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Insurrection d’octobre 2014: comment la répression des manifestants a été préparée?

Après l’adoption du projet de loi portant modification de la Constitution par le Conseil des ministres extraordinaire du 21 octobre 2014, l’opposition politique a décrété une désobéissance civile qui prend effet à partir du 28 octobre 2014 avec une grande marche suivie de meeting. Afin d’empêcher que les manifestants ne parviennent à l’Assemblée nationale le 30 octobre, la police, la gendarmerie, le Régiment de sécurité présidentielle (RSP) et l’Armée nationale ont mis en place une stratégie. Comment cette stratégie a été préparée?

C’est Jérôme Bougouma, à la sortie du Conseil, qui a expliqué aux journalistes que le projet de modification allait être soumis au Parlement. C’est également dans son minisètre que la cellule chargée de la répression des manifestants a été logée.

La répression des manifestants le jour de l’insurrection populaire a été minutieusement préparée par le gouvernement, à travers une cellule de crise mise en place par le ministre de l’Administration du territoire, de la Décentralisation et de la Sécurité (MATDS). Cette information émane du rapport de la Commission d’enquête indépendante (CEI) sur les crimes commis lors de l’insurrection populaire au Burkina Faso.

Cette cellule était composée du commandant Kanou Coulibaly au titre de la Gendarmerie nationale, le commissaire de Police Kalo Olivier Sanou au titre de la Compagnie républicaine de service (CRS), le commissaire Tama Yara au titre de la Direction générale de la Police nationale, le colonel Boubacar Ba au titre de l’état-major général des armées (EMGA), le colonel-major Boureima Keré au titre du RSP et du général Gilbert Diendéré au titre de l’état-major particulier de la Présidence du Faso.

La cellule a tenu plusieurs rencontres dont celle du 28 octobre 2014 autour du Premier ministre, Luc Adolphe Tiao. Outre les membres de la cellule réunis autour de Jérôme Bougouma, ont pris part à cette rencontre, le ministre de l’Economie et des Finances, Lucien Marie Noël Bembamba, le porte-parole du gouvernement, Alain Edouard Traoré, le maire de la commune de Ouagadougou, Marin Casimir Ilboudo, le chef d’Etat-major général des armées, le général Honoré Nabéré Traoré et son adjoint, le chef d`état-major de la Gendarmerie nationale, le colonel Tuandaba Marcel Coulibaly, le directeur général de la Sécurité intérieure, le colonel Omer Bationo, le directeur des renseignements au MATDS, le directeur général de la Police nationale, le contrôleur général de police Roger Zango, le Chef de la division renseignements de l’état-major général des armées, le colonel Bachirou Farta et le directeur du génie militaire, le colonel Josaphet Zoungrana.

«Lors de cette réunion, les autorités ont conclu au débordement total des forces de première catégorie relevant de la Police nationale et de la Gendarmerie départementale et les forces de deuxième catégorie composées des éléments de la Gendarmerie mobile» renseigne le rapport de la CEI. Pour cela, Jérôme Bougouma a proposé que les forces de troisième catégorie, c’est-à-dire les militaires, appuient la Police et la Gendarmerie mobile.

Le Chef d’état-major général des Armées, le général Honoré Nabéré Traoré, a marqué son accord «sous réserve qu’une réquisition en bonne et due forme lui soit adressée». Luc Adolphe Tiao a promis d’en parler au Chef de l’Etat, Blaise Compaoré. Consulté, ce dernier a instruit Jérôme Bougouma d’exposer la situation au Conseil des ministres du 29 octobre 2014. La réquisition a été approuvée à l’unanimité des membres du gouvernement présents à ce Conseil et Blaise Compaoré a instruit Luc Adolphe Tiao de prendre cette réquisition.

Cependant, Le Chef d’état-major général des Armées, le général Honoré Nabéré Traoré, a reconnu devant la commission qu’il n’a reçu la réquisition que le 30 octobre 2014 vers 11 H. Donc, après l’incendie de l’Assemblée nationale.

La cellule de crise a tenu une dernière réunion le 29 octobre 2014 dans la soirée. Au cours de cette réunion, le commandant de gendarmerie Kanou Coulibaly, coordonnateur du dispositif de la gendarmerie, a présenté le dispositif de maintien de l’ordre.

La CRS devait s’occuper de la place des Nations unies et environnants avec un total de 230 éléments, c’est-à-dire 23 équipes de 10 membres chacune, sous la direction du commissaire Kalo Olivier Sanou. La CRS avait comme moyens de maintien de l’ordre les armes des gaz lacrymogènes, des bâtons de police et un camion canon à eau.

Quant à la gendarmerie, composée également 230 éléments dont 23 unités de 10 membres chacune, elle devait sécuriser les alentours du Premier ministère, l’Avenue Charles de Gaulle à partir de l’alimentation «La Surface» jusqu’au pont de l’Université de Ouagadougou, sous le commandement du commandant Kanou Coulibaly. Elle avait comme moyens d’action des fusils lance-grenades lacrymogènes, un camion à eau et des bâtons de police.

Le nombre des éléments du RSP mobilisé ce jour n’a pas été communiqué. Mais on sait qu’ils étaient présents à l’arrière-plan de la CRS pour sécuriser les environs immédiats de l’Assemblée nationale et dans la zone de Ouaga 2000, à partir de la Station Petrofa, Palace hôtel, hôtel Laico, le siège de BF1 TV et le palais de Kosyam. Les éléments du RSP étaient placés sous le commandement du Lieutenant-colonel Yacouba Isaac Zida, chef de corps adjoint et chef des opérations. Le RSP a maintenu et renforcé ses postes de garde habituels comme devant le domicile de François Compaoré, les environs du conseil de l’Entente puis à la télé et radio nationales.

Pour ce qui est de l’Aarmée nationale, elle devait sécuriser les points sensibles de la ville de Ouagadougou comme les installations de l’ONEA, de la SONABEL et la Place de la Révolution. Sous le commandement du colonel Boubacar Ba, les éléments étaient équipés d’armes à feu sans munitions. Toutes les munitions ayant été confiées au lieutenant-colonel Bachirou Farta avec pour instruction de ne pas en faire usage sans autorisation expresse de la hiérarchie.

Voici comment le dispositif sécuritaire a été mise en place à Ouagadougou pour le maintien de l`ordre.

A suivre

Abouga Tagnan

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