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La France et son pré carré: une histoire d’amour indéfectible

Soutien à différents gouvernements, protection et évacuation de ressortissants, opération à caractère humanitaire. Depuis plus de cinquante ans, la France conserve ses liens militaires avec l’Afrique. Constat. Surtout après l’annonce du ministre de l’Intérieur français de l’arrivée du Groupe d’intervention de la gendarmerie nationale (GIGN) au Burkina Faso.

L'empereur Bokassa
                     L’empereur Bokassa

La coopération militaire entre la France et l’Afrique date des années 60. Il s’agissait alors d’encadrer la décolonisation et le développement des jeunes Etats, de prolonger le mythe de l’universalité française, de préserver l’influence traditionnelle de Paris, de lui assurer la continuité et la sécurité de ses approvisionnements en matières première, et de marquer le principe de solidarité entre le France et ses anciennes colonies africaines.

Cette coopération s’articule en des accords de coopération en vertu desquels la France accorde son assistance militaire et technique à de nombreux pays africains; des accords de défense impliquant une garantie française de sécurité et pouvant permettre le stationnement de forces pré positionnées

Accords d’assistance militaire

Au début des années 60, la conclusion d’accords d’assistance militaire et technique répondait à quatre principes affichés: ne pas abandonner l’Afrique, aider l’armée locale, respecter la non-ingérence dans les affaires internes des pays signataires et, à l’origine, garantir la stabilité des premiers gouvernements de l’Afrique indépendante.

Sarkozy et Kadhafi
Sarkozy et Kadhafi

Il est à noter que ce sont les Africains qui demandent de tels accords, considérant l’appui et la garantie française comme crédibles. D’autant plus que des pays signataires de ces accords ont vu la France intervenir militairement à leur profit.

De façon générale, ces accords n’ont jamais été dénoncés par les pays d’Afrique. Pour certains, ils ont été suspendus par Paris à la suite de graves et longs troubles internes. Madagascar, le Congo-Brazzaville et le Congo-Kinshasa en 1991.

Accords de défense

Après les indépendances, la France signe une vingtaine d’accords de défense et de coopération avec ses anciennes colonies africaines. Si elle est malhonnête, les dirigeants africains sont nigauds. Avec autant d’accords de défense avec une seule et même puissance, que fera cette dernière en cas de conflit entre deux Etats africains signataires des mêmes accords? Puisque les Etats signataires de ces accords peuvent faire appel aux forces françaises pour assurer leur défense. Mais cette intervention ne présente jamais un caractère automatique mais reste soumise à l’appréciation de Paris.

Les présidents Hollande et Deby
Les présidents Hollande et Deby

Dans les années 60, nombre de pays les ont remis en cause pour affirmer leur souveraineté nationale (Sénégal); pour contester les accords Nord-Sud (Congo, Bénin, Madagascar), pour protéger des ressources en uranium (Niger). En juillet 1978, l’Organisation de l’Unité africaine (OUA) adopte même une déclaration condamnant l’existence de bases militaires étrangères sur le continent. Après plusieurs années de négociations, les accords de défense conclus entre Paris et l’Afrique sont soit dénoncés, soit reconduits mais réaménagés, soit reconduits sans réaménagement.

Nature politique

Si les caractéristiques militaires n’ont pas changé depuis les années des indépendances, leur nature politique semble avoir évolué. La France intervenait pour stabiliser les régimes et même les hommes qu’elle avait placés ou contribué à placer au pouvoir.

Mais il faut noter qu’en matière de «sauvetage» d’un gouvernement menacé, le pouvoir discrétionnaire que se réserve Paris pour appliquer les accords de défense peut jouer en faveur ou en défaveur de l’Etat cosignataire. Les exemples sont légion.

Cathérine Samba-Panza de la Centrafrique et François Hollande de la France
Cathérine Samba-Panza de la Centrafrique et François Hollande de la France

Les non-interventions françaises ont parfois révélé la volonté d’abandonner le chef de l’Etat décevant. Ce fut le cas  de Jean Bedel Bokassa en Centrafrique en 1979. Avec l’opération «Barracuda», l’empereur Bokassa est renversé. David Dacko est réinstallé au sommet de l’État. La France intervint de septembre 1979 à septembre 1981.

Par contre, le 23 septembre 1986, la France a ouvertement soutenu le président Gnassingbé Eyadéma. 150 parachutistes français débarquent en renfort au Togo avec pour objectif le «sauvetage» du président Eyadéma, menacé par une tentative de coup d’Etat.

L’opération «Rétablissement» menée le 18 février 1964, a permis de réinstaller le président Léon M’ba du Gabon, après un putsch d’une partie de l’armée.

Le 18 août 1983, 4 000 soldats français sont mobilisés en appui au président Hissène Habré mis en difficulté par les rebelles de Goukouni Oueddeye, soutenus par la Libye. L’opération «Manta» durera jusqu’en février 1986.

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Un soldat français de l’opération Serval sous le regard d’enfants à Kidal.

D’octobre 1990 à décembre 1993, au Rwanda, la France apporte un soutien au régime du président Juvénal Habyarimana contre les rebelles du Front patriotique rwandais (FPR). Ce fut l’opération «Noirot».

En 2008, l’intervention française permet la protection de l’aéroport de Ndjamena et l’évacuation des ressortissants français au Tchad. Il y eut des échanges de tirs entre l’armée française et les rebelles près de l’aéroport. L’objectif visé était le soutien à Idriss Deby Itno sur fond de l’affaire de l’arche de Zoé.

En 2011, grâce à l’opération «Licorde», la France procède à l’installation d’Alassane Dramane Ouattara au pouvoir après le kidnapping de Laurent Gbagbo par les forces spéciales françaises.

En 2013, le président François Bozizé de la Centrafrique est menacé par la coalition rebelle Séléka. Par l’opération Boali, Paris déploie quelque 600 soldats chargés de protéger les ressortissants français.

Le 11 janvier 2013, la veille, plusieurs centaines d’islamistes armés se sont emparés de Konna, petite ville du centre du Mali. La France, grâce à l’opération «Serval», bombarde les positions des djihadistes.

Nouvelle doctrine

C’est en 1990 que la nouvelle doctrine française à l’égard des accords de défense conclus avec les pays africains se met en place. Elle consiste en ce que ces accords et les troupes pré positionnées jusqu’alors destinées à garantir la sécurité tant intérieure qu’extérieure des Etats ne seront désormais mis en œuvre qu’en cas de menaces extérieures ou sur le plan strictement humanitaire.

Des éléments du GIGN en intervention
Des éléments du GIGN en intervention

Dans un contexte de menace djihadiste où la prévention des attentats et les interventions rapides et efficaces permettent de circonscrire les dégâts, il n’est pas irréaliste de maintenir les accords de défense, voire les renforcer. Même souverain, il faut, dans l’humilité, reconnaître ses forces et ses faiblesses en matière de défense. Le développement des Africains en dépend.

A l’annonce de l’arrivée du Groupe d’intervention de la Gendarmerie nationale (GIGN) français, certains Burkinabé estiment qu’une présence plus accrue des forces françaises sur notre sol fera de nous des cibles privilégiées des islamistes. Mais ne le sommes-nous pas déjà?

Et puis, en vérité, les islamistes ne sont pas à éviter mais à combattre. Avec plus d’efficacité. Il vaut mieux prévenir que guérir.

Théophile Moné

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