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La justice burkinabè est-elle une menace pour notre démocratie?

Nous aspirons tous à une justice plus rapide. Les victimes, les suspects, leurs avocats, les magistrats et tous les acteurs de la justice souhaitent que la commission d’une infraction, quelle qu’en soit la gravité, puisse être jugée dans un délai raisonnable. Mais qui dit justice rapide ne dit pas, pour autant, justice expéditive! Un vieil adage rappelle qu’ «une justice pour l’exemple est un mauvais exemple de justice!» A l’analyse, personne n’aurait rien à y gagner. Mais les Burkinabè sont tout de même convaincus que sans être expéditive ni irrespectueuse des droits de la défense, tant des victimes que des suspects, une justice accélérée peut être rendue dans un délai raisonnable. C’est pourquoi dans un contexte post-insurrectionnel marqué par de grandes attentes vis-à-vis de notre justice, les hommes intègres réclament sans cesse le traitement de chaque dossier sensible dans un délai optimal et prévisible. Au-delà de toute démagogie.

Justice burkinabè: sa lenteur est l’une des raisons de sa détestation par beaucoup de citoyens

Cette exigence peut se comprendre car si le régime de Blaise Compaoré a été fructueux en corruption et en injustice, le peuple des insurgés s’attend à ce que le régime de Roch soit meilleur dans la réparation des torts. Malheureusement, aujourd’hui la lenteur de la justice est le problème numéro un qui lèse tous les usagers, mais qui constitue également un enjeu majeur de politique intérieure.

Après l’insurrection populaire d’octobre 2014, les Burkinabè ont nourri l’espoir que notre justice incarnera – enfin – certaines valeurs (équité, égalité, impartialité…) qui ont longtemps fait défaut sous le régime de Blaise Compaoré. Naturellement, ils s’attendent à ce que tous les fautifs, grands comme petits, riches comme pauvres, politique comme citoyen lambda, soient punis. Non pas parce que les Burkinabè veulent d’une chasse aux sorcières, mais parce qu’ils souhaitent vivement que justice soit rendue à ce  peuple qui a tant souffert d’assez d’injustices pendant trop longtemps. Mais la lenteur de notre justice dans le traitement de certains dossiers «sérieux» les inquiète. Cette lenteur de la Justice est l’une des raisons de sa détestation par beaucoup de citoyens. Car une Justice trop lente mais de bonne qualité n’est pas adéquate par le retard apporté à la résolution. On lui demande alors d’aller à l’essentiel, de respecter un délai raisonnable, sans faire du tort à la qualité. Les délais excessifs suscitent des interrogations sinon des soupçons et sont considérés par beaucoup de personnes comme des signes d’incompétence.  Comme on le voit, cette situation ne profite de prime abord à personne: parties en litige, prévenus, victimes, à l’exception de ceux qui ont intérêt à voir les procédures durer.

Alors que le secteur privé, de même que les autres services publics, ont, ces dernières années, intégré la notion de délai dans leurs relations avec leurs clients/usagers, la justice semble être restée largement à l’écart de cette tendance, tout au moins dans l’image qu’elle donne au public.

Des manifestants suite à la liberté provisoire accordée à Djibrill Bassollé. Expression d’inquiétude

L’ampleur du phénomène suffit à justifier une réaction vigoureuse. Car si aucune correction n’intervient dans les années à venir contre le syndrome de lenteur de la justice, au-delà d’un certain seuil, sa conséquence sera une crise de confiance générale, si ce n’est déjà le cas. Or la justice est un des piliers de la démocratie. Une raison de plus pour que ce service public ne soit pas toujours au cœur de la grogne sociale et des incompréhensions.

Déjà, certains citoyens parlent de la mauvaise gouvernance en évoquant les différentes libertés provisoires accordées aux caciques de l’ancien régime, comme s’il y avait anguille sous roche. Ces personnes oublient ou ignorent l’indépendance dont jouit la justice et font de l’amalgame entre la politique du gouvernement et les décisions souveraine du pouvoir judiciaire.

C’est donc la justice, son système et ses hommes qui sont responsables de la grogne sociale relative à certaines de leurs décisions. L’une des raisons c’est que les populations craignent légitimement que les délais excessivement longs de la justice ne créent, in fine, des conditions favorables à la corruption judiciaire. Aussi les Burkinabè ne veulent plus être laissés dans la plus grande incertitude concernant le délai dans lequel certaines affaires les concernant sont examinées. Au nom de la veille citoyenne, ils se donnent la possibilité de peser sur la durée de certaines procédures. C’est ce qui explique les derniers remous suite à la liberté provisoire accordée à Djibrill Bassllé pour raison de santé.

Il revient à la justice de reconquérir le peuple par son efficacité et son efficience. Sinon la trop grande méfiance du peuple envers le système judiciaire qui se manifeste de plus en plus pourrait non seulement rejaillir sur le gouvernement – tenu à tort ou à raison pour responsable -, mais aussi porter les germes de la justice expéditive, conséquence de l’injustice. De toutes les injustices.

Devant cette urgence et cette menace, le gouvernement ne doit pas croiser les bras et demander au pouvoir judiciaire d’assumer seule ses responsabilités. Il faut aider notre justice à court terme à se fixer des délais raisonnables dans le traitement de certains dossiers et à moyen terme, à se réformer en profondeur pour répondre aux aspirations du peuple.

Sinon quand la situation dégénèrera, nous serons tous, sans exception, mangés à la même sauce.

Théophile MONE

 

2 commentaires

  1. a l’heure actuelle il y a comme impression que certains politiciens , la justice leur sert de terrain de visibilité. plus longtemps ils seront en prison, mieux vaudra pour une plus grande publicité pour être dans la peau d’un NELSON MANDELA. Aussi leurs conseils usent du dilatoire pour des reports. qu’on nous éclaire si les conseils sont payés par dossier ou par mois. nous comprendront ceux payés par mois parce qu’ils ne veuillent pas être en chômage pour mission accomplies, mais pas ceux payés par dossier si ce n’est pour autre raison.

  2. A mon avis les magistrats burkinabè n’ont pas tout à fait les mains libres pour faire leur travail dans la sérénité.Je n’ose pas dire qu’ils sont incompétents vu les longues études et diplômes acquis.Il y a des moments ou aussi il va falloir s’assumer.Deux ans pour juger des dossiers sensibles tel que le cas de Bassolé parait un peu trop a mon avis.Les magistrats ont certainement leurs raisons mais le peuple lui ne comprend rien du tout.Avez vous des preuves solides pour le condamner?si oui,alors jugez le.sinon libérez le.Mois je pense que la justice n’a rien de solide pour condamner le Général Bassolé; elle a tout simplement peur de la réaction d’une partie du peuple qui à tord ou à raison veut le voir en prison.C’est ainsi quand on va trop vite en besogne.faire des accusations sans preuves solides publiquement engendre toujours des révoltes.les gens qui l’accusent qu’ils apportent les preuves pour qu’on en finisse.Monsieur les magistrats, prenez votre courage en main et dites la vérité. Dans tout les cas vous serez jugés vous aussi un jour si vous mal votre travail. Moi je dis si vous ne pouvez pas libérez un prisonnier présumé coupable par peur de la réaction de certaines personnes, alors condamnez le et qu’on en finisse.Que ceux qui voudront rire, rient et que ceux voudront pleurent.c’est la vie.les erreurs volontaires ou involontaires se commettent partout dans monde ici bas. tout le monde fera face à son destin tôt ou tard. Que Allah nous guide et nous assiste. Amine!!

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