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Affaire Naïm Touré: entre sacralité de la liberté d’expression et responsabilité des publications sur le Net

Naïm Touré, le web activiste, gardé à vue depuis le lundi 12 décembre 2016,  a été libéré le mardi 13 décembre.

Le commissaire du gouvernement Alioun Zanré a indiqué dans un communiqué que sa détention faisait suite à une « publication tendancieuse sur Facebook ». Il lui est reproché de «faire croire à l’opinion nationale et internationale que l’adjudant-chef Moussa Nébié dit Rambo, victime d’un télescopage avec un codétenu en jouant au ballon militaire, avait été abandonné à son sort et encourait une mort imminente». Pour Alioun Zanré, cette information «complètement fausse» est de nature à jeter du discrédit sur la justice militaire. Quels enseignements pouvons-nous tirer d’une telle affaire apparemment anodine qui a failli dégénérer et qui nous interpelle tous, autorités comme citoyens?

Autant il faut reproché aux autorités leur manque de communication autant il faut rappelons aux activistes la nécesiité de publier des informations justes et vraie et de sources dignes de foi
Autant il faut reprocher aux autorités leur manque de communication, autant il faut rappeler aux activistes la nécesiité de publier des informations justes et vraies et de sources dignes de foi

A l’analyse de cette affaire, trois constats se dégagent:

Premier constat, le droit à la liberté d’expression, le droit de communiquer et de recevoir des informations est de nos jours sacralisé. Pour s’en convaincre, il suffit de lire la recommandation du rapporteur spécial de l’ONU en 2015 sur la promotion et la protection du droit à la liberté d’opinion et d’expression. Il recommandait à ce titre aux États de légiférer pour protéger les lanceurs d’alertes9. Il les définissait ainsi: «Toute personne qui divulgue des informations qu’elle a des motifs raisonnables de considérer véridiques au moment de leur divulgation et qui portent sur des faits attentatoires à un intérêt public précis ou le menaçant tels qu’une violation du droit national ou international, un abus d’autorité, un gaspillage, une fraude ou des atteintes à l’environnement, à la santé ou à la sécurité publiques.» Le droit à l’information et la liberté d’expression sont donc des biens précieux. L’affaire Touré a montré, si besoin en était encore, combien ils coûtent aux yeux des Burkinabè.

Naïm Touré, libéré. La liberté d'expression est un droit. Mais aussi une responsabilité. Il faut que de plus en plus, les uns et les autres assument le contenu de leurs publications
Naïm Touré, libéré. La