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La stratégie du tuk gili du MPP en 2020

Le tuk gili, prendre tout en langue mooré, autrement dit le règne sans partage, était la stratégie du méga parti, parti-Etat, le CDP. A chaque scrutin, le parti de Blaise Compaoré réalisait toujours un raz-de-marée électoral. Cela avait condamné à une quasi-absence l’opposition politique. En fait, le secret consistait à absorber les partis rivaux grâce à des ralliements stratégiques. Les responsables du Mouvement du peuple pour le progrès (MPP) ne l’ont pas oublié, eux dont la plupart ont contribué à la gloire du CDP d’antan.

les 7 nouveaux partis politiques procédant, à tour de rôle, à la signature  de la convention avec le MPP

Ainsi, avant même les dernières élections de 2015, le MPP avait déjà entamé des pourparlers avec des leaders de partis politiques comme Bénéwendé Sankara, Emile Paré, Sara Séré/Sérémé, Vincent Dabilgou, etc. en vue d’une alliance politique. Bien sûr, tout était fonction des résultats qui sortiraient des urnes en 2015. Ce clientélisme se basait sur le principe selon lequel la politique n’est pas une science exacte: les résultats issus des urnes pouvant faire retourner les vestes des uns et des autres. La preuve, pour obtenir la majorité parlementaire, le parti au pouvoir a dû passer par le jeu des alliances. Il est même allé plus loin en exploitant judicieusement (rapprochement sans haine ni passion) la création du groupe parlementaire UPC Renouveau. Une situation qui oblige l’opposition politique parlementaire à mettre dans les calendes grecques l’idée de sa motion de défiance. «Politiquer, dit-on, c’est prévoir». C’est dans cette même veine que sept nouveaux partis politiques ont procédé, jeudi 1er mars 2018, à la signature de convention marquant leur adhésion à l’Alliance des partis et formations politiques de la majorité présidentielle (APMP). Ce qui porte le nombre de partis alliés à 38, alors que de nouvelles demandes d’adhésion sont en traitement. C’est tout dire.

Comme l’a si bien dit Clément Sawadogo, l’adhésion de ces sept nouveaux partis va apporter un plus à la bonne marche de l’APMP. Il s’agit de l’Alliance pour la démocratie au Faso (ADEFA), l’Alliance pour la démocratie et le développement (ADD), le Parti pour la démocratie et la jeunesse (PDJ), le Parti pour la protection de l’Environnement/Conservation de la nature (PPE/CN), le Parti des patriotes progressistes (PPP), le Parti du peuple républicain (PPR) et la Renaissance démocratique et patriotique au Faso (RDPF).

Il faut noter que l’APMP est un cadre de regroupement des partis et formations politiques qui soutiennent et défendent le programme présidentiel.

Les alliances font en fait partie des caractéristiques dominantes du jeu politique africain. Il y en a même de contre-nature, surtout quand aucune logique ne les sous-tendent. Mais en politique, ne pas être prêt ou capable de faire des concessions constitue une erreur stratégique qui peut s’avérer fatale.

Les responsables du MPP

C’est pourquoi l’histoire du Burkina montre que sous toutes les républiques, des grands hommes politiques insoupçonnés ont été, à un moment donné de leurs parcours, impliqués dans des alliances radicalement opposées à leurs positionnements ou opinions antérieurs. Mais ces alliances sont le propre du jeu politique. En fait, au Burkina, et dans bien d’autres démocraties en voie de consolidation, les hommes politiques essaient de maximiser leurs chances d’accéder au pouvoir ou d’en tirer le maximum de profit, non pas en s’adressant directement aux potentiels électeurs de leurs adversaires, mais en se contentant tout simplement de contracter des alliances au sommet.

Est-ce du pragmatisme politique ou de l’affairisme? Chacun a sans doute ses convictions sur le sujet. Il reste que l’homme politique burkinabè a toujours cette facilité de briser l’inconfort relationnel et même idéologique quand cela l’arrange ou peut-être quand il se sent menacé. N’est-ce pas que d’ordinaire, ils se chamaillent devant les caméras, mais se retrouvent la nuit pour échanger? On l’a toujours dit, la politique par ici, c’est le jeu des intérêts. Beaucoup voient cette course du MPP à la recherche des concessions comme le calmant aux mouvements d’humeur qui cherchent depuis des mois à déstabiliser le pouvoir. L’on peut y voir également comme une preuve que les hommes politiques burkinabè ont cette facilité de se pardonner les péchés réciproques. Il n’y a pas de faute ou de péché qui ne puisse être commué par le politique, surtout quand il sait que derrière cet absoute il y a la rédemption financière.

Les politiques devraient-ils revoir leur copie si ces stratégies ne militent pas en faveur du bien-être du peuple burkinabè? Le débat est ouvert.

Pour l’instant, lentement mais sûrement, le MPP et ses alliés se préparent activement pour les batailles électorales de 2020. La grande machine du parti au pouvoir est lancée. Il suffit de lire entre les lignes de ces alliances qui se font, pour ne plus se tromper sur les intentions qui se dessinent. Tel un rouleau compresseur, il se met en mouvement et ne compte rien épargner sur son passage. Comme quoi, 2020 se prépare maintenant.

Théophile MONE

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