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Jean-Paul SAWADOGO: un bosseur qui a boosté la culture de l’or blanc

Lors du Conseil des ministres du 25 février 2015, Jean-Paul SAWADOGO a été remplacé à la tête de la SOFITEX. Non pas parce qu’il a poussé des racines à la direction générale ni pour mauvais résultats, mais parce qu’il a été admis à la retraite et s’apprête à prendre un repos mérité.
Lorsque Monsieur Jean-Paul SAWADOGO héritait des rênes de la SOFITEX le 23 juin 2011, plus d’un avait des appréhensions. Tant les défis à relever étaient nombreux.
Entreprise en crise, production cotonnière continuellement en baisse, le tout doublé d’une fronde des cotonculteurs jamais vécue dans ce secteur d’activité. Le décor était ainsi planté pour souhaiter la «bienvenue» au nouveau locataire des lieux qu’il était désormais.

Jean-Paul SAWADOGO, DG de la SOFITEX
Jean-Paul SAWADOGO, DG de la SOFITEX

Mais c’était sans compter avec la dextérité de cet homme aux qualités managériales insoupçonnées et qui, après avoir dirigé le ministère en charge de l’Agriculture pendant près de cinq ans (1992-1996), s’est ensuite retrouvé de 2002 à 2011 à la tête du Programme national de gestion des terroirs.
Le PNGT2, un programme élaboré en trois phases et dont les deux premières ont été financées pour plus de 100 milliards de F CFA en vue d’accompagner le processus de décentralisation en faveur des populations rurales dans toutes les collectivités territoriales du Burkina. Soit 302 communes rurales et 13 collectivités-régions.
Au total, Monsieur Jean-Paul SAWADOGO aura passé plus de 10 ans au PNGT2 avant de se voir confier la Direction générale de la SOFITEX. Une décennie au cours de laquelle le Programme s’est positivement illustré en matière de dynamisation des cadres de concertations, de réalisation de services sociaux de base, de mise en place d’une communication effective entre les acteurs bénéficiaires et de renforcement des capacités en planification.
Des résultats unanimement salués lors du lancement de la phase 3 le 29 mai dernier à Tougan. Notamment par la Représentante résidente de la Banque mondiale au Burkina pour qui «le PNGT2 est un modèle réussi de promotion du développement local. Une école dont la riche et fructueuse expérience inonde l’Afrique et le reste du monde».
Et c’est fort de ces expériences que très vite, en homme avisé connaissant parfaitement le milieu rural burkinabè, il va retrousser les manches pour se mettre résolument à la tâche.
Premier front: la fronde engagée par des producteurs pour exiger une hausse du prix d’achat du Kg de coton graine. Une véritable patate chaude qu’il recevait dans les mains.
Pour ce premier baptême de feu, et nonobstant le climat d’insécurité qui régnait dans les zones frondeuses, Monsieur Jean-Paul SAWADOGO ira à la rencontre des mécontents pour les écouter et tenter de désamorcer la crise. Avec l’aide des autorités administratives, religieuses et coutumières, il réussira à instaurer un début de dialogue qui aboutira plus tard à la paix des braves. Aujourd’hui, cette grogne n’est plus qu’un bien mauvais souvenir.
Deuxième front: l’assainissement des finances de l’entreprise.
Il n’est un secret pour personne que lorsque Monsieur Jean-Paul SAWADOGO arrivait à la SOFITEX, les comptes de la maison étaient au rouge, conséquence de plusieurs années de méventes de la fibre sur le marché international.
Avec un déficit cumulé de près de 85 milliards, l’on n’était pas loin d’un dépôt de bilan dont les conséquences allaient être fortement préjudiciables au personnel de la société, aux producteurs de coton, à l’Etat et à plusieurs autres secteurs d’activités de notre pays.
Fort heureusement, la société sera sauvée des eaux à l’issue d’un Conseil d’Administration extraordinaire qui va décider de sa restructuration financière. Toute chose qui va remettre la SOFITEX sur les rails avec des comptes et une situation financière conformes aux textes et règlements de l’OHADA (Organisation pour l’Harmonisation des Droits des Affaires).

Un marché auto-géré. Les tas de coton montre une bonne production.
Un marché auto-géré. Les tas de coton montre une bonne production.

