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La presse n’est pas un tribunal!

Depuis la nuit des temps, la presse est un espace stratégique pour le champ politique. C’est bien dans la presse que l’homme animal politique et raisonnable s’interroge, juge, apprécie, approuve ou condamne, prend position ou ne se prononce pas. Avec l’essor prodigieux des médias, il existe désormais un lien de plus en plus étroit entre le champ politique et le champ médiatique. Ainsi, les responsables administratifs, politiques et même syndicaux cherchent à transformer la presse en site de déploiement des rivalités et de débats de toutes sortes.

Si la mission des journalistes est d’informer, d’expliquer, de favoriser la pluralité d’expressions, il faut éviter de les transformer en «Mounafica» (colporteurs de nouvelles). Pourquoi mêler la presse aux querelles, attaques personnelles, accusations, injures et insultes qui meublent la scène politique nationale? L’on a envie de dire arrêtez-moi tout ça! La presse burkinabè n’est pas un tribunal encore moins une poubelle.

Le PDG Abdoulaye Ouédraogo brandissant un document attestant de la régularité des engins offerts
Le maire Armand Béouindé lors de sa conférence de presse sur les dons offerts à l’arrondissement 7

Au Burkina Faso, les responsables politiques et les groupes de pression sont devenus habiles. Ils cherchent à alimenter et à manipuler les médias. Ayant compris que la presse peut être un espace où l’on peut formater l’opinion, chacun l’exploite autant que possible pour faire valoir la sienne et influencer celles des autres. C’est la dynamique même de la communication.

Malheureusement, tout le monde ne le fait pas dans la responsabilité. Si les uns ne sont pas vulgaires, les autres utilisent des propos diffamatoires et mortifiants et attendent que la presse reproduise in extenso leurs dérapages langagiers. Les hommes et femmes de médias sont donc interpellés. Ils n’ont pas pour rôle de jeter l’huile sur le feu.

Les exemples foisonnent:

– Le Secrétaire général du Parti de l’indépendance, du travail et de la justice, Soumane Touré, a dernièrement parlé avec légèreté des questions ethniques et religieuses pourtant très sensibles. Des propos inadmissibles qui divisent. Son parti a été suspendu pour trois mois. Il n’est pas évident qu’il arrête de sitôt ses provocations. Refuser de publier les propos immérités de Soumane Touré n’est pas à notre avis un péché contre la liberté d’opinion. Surtout qu’il n’est pas à son premier essai.

De même, refuser de relayer les insultes de Laurent Bado peut être légitime. Pourquoi certaines personnes doivent-elles mastiquer leur piment par voie de presse?

Les Burkinabè sont habitués aux déclarations fracassantes de Soumane Touré
Les deux frères ont fini par faire la paix

– Par exemple, suite à la polémique autour de vivres réceptionnés par la mairie de l’arrondissement 11 de Ouagadougou, le maire Ibrahim Maré a accusé la ministre de la Femme d’user de l’appareil étatique à des fins personnelles. Alors qu’au même moment, dans sa version pour éclairer l’opinion publique, la ministre de la Femme de la Solidarité nationale et de la Famille dit s’être «trompée de destinataire et ne peut pas permettre le détournement des vivres à d’autres fins». Un débat politico-administratif qui a mis la presse mal à l’aise.

– Dans l’affaire du terrain de 10 hectares offert par Abdoul Service international à l’arrondissement 7 de Ouagadougou destiné à être aménagé en cimetière et interdit d’usage par le maire de Ouagadougou, le bourgmestre Armand Béouindé a parlé de «faux procès». Il a en outre posé le problème administratif et l’absence de documents comme, entre autres, ce qui bloque le processus de mise en exploitation dudit terrain. Le PDG Abdoulaye Ouédraogo de la société immobilière a, par contre, brandi un document attestant de la régularité des engins offerts. Après s’être demandé s’il y a un problème entre Armand Béouindé et lui, il a répondu en ces termes: « Nous sommes du même village et cela veut tout dire». Avant d’ajouter que «Armand Béouindé, si tu n’aimes pas ton petit frère Abdoul Ouédraogo, il faut savoir qu’il travaille». Aux dernières nouvelles, ils ont fait la paix. Mais pourquoi se sachant si proches, ils n’ont pas utilisé les voies traditionnelles pour solutionner le litige?

Les responsables du ministère  disent ne pas admettre le détournement de vivres
Le maire de l’arrondissement 11, Ibrahim Maré n’a cessé d’accuser la ministre de la Femme de la Solidarité nationale et de la Famille de manœuvres politiques

-Dans la même veine, les syndicats, les OSC et certains partis politiques saisissent toutes les occasions pour prendre la presse à témoin de leurs différends avec le gouvernement ou pour faire passer des messages à caractère diffamatoire ou injurieux. On constate de plus en plus que le langage politique régresse. Le discours de la classe politique burkinabè n’est plus ce qu’il était. Hier, fécond, révolutionnaire et progressiste, aujourd’hui, fait d’injures, d’invectives et de menaces. Et l’on veut que la presse soit le canal des discours haineux, des dérives langagières, simplement parce que les uns et les autres veulent tenter de jeter le discrédit sur leurs adversaires. Ces comportements sont inquiétants et gênants. Il revient aux médias burkinabè de faire la part des choses et d’éviter d’être ceux-là par qui le scandale arrive. Ce qui es sûr, ce que les uns disent devant les micros et caméras, ils n’oseraient pas le répéter in extenso devant ceux qu’ils invectivent. La presse ne saurait donc être la fille de joie à qui l’on fait appel pour satisfaire sa libido. Elle vaut mieux que ça.

Messieurs les responsables politiques, administratifs, syndicaux et des organisations de la société civile, ne mêlez pas la presse à vos guerres intestines et inutiles ou à vos manipulations politiciennes. La presse n’est pas votre tribunal de règlements de comptes personnels. De toutes les façons, au nom de la déontologie et de l’éthique, les journalistes y veilleront. Soyons tous responsables!

Théophile MONE

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