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Journalistes et médias victimes du coup d’Etat du 15 septembre 2015

Le 1er juillet 2016, le Mouvement burkinabè des droits de l’homme et des peuples (MBDHP) a rendu public son rapport annuel 2015 sur les Droits humains au Burkina Faso. Le document fait le point des violations des droits humains relevés au cours de l’année 2015 au Burkina. Le coup d’Etat du 15 septembre 2015 a constitué, selon le MBDHP, un moment fort de violation des Droits de l’homme. Nous vous proposons un extrait de ce rapport qui traite des atteintes à la liberté d’expression.

Logo AJBLa liberté de la presse a été particulièrement violée pendant cette période de coup d’Etat. Pour le MBDHP, rarement la presse nationale n’avait été visée de façon aussi massive en si peu de temps. Un bilan non exhaustif fait par l’Association des Journalistes du Burkina (AJB) fait ressortir les cas suivants:

Editions le Pays: le Directeur Général Cheikh Bel’dor Sigué est agressé le 16 septembre sur la circulaire à hauteur du pont de Cissin par 5 militaires de l’ex-RSP alors qu’il rentrait du Journal aux environs de 19 h. Le 19 septembre, les journalistes Issa Siguiré et Adama Sigué sont à leur tour agressés autour de 20 h 30 à hauteur de la Brigade nationale des sapeurs-pompiers alors qu’ils retournaient au Journal après avoir couvert les négociations à l’hôtel Laïco malgré la détention de leurs laisser-passer CND. Le 20 septembre, monsieur Moussa Nagabila, photographe est pris à parti par des manifestants devant l’Hôtel Laïco. Son outil de travail est saccagé.

L’Observateur Paalga: le chauffeur, Moïse Ouédraogo et les journalistes Adama Sanou et Lévi Constantin G. Konfé (stagiaire) sont pris à parti par des manifestants devant la Cour du Mogho Naaba le 17 septembre dans les environs de 9 h. Les manifestants exigeaient que l’équipe transporte avec le véhicule de reportage, un blessé. Les journalistes ont pu échapper à la furie des manifestants, mais le chauffeur a quant à lui été agressé.

Burkina24.com: le journaliste Oui Koïta, est agressé à deux reprises par des éléments de l’ex-RSP devant les locaux de BF1 le 16 septembre aux environs de 17 h alors qu’il s’était rendu à Kosyam pour couvrir la prise en otage du conseil des ministres. Refoulé, il subira au niveau de la télévision BF1 deux passages à tabac. Son appareil photo et sont enregistreur ont été confisqués.

Sidwaya: Jean Jacques Conombo, photographe, est agressé devant la brigade de gendarmerie de Boulmiougou alors qu’il effectuait des prises de vues le 18 septembre aux environs de 16 h. Coincé contre un mur, 10 éléments de l’ex-RSP l’ont passé à tabac. Ses lunettes et son appareil photo ont été saccagés. Il déplore aussi la perte de la somme de 18.000 FCFA. Le 17 septembre monsieur Yempabou Tindano, journaliste, correspondant de l’agence d’information du Burkina (AIB) à Bogandé est atteint par des éclats de balles au visage devant le lycée Marien N’Gouabi, aux environs de 8 h 30 alors qu’il portait secours à un blessé. Il perdra à cette occasion ses tablettes et téléphones portables. Le même jour aux environs de 12 h son collègue Christian Somé, est agressé devant la résidence de François Compaoré par des éléments de l’ex-RSP alors qu’il rentrait du service.

L’Etalon enchainé: Dieudonné Soubeiga, le Directeur de publication est pris en tenaille par des tirs d’éléments du RSP le 18 septembre aux environs de 10 h 30 au quartier Wemtenga. Face aux tirs nourris, il a dû se réfugier dans une buvette. Sa moto a été incendiée à cette occasion.

Le Reporter: Amélie GUE est prise à parti par des manifestants le 20 septembre aux environs de 10h devant l’Hôtel Laïco.

Lefaso.net: Bonaventure Paré, photographe est agressé dans les locaux de BF1 le 16 septembre aux environs de 17 h.

Radio Oméga: dès les premières heures de la prise en otage du Conseil des ministres, cette radio a reçu la visite d’éléments de l’ex-RSP venus livrer un message. Le 17 septembre, elle sera contrainte d’arrêter ses émissions sous la menace d’armes à feu. Les motos des journalistes ont été incendiées par les militaires de l’ex-RSP.

Télévision BF1: violations des locaux par des éléments de l’ex-RSP.

Radio Laafi de Zorgho: cette radio fut incendiée par une mission du RSP. Les ordinateurs de bureau et 03 émetteurs ont été rassemblés et incinérés complètement. Des bidons d’eau et des tee-shirts emportés. Le coffre de la caissière a été vandalisé et la somme de 87.000 FCFA a été emportée.

Radio locale de Boudri: le portail de ce média a été cassé.

Savane FM: cette radio a connu une intervention d’éléments de l’ex-RSP dans ses locaux. Il s’en est suivi l’enlèvement du matériel.

RTB: le 16 septembre aux environs de 18 h, le technicien Saibou Zerbo est victime d’accident de la circulation devant la brigade des sapeurs-pompiers de Kalgondin suite aux mouvements de panique causés par des tirs d’éléments du RSP alors qu’il avait été rappelé au service par son supérieur hiérarchique.

Droit libre TV: retrait de caméras.

Autres: aussi les journalistes Moctar Ouédraogo et Carole Yaméogo tous de la Radio nationale, Elyman Nikiéma de Impact TV et Ghildas Ouédraogo de RMO FM de retour de Bobo-Dioulasso, le mercredi 16 septembre d’une mission du ministère de la justice ont été stoppés par des tirs de kalachnikov devant l’hôpital Saint Camille de Ouagadougou. Ils seront manœuvrés par les éléments du RSP dans les eaux sales du caniveau passant devant l’hôpital avant d’être tabassés. Ils passeront la nuit plus tard au ministère de la Justice blessés. Caroline Yaméogo sera transportée d’urgence à la Clinique Sandof.

En plus de ces cas de brimades et d’humiliations, plusieurs médias notamment les radios ont dû interrompre leurs programmes par mesure de précaution. Radio Liberté sis au siège du MBDHP a par exemple suspendu ses émissions suite à des menaces perpétrées par des éléments de l’ex-RSP. Elle a également reçu la visite de personnes en civiles se présentant comme du voisinage venu la supplier de suspendre ses émissions.

Rassemblés par Adoua Kassiro

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