite et notamment à Bobo qui est la capitale économique du pays et à Koudougou qui abrite la défunte usine de fabrication des pagnes, Faso Fani.

Le gouvernement a beau expliquer qu’il n’est nullement impliqué dans le choix des sites et que Ouagadougou est celui de l’investisseur, rien n’y fait.

L’honorable Moussa ZERBO

Dans une tribune publiée le 12 février dernier, le député Moussa Zerbo se lamente: «Au secours, Bobo-Dioulasso se meurt!» Puis d’argumenter que «la grande déception vient du choix du lieu d’implantation de cette usine dans la capitale politique, Ouagadougou, au détriment de la capitale économique, Bobo-Dioulasso, qui, mieux, est pourvoyeuse de la matière première qu’est le coton.»

En poursuivant, l’Honorable député écrit que «Une usine telle que la SAVANA, qui transformait les fruits et légumes en jus, en purée de conserve (tomate, confiture,…) et dont les produits étaient prisés dans la sous-région, a dû être bradée. La SIFA, première en production de motocyclettes et vélos, a disparu. La SOFAPIL Winner agonise depuis des mois à cause de 800 millions de francs d’impôts impayés. La liste est longue, si longue que l’on ne pourrait l’épuiser.

Avec cette usine de transformation de textile, il y a une réelle opportunité de soulager la souffrance de nos producteurs de coton, et de redonner un nouveau souffle à Sya.» Il ne manque pas d’arguments solides! «L’implantation de l’usine à Ouagadougou va engendrer des frais supplémentaires pour le transport. Nous pensons que, du point de vue de la situation géographique, par rapport au chemin de fer qui nous relie au port d’Abidjan, le pays gagnerait à implanter cette usine à Bobo-Dioulasso.»

Il conclue sa tribune en rassurant que «Loin de nous un esprit régionaliste! C’est une question de bon sens!» Sera-t-il entendu par l’investisseur? Il faut l’espérer.

Les chefs traditionnels de Koudougou

De leur côté, des chefs traditionnels de Koudougou tirent à eux la couverture. Regroupés au sein de l’association Song-naam de Koudougou, avec à leur tête le chef d’Issouka, Naaba Saaga 1er, ils ont animé une conférence de presse, le samedi 10 février dernier, après l’annonce de l’installation d’une usine à Ouagadougou dans l’objectif est de demander au président du Faso de reconsidérer ce choix!

Il semble que ce soit une promesse faite par le président du Faso. Le Mouvement du peuple pour le progrès (MPP), le parti au pouvoir, avait promis, pendant la campagne électorale de 2015, la réouverture de Faso Fani. Cette usine de Ayka Addis Textile & Investment leur revenait donc de droit, selon ces bonnets rouges.

Quid de l’annonce de l’implantation d’une nouvelle usine de transformation de coton bio à Koudougou? Les chefs traditionnels sont dubitatifs: «Nous ne sommes pas des économistes mais nous savons que deux usines de coton ne seront pas viables dans notre pays. Même la SOSUCO qui n’est que la seule société sucrière nationale connaît des méventes». La déception est grande au sein des populations de Koudougou.

Que faire? Délocaliser à Bobo? Délocaliser à Koudougou? L’arbitrage va être difficile à faire. Mais ce qui est sûr, Ouagadougou ne pourrait pas l’emporter, si l’avis des citoyens était demandé.

Hidogo

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