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Journée internationale de la femme: portrait de trois femmes battantes

Le Burkina Faso  à l’instar du monde entier, va commémorer  le 8 mars, la journée internationale de la femme. En marge à cette journée dédiée à la deuxième moitié du ciel,  Le canard Les Echos du Faso a voulu rendre un hommage à trois femmes commerçantes qui se battent au marché de Sita rail pour  subvenir à leurs besoins et à ceux de leur famille.

Chantal Nassa : « Soit on est fonctionnaire, soit on est commerçant »

Elle s’appelle Chantal Nassa et cela fait plus de vingt ans qu’elle vend de l’attiéké, du poisson… au  marché de Sita rail. Mme Nassa a décidé de se lancer dans ce commerce pour pouvoir subvenir à ses besoins et aux besoins de sa famille. Si au début, ce commerce marchait bien et lui permettait de joindre les deux bouts, ce n’est plus le cas de nos jours. Et pour cause, explique Chantal Nassa, les fonctionnaires sont devenues des commerçantes. « Comme ça ne marche plus, on est obligé de faire le tour des bureaux pour vendre. Mais quand on arrive dans un service, on nous fait savoir qu’il y a déjà quelqu’un de la boîte qui leur a venu ceci ou cela », s’indigne-t-elle. Pourtant, soutient Chantal Nassa, les fonctionnaires touchent leur argent par mois et touchent encore l’argent de commerce alors que « nous on a rien de tout cela ».

Chantal Nassa

Pour Mme Nassa, il faut savoir faire la part des choses. « Si tu veux être commerçant, il faut être commerçant. Si tu veux être fonctionnaire il faut être fonctionnaire ». Au temps du capitaine Thomas Sankara, ce n’était même pas possible d’être fonctionnaire et commerçant en même temps à entendre Mme Nassa. « S’il se rend compte que tu es fonctionnaire commerçant, il te barre de la liste », a-t-elle fait remarquer notant que c’est le seul problème qui l’énerve au Burkina. « Comment nous autres on va pouvoir payer l’eau, l’électricité, le loyer, l’école des enfants si les fonctionnaires nous volent nos clients. Voilà pourquoi il y a trop de prostituées », a-t-elle déploré tout in invitant le gouvernement à prendre ses responsabilités. « S’ils ne vont pas nous aider, il faut interdire le commerce entre les fonctionnaires pour que nous aussi on gagne à manger », a-t-elle souhaité. Se prononçant sur la journée de la femme, Mme Nassa a invité les femmes à ne pas utiliser cette journée pour faire des dandjoba, mais à plutôt réfléchir sur comment améliorer leur condition de vie.

Mme Kafando : « Il faut interdire aux femmes de se rendre dans les maquis sinon elles vont rentrer en brousse » 

Mme Kafando

Elle vend de l’attiéké, de l’aubergine sauvage, du poison, de la banane au  marché de Sita rail. C’est depuis 1985 qu’elle a commencé ce commerce. Elle se déplaçait avec le train pour aller s’approvisionner en Côte d’Ivoire. Mais avec l’âge, elle reste maintenant sur place pour commander ses marchandises. Elle, c’est Mme Kafando. Ce commerce qui lui rapportait tant et qui lui permettait de s’occuper de sa famille ne marche plus comme au tout début. La raison est toute simple selon elle : les fonctionnaires sont devenus des commerçants.  De nos jours, Mme Kafando pense que tout est permis. Or, dit-elle, au temps du capitaine Thomas Sankara, « aucun fonctionnaire n’est fou pour faire du commerce alors que c’est ce qui se passe maintenant et il faut que ça cesse ». A propos de la commémoration de la journée internationale de la femme, Mme Kafando a invité le gouvernement à interdire les dandjoba et les uniformes et à adopter la méthode du capitaine Thomas Sankara. « Au temps de Sankara, les femmes ne faisaient pas de Dandjoba pour le 8 mars, elles ne faisaient pas d’uniforme. Le 8 mars, Sankara se rendait au marché pour payer les condiments. Il faut que le président du Faso Roch Marc Christian Kaboré fasse autant afin de s’imprégner de la souffrance des femmes. Il faut aussi que les hommes se rendent au marché pour connaitre la valeur des femmes », a-t-elle souhaité. De son avis, les femmes, soi-disant que c’est leur journée, passent leur temps à faire du n’importe quoi, à prendre en otage les bars. « Il faut interdire aux femmes de se rendre dans les maquis sinon elles vont rentrer en brousse ».

Habiba Kabré : « La femme burkinabè n’est pas épanouie »

Habiba Kabré vend de l’attiéké, la banane et le placali à la gare Sita rail il y a de cela douze ans maintenant. Elle commande ses marchandises en Côte d’Ivoire pour les revendre au Burkina. L’enfant appartient à l’homme, a-t-on coutume de dire, mais pour Habiba Kabré, c’est la femme qui s’occupe des enfants de nos jours. « Avec mes cinq enfants, je suis obligée de faire quelque chose pour pouvoir soutenir Monsieur pour leur scolarisation et leur épanouissement », a-t-elle dit. Comme les autres, Mme Kabré a soutenu que la difficulté majeure que rencontrent les commerçantes, c’est la rivalité avec les fonctionnaires qui sont devenus des commerçantes. « Avant les gens quittaient leurs bureaux pour venir faire les achats avec nous.

Habiba Kabré

Maintenant les fonctionnaires commandent et vendent dans les bureaux avec leurs collègues, ce qui fait qu’on arrive plus à vendre », a-t-elle regretté. Pour elle, c’est par manque de travail que beaucoup sont devenues des commerçantes. « Mais si eux, ils ont eu la chance d’avoir du boulot et veulent devenir aussi commerçantes, nous aussi on va aller s’asseoir dans les bureaux et devenir fonctionnaire aussi. Il faut que le président du Faso prenne ses responsabilités », a-t-elle recommandé. Selon ses confidences, à cause de leur commerce, certains fonctionnaires n’arrivent même plus à se concentrer sur leur travail. « Tu peux aller dans un service pour des papiers administratifs et aller trouver les femmes en train de vendre toute sorte de chose en oubliant leur travail. J’ai vécu ça quand je suis allée récupérer le certificat primaire de mes enfants », a confié Mme Kabré. Il est bien vrai pour Mme Kabré de parler d’émancipation de la femme, mais si financièrement elle n’est pas autonome, ça ne sert à rien. « Si nous, on doit faire la courbette devant les hommes, ça ne sert pas », a-t-elle dit.  A propos de la journée de la femme, Habiba Kabré pense qu’il ne s’agit pas d’aller se pavaner dans les bars et restaurants, mais plutôt réfléchir sur comment permettre à la femme d’être épanouie, car soutient-elle, la femme burkinabè n’est pas épanouie. « Dans les foyers il y a la violence, dehors on sort pour chercher à donner à nos enfants, les fonctionnaires s’accaparent le marché. Il est grand temps que la femme burkinabè soit consciente de son avenir et du devenir de son enfant », a-t-elle indiqué.

Madina Belemviré

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