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Kenya: l’opposant Raila Odinga rejette les résultats provisoires des élections, ses partisans dans la rue

Les résultats provisoires des élections générales du 8 août ont été rendus publics par la Commission électorale, quelques heures (dans la nuit du mardi au mercredi 9 août) après la fermeture des bureaux de vote. Des résultats qui donnent une large avance au chef de l’État sortant, Uhuru Kenyatta. Mais la coalition du candidat de l’opposition à la présidentielle, Raila Odinga, a aussitôt annoncé qu’elle rejette les résultats provisoires du scrutin, les qualifiant de «fictifs».

Raila Odinga (gauche) et le président de la Commission électorale (à droite)

Sur les 19,6 millions d’électeurs inscrits sur les listes électorales, ce sont environ 14,2 millions de citoyens qui ont exprimé leurs choix dans le cadre de ces élections du 8 août. Et après la comptabilisation des voix dans plus de 90 % des bureaux de vote, la IEBC (la Commission électorale kényane), a annoncé que le président Kenyatta, au pouvoir depuis 2013, est crédité de 54,41 % des suffrages, contre 44,77 % pour son opposant Raila Odinga. Celui-ci est ainsi devancé de près de 1,3 millions de voix.

En réaction, Raila Odinga a déclaré que «Le système a échoué». Et d’ajouter, «Nous rejetons les résultats publiés jusqu’à présent». Des résultats qu’il qualifie de «fictifs», tout en brandissant des griefs contre la commission électorale. A l’en croire, ladite commission a non seulement interdit à ses représentants dans les bureaux de vote de scanner les procès-verbaux de dépouillement, mais aussi manqué de communiquer à sa coalition qu’est la Nasa, ces procès-verbaux susceptibles de corroborer les résultats publiés.

Résultats modifiés par suite de piratage?

Plus grave, l’opposant révèle que des hackers se seraient introduits dans la nuit du 7 au 8 août au cœur des systèmes informatiques de l’IEBC, et auraient utilisé les codes d’accès de Chris Msando, le responsable informatique de l’IEBC, dont le corps sans vie a été découvert le 31 juillet avec des traces de torture. A en croire Odinga, les hackers auraient, à l’aide de plusieurs programmes, eu toute latitude pour créer des «erreurs» dans la base de données et accroître artificiellement le score du président sortant Uhuru Kenyatta. Ils auraient ensuite pris soin d’effacer leurs traces, en empêchant le système informatique de garder la mémoire de leurs manipulations.

Selon Raila Odinga, «En à peine douze heures, cette attaque contre notre démocratie a affecté les élections présidentielles dans l’ensemble des 47 comtés». Selon lui, il s’agit «manifestement d’un plan organisé de longue date», qui a permis de modifier les résultats dans «des proportions monumentales».

Des élections déroulées dans le calme

A noter que pour l’emporter dès le premier tour, il faut avoir obtenu la majorité absolue et plus de 25% des voix dans au moins 24 des 47 comtés du pays. Le taux de participation exact n’a pas encore été communiqué par l’IEBC. Six autres petits candidats étaient en lice dans cette élection et leurs voix ne pesaient pas plus d’1% au total, toujours selon les résultats partiels de la Commission électorale.

Signalons que les opérations de vote se sont déroulées dans le calme. Dès les premières heures de l’ouverture des bureaux de vote, s’étaient formées de longues files d’attente, laissant transparaître une ferveur démocratique. Et hormis une vingtaine de bureaux de vote rendus difficiles d’accès par d’importantes précipitations dans la région du Turkana, au Nord-ouest du pays, ainsi que des retards à l’ouverture, le vote s’est passé sans encombre dans la plupart des 41 000 bureaux.

A noter que les Kényans devaient, à la faveur de ces élections générales, élire également leurs députés, gouverneurs, sénateurs, élus locaux et représentantes des femmes à l’Assemblée. Mais c’est bien la présidentielle qui suscitait le plus de passions, opposant le fils du premier président du Kenya indépendant, Jomo Kenyatta, et le fils de Jaramogi Oginga Odinga, brièvement vice-président avant d’être écarté du pouvoir par le premier.

Partisans de Raila Odinga dans la rue

Le spectre des violences de 2007 plane

Et voilà, les résultats de cette présidentielle sont contestés, comme ce fut le cas en 2007 où des scènes de violences meurtrières s’en sont suivies, et en 2013 où fort heureusement le recours à la voie judiciaire a été privilégiée par le contestataire, l’opposant Odinga. Il est à souhaiter qu’un tel recours prévale encore, dans les heures et jours à venir au cours desquels le peuple kényan et la communauté internationale retiennent leur souffle. Ce, d’autant plus que des manifestants proches de Raila Odinga ont été dispersés ce matin par la police avec des gaz lacrymogènes, mais ne semblent pas céder à la répression policière qui a déjà fait deux morts dans leurs rangs à Nairobi, la capitale kényane.

Pour sa part, le président de la Commission électorale, face à la déclaration de l’opposition relative au piratage du système informatique de son institution, a annoncé l’ouverture prochaine d’une enquête, tout en reconnaissant que «Vers 12h37, le 8 août 2017, les pirates ont pénétré notre base de données électorale grâce à l’identité de Chris Msando, qui a été exécuté il y a à peine une semaine».

Paangui Parè

 

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