Troisième front: la relance de la production cotonnière.
Cette relance se fera malheureusement sur fond de drames, marqués par une série d’incendies qui vont détruire un entrepôt de stockage de balles de fibre de coton et des installations névralgiques de l’usine d’égrenage Bobo 3, la plus moderne de toutes les usines d’égrenage du Burkina, voire de la sous région. Coût total des sinistres: environ 4 milliards de F CFA. Véritable coup dur pour une entreprise qui, financièrement parlant, se cherchait encore.
Consterné mais pas abattu, Monsieur Jean-Paul SAWADOGO, entouré de ses principaux collaborateurs en la matière et soutenu par les plus hautes autorités du pays, fera face à ce nouveau défi. Et en l’espace d’un an, grâce au courage, à l’abnégation et au professionnalisme de la Direction Industrielle de la SOFITEX qu’il n’a cessé de talonner, tout redeviendra fonctionnel. L’entrepôt a été totalement réhabilité, de même que l’usine qui en a profité pour se doter d’équipements de dernière génération en matière de prévention et de circonscription des incendies.
Comme on peut le constater, les débuts n’ont pas été du tout faciles pour Monsieur Jean-Paul SAWADOGO. Mais à force d’écouter, d’analyser et d’innover, il réussira progressivement à redresser la barre.
Notamment en ce qui concerne la relance de la production, caractérisée ces trois dernières années par une augmentation des superficies emblavées, une amélioration progressive et sensible des rendements au champ et un accroissement de la production de coton graine de l’ordre de 44% entre 2011/2012, 2012/2013 et 2013/2014.
Toujours sous sa houlette, d’autres maillons non moins importants de la chaîne de production vont voir leurs indices de performance s’améliorer. Entre autres, les opérations de commercialisation, le fonctionnement des usines d’égrenage et de leur approvisionnement en coton graine, sans oublier la qualité de la fibre.
Des performances qui ne doivent pourtant pas faire oublier que rien n’est définitivement gagné. Et nul autre que Monsieur Jean-Paul SAWADOGO n’est mieux placé pour le savoir. Lui qui, en visionnaire, a déjà commencé à poser les jalons indispensables au renforcement et à la sauvegarde des nombreux acquis.
Font partie de ces actes, l’introduction de nouveaux outils de gestion et de contrôle et l’élaboration d’un bisness plan pour servir désormais de feuille de route. Et puisque sans semence de bonne qualité il n’y a ni bons rendements, ni amélioration de la productivité, ni filière coton, Monsieur Jean-Paul SAWWADOGO a donc décidé de faire de cet objectif une de ses préoccupations majeures.
C’est dans cette perspective qu’un atelier regroupant tous les intervenants dans la chaîne de production et de distribution a été initié courant avril 2014 à Bobo-Dioulasso. Un atelier au cours duquel un plan semencier a été adopté, qui permettra à termes de produire et de distribuer de la semence de très bonne qualité et internationalement reconnue. Un laboratoire d’analyses existe à cet effet. Equipé des technologies les plus modernes grâce aux recommandations faîtes par Monsieur Jean-Paul SAWADOGO à ses techniciens, il est pressenti pour être accrédité ISO dans les mois à venir, à l’instar du Service de classement de la fibre de coton, certifié ISO 17025 depuis août 2013.

Pesée de coton dans un marché auto-géré
Pesée de coton dans un marché auto-géré

Parallèlement à ce choix dont l’importance et la pertinence ne sont plus à démontrer, et toujours dans l’optique d’encourager les producteurs et de relancer la production cotonnière, d’autres mesures et idées porteuses ont été développées par Monsieur Jean-Paul SAWADOGO.
Sont de celles-là le délai de paiement du coton graine aux producteurs qui, de trois à quatre mois qu’il était parfois dans le passé, a été ramené à une semaine. Ce qui n’est pas du tout pour déplaire aux bénéficiaires et par ricochet, aux autres secteurs qui profitent de l’or blanc.
Et puis cette innovation appelée «Nuit du Coton». Il s’agit d’une manifestation d’envergure inédite, organisée d’une part pour magnifier le coton et d’autre part pour galvaniser et saluer le mérite des cotonculteurs.
La première édition a eu lieu le 15 juin 2013 à Bobo-Dioulasso, sous la présidence du Premier ministre d’alors Monsieur Beyon Luc Adolphe TIAO.
Pour terminer, ouvrons une brèche pour dire que depuis sa nomination à la tête de la SOFITEX, on retiendra de Monsieur Jean-Paul SAWADOGO cette hantise de toujours œuvrer au bonheur de tous ceux dont il a la charge au sein de la maison, de renforcer la cohésion sociale et de réduire la fraction entre les différentes catégories des travailleurs.
Voilà pourquoi en plus de la multiplication des formations au profit du personnel et des nominations de jeunes cadres à des postes de responsabilité, il s’est engagé à instaurer un climat apaisé avec les travailleurs et les partenaires sociaux.
Les illustrations les plus parfaites d’une telle approche sont sans conteste la décision prise en février 2014, et ce après avoir obtenu le feu vert du Conseil d’Administration, de faire passer 1126 travailleurs qui attendaient d’être régularisés depuis 2006, de leur statut de travailleurs occasionnels à celui de travailleurs saisonniers (soit 27% d’augmentation sur l’effectif total).

Un chargement de coton graine.
Un chargement de coton graine.

Ajouté à cette décision, le quota des travailleurs à proposer chaque année aux différentes distinctions honorifiques. Sur requête expresse de Monsieur le Directeur général de la SOFITEX, ce sont 17 personnes qui seront désormais proposées à cette élévation, toutes médailles et agrafes confondus.
Imaginez alors les retombées positives de tels acquis, tant sur le renforcement du climat social au sein de l’entreprise, que sur la motivation et la productivité des bénéficiaires.
Tout comme les acquis du tournoi de football dénommé «Golden Union» qu’il a institué au sein de l’entreprise. Un tournoi qui en est à sa troisième édition et qui, chaque année, connaît un engouement de plus en plus grand.
Beaucoup retiendront enfin de Monsieur Jean-Paul SAWADOGO un homme d’une simplicité débordante. Un homme constamment disponible, ouvert et très proche des travailleurs avec qui il partage les joies et les peines, sans tenir compte des grades.
Correspondance particulière

2 commentaires

  1. Bienvenue au club et bonne retraite.

  2. Peter de Bangkok

    Chapeau bas à monsieur Jean Paul Sawadogo! C’est des Managers comme ça dont nous avons besoin à la tête de nos sociétés pour un développement inclusif et solidaire, une émergence et un renforcement de la cohésion sociale!
    Outre le repos mérité que je lui souhaite, du fait de sa retraite, je souhaite qu’il mette ses compétences et ses qualités managériales à la disposition des acteurs du monde agro-industriel, en tant que Consultant indépendant ou fonctionnaire de haut niveau à la FAO, l’ONUDI, le PAM,…!

    Franchement, c’est des personnes de ce genre que que je voudrais rencontrer, à contrario de ces DG arrivistes et parvenus, parce qu’ils auraient des griots et porteurs de valises de qui vous savez. Suivez mon regard!

    Économiste-Gestionnaire

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