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Incivisme au Faso: le gouvernement doit sévir avec fermeté

«Tant que madame le maire sera suspendue, l’administration communale restera fermée», dixit Luc Sawadogo, coordonnateur des mouvements et associations de Gourcy, lors d’une manifestation de protestation contre la suspension du maire Kadidjia Traoré. A cette occasion, le domicile d’un député a été vandalisé et le corbillard municipal détruit. Mais il n’y a eu aucune répression.

Mais finalement, qui gouverne le pays? De quel droit un citoyen peut-il s’arroger le droit de donner des injonctions aux autorités élues ou aux gouvernants? L’on a envie de dire: ça suffit! Encore faut-il que le gouvernement ose sévir contre tous ceux qui se permettent de se rendre eux-mêmes justice ou de défier l’autorité de l’Etat.

Kadidjia Traoré, maire MPP de Gourcy et seule femme maire d’une Commune urbaine, suspendue de ses fonctions.

Depuis la crise socio-politique de 2011 jusqu’à l’insurrection des 30 et 31 octobre 2014, nous constatons une montée de l’incivisme au Burkina Faso de façon générale.  La période post-insurrectionnelle qui était censée représenter une ère démocratique nouvelle a pourtant connu une amplification du phénomène de l’incivisme. On assiste régulièrement à des mouvements d’humeur de la population se traduisant par des actes de violences et de défiance à l’autorité de l’État conduits le plus souvent par des jeunes. La population a tendance à se rendre justice elle-même à travers des actes de violences au mépris des institutions et des lois en vigueur.

Des manifestants opposés à la suspension du maire

Le phénomène de l’incivisme est devenu un problème de sécurité publique et sa mère s’appelle l’impunité. Même si les actes d’incivisme posés par les jeunes sont très souvent dus à la méconnaissance des lois en vigueur, il faut sévir contre les fautifs tout en leur inculquant le sens du devoir et de la responsabilité. Car l’incivisme a atteint un seuil inquiétant dans notre pays se traduisant par la défiance à l’autorité, les actes de vandalisme comme récemment à Gourcy. Ces comportements remettent en cause notre quête de sûreté, de sécurité et de vivre ensemble.

Chaque hors-la-loi doit assumer ses actes comme le disait si bien Martin Luther King: « Je ne recommande en aucune manière d’enfreindre ou de défier la loi; cela conduirait à l’anarchie. Celui qui viole une loi injuste doit agir ouvertement, avec amour… et accepter volontairement le châtiment qu’il encourt. Je soutiens que quiconque enfreint la loi parce que sa conscience la tient pour injuste, puis accepte volontairement une peine de prison afin de soulever la conscience sociale contre cette injustice, affiche en réalité un respect supérieur pour le droit… »

Les manifestants ont manqué de maîtrise et ont détruit un bien commun qu’un ce corbillard.

Des cas malheureux montrent que l’insécurité gagne progressivement du terrain dans notre pays. Après le motocycliste qui a percuté à mort l’assistant de police  Rasmané Doussoungou, après avoir refusé de marquer l’arrêt au feu tricolore, l’on se souvient des élèves de Nagaré, dans la région de l’Est, qui avaient saboté les couleurs nationales avant de s’attaquer à leurs enseignants. L’incendie du car d’une compagnie de transport au camp de gendarmerie de Ziniaré par des populations et du  saccage des domiciles des gendarmes à Dédougou, s’oublient aussi difficilement.

Face à cette gangrène, les autorités gouvernementales doivent prendre rapidement les mesures qui s’imposent. Car l’autorité de l’Etat a besoin d’être restaurée au Burkina afin que force reste à la loi. Si elles ne s’y prennent pas à temps, les dégâts seront inimaginables en termes de gouvernance. L’Etat doit toujours être d’une autorité ferme sur les questions qui touchent à son domaine de souveraineté, sinon à vouloir être complaisant, on finit par fabriquer des monstres qui vont se retourner contre soi. Il est temps de sévir sérieusement contre l’incivisme sous toutes ses formes.

Théophile MONE

Un commentaire

  1. Je suis tout à fait d’accord avec vous mais il ne faut pas que cette fermeté soit sélective. Le problème c’est que ce gouvernement n’a rien fait pour donner les bons signaux à la population. Regardez le cas de l’arrondissement 3 de Ouagadougou. En outre, combien de faux deals ont été dénoncés dans certains ministères sans que rien ne soit fait? Combien d’actes de deni de justice ont été dénoncés par les journaux ou les acteurs de la société civile sans que le gouvernement ne bouge? Quand l’Autorité donne ces signaux, que voulez vous que la population fasse? Aujourd’hui on nous parle d’incivisme fiscale au moment où des affaires se chiffrant à des dizaines de milliards sont mal traités ou connaissent un silence coupable des gouvernants. Le jour où le favoritisme et le népotisme ne vont plus avoir droit de cité, ces énergumènes qui s’excitent en comptant sur l’appui des hommes politiques comprendront que même le Président de la République ne pourra pas les soustraire à la rigueur de la Loi. En ce moment, vous verrez que tout rentrera dans l’ordre. Dans un pays normal, même un citoyen peut convoquer le Président de la République. Pensez-vous que cela est possible dans nos démocraties? Le principe est clair : Ou bien la Justice s’applique à tous, ou bien c’est l’anarchie. Il faut choisir à un moment donné, et c’est le moment.

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