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Justice: deux mois de prison ferme pour Naïm Touré

Naïm Touré (ph autre presse)

Reconnu coupable d’«incitation de trouble à l’ordre public», l’activiste et lanceur d’alertes Naïm Touré a été condamné à deux mois de prison ferme par le tribunal le mardi 3 juillet 2018.

Après délibération dans le procès Naïm Touré, le tribunal a requis deux mois de prison ferme au motif d’incitation de trouble à l’ordre public. «Proposition de fomenter un complot contre la sûreté de l’Etat, participation à une entreprise de démoralisation des FDS, incitation de trouble à l’ordre public», tels sont les chefs d’accusation retenus par le procureur à l’encontre de l’activiste Naïm Touré.

Après délibération, le juge a requis deux mois de prison ferme pour l’activiste. «Naim Touré n’a jamais commis de complot, parce qu’il n’a jamais proposé à quelqu’un de former un complot pour renverser le régime, il n’a pas non plus participé à une opération de démoralisation des Forces de défense et de sécurité, mais il les aurait invitées quelque part à semer le trouble», a estimé Me Prosper Farama, l’un des avocats du collectif des avocats de Naïm Touré qui a plaidé pour sa relaxe.

Me Prosper Farama, avocat

Pour lui, cette sanction n’est pas conforme aux plaidoiries que «nous avons réalisées, parce qu’aucune des infractions n’était constituée». Il est donc fort probable, a-t-il soutenu, «que nous fassions appel à cette décision» qui constitue un recul pour les libertés individuelles et collectives. «Lorsqu’on en arrive à cette situation juste quelques années après l’insurrection que nous avons réalisée pour étendre le champ des libertés démocratiques au Burkina, on est inquiet», a-t-il Me Farama, soulignant que c’est à quelque part une piqûre de rappel à tous les combattants de la liberté au Burkina. «C’est un signal pour leur dire que le combat n’est pas terminé et qu’il est temps qu’ils se réveillent, car il n’y a jamais d’acquis dans la conquête des libertés individuelles et collectives».

Madina Belemviré

Quelques réactions sur le verdict

Yasmine Touré, sœur aînée de Naim: «On ne peut pas condamner quelqu’un pour une publication sur Facebook»

Je suis déçue et révoltée car c’est une condamnation qui n’avait pas sa raison d’être. Il n’y a aucun chef d’accusation parce que tous les chefs d’accusation ont été démontés par les avocats. Donc, en tant que juriste de formation, je ne comprends pas cette décision. On ne peut pas condamner quelqu’un pour une publication sur Facebook et on ne peut pas gouverner un pays sur Facebook.

Ali Sanou, SG du MBDHP

Ali Sanou, Secrétaire général du MBDHP: «La décision de poursuivre Naïm Touré est une décision politique»

La décision de poursuivre Naïm Touré même est une décision politique parce que la presse dénonce des personnes qui font des détournements sans qu’il n’y ai de décision pour les poursuivre. Mais c’est un activiste sur les réseaux sociaux qui est poursuivi. Ce verdict est donc fort regrettable parce qu’il consacre un recul de la liberté d’opinion et d’expression dans notre pays. Il est quand même regrettable que dans le Burkina post-insurrectionnel, on puisse condamner un individu à deux mois de prison ferme pour un post sur les réseaux sociaux qui n’est pas suivi d’actes ou faits répréhensibles. C’est de nature à décourager les activistes, les démocrates de notre pays. Nous devons donc nous mobiliser pour que ce genre de délit qui consacre des violations des libertés d’expression et d’opinion ne puisse plus se reproduire dans notre pays. Si on replace le post dans son contexte, je suis surpris qu’il puisse amener la gendarmerie à se soulever. Soit on a une institution qui est républicaine dont le fonctionnement est fondé sur des principes cardinaux de respect de la loi et de la République, soit on n’est pas une institution républicaine. Je suis de ceux qui pensent qu’on a une gendarmerie qui est républicaine, donc je ne pense pas qu’un post sur Facebook soit de nature à amener cette gendarmerie à se soulever.

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