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La solitude du pouvoir

Attendu, sous pression, trahi, isolé…, autant de raisons pour l’acteur politique d’être seul. Un monde de solitude? Tous la ressentent pour ce qu’elle est: une malédiction nécessaire, l’incarnation de leur pouvoir.

La solitude, c’est toujours ainsi que l’on dépeint les sommets du pouvoir où les chefs d’Etat, les ministres et les grands décideurs de ce monde ne peuvent compter sur personne à part eux-mêmes. Soit parce que leurs décisions engagent ceux qui travaillent pour eux, soit parce que ceux à qui ils pourraient se confier sont des concurrents potentiels dans la lutte permanente que représente la vie politique. En fait, la solitude fait partie de la fonction du pouvoir. Elle y est intimement liée. Comme le dit si bien le philosophe Michel Onfray, «C’est au fond la capacité de solitude des hommes de pouvoir qui en font ou non de grands présidents.»

Nos chefs d'Etat successifs jusqu'au ...
Nos chefs d’Etat successifs jusquà …

Aucun chef d’Etat n’échappe à la règle: qu’il soit démocrate ou dictateur, socialiste ou libéral, le responsable du pouvoir suprême est, dans la vie quotidienne, et surtout dans les périodes de crise, seul.

Même s’ils sont conseillés, les hommes et les femmes qui nous gouvernent doivent toujours, en fin de compte, assumer une décision dont la responsabilité leur incombe. C’est le mystère de l’Etat. Parce que le pouvoir revêt une dimension sacrée, la part du mystère qui auréole le monarque l’isole de ses semblables et le voue à une solitude consubstantielle au pouvoir qu’il détient sur ces derniers. Face à cette solitude, les grands acteurs politiques réagissent différemment en fonction de leur caractère; mais qu’ils en souffrent ou s’en accommodent, tous la ressentent pour ce qu’elle est: une malédiction nécessaire, l’incarnation de leur pouvoir.

Roch Marc Christian Kaboré ont sans doute connu et vécu la solitude du pouvoir
…Roch Marc Christian Kaboré ont sans doute connu et vécu la solitude du pouvoir

Par exemple, quand on dit présidence du Faso, il ne faut pas y voir seulement des avantages multiples, l’honneur, la gloire, les privilèges. Oui, le palais présidentiel est le lieu plus convoité et le plus mystérieux de la République. Mais il est aussi le «pays» d’une immense solitude. Chaque président, une fois dans ce bunker particulier, y mesure ce que représente le vertige de la fonction mais, au-delà, celui de la prise de décision.

On y découvre surtout comment des hommes d’État sont capables de se murer secrètement dans la sérénité, la gravité, la tragédie comme la dignité pour épouser leur destin. Car ce sont les événements qui, souvent, décident ou non du destin de ceux qui accèdent au pouvoir. Obsédés par le temps qui passe et de la nécessité d’agir vite, nos chefs d’Etat sont souvent confrontés à des décisions lourdes de conséquences et qui peuvent les mettre seuls face à eux-mêmes et parfois face à leur famille politique.

En somme, nos présidents sont des hommes d’État en action, avec leurs doutes, leurs interrogations, leurs certitudes. Ce sont des êtres humains comme nous. Et comme le dit si bien Michel de Montaigne, «Tout ce qui est humain ne leur est pas étranger». C’est la raison pour laquelle certains dirigeants craquent, sont nerveux, anxieux ou paranoïaques devant les lourdes décisions qu’ils doivent impérativement prendre. Ce n’est pas toujours facile de supporter l’abandon ou la fourberie des amis, les critiques infondées, les moments de claustration qui doivent aboutir à des prises de décisions impopulaires et portant nécessaires. Fort heureusement, quand c’est dur, ce sont les durs qui passent.

Les Echos du Faso

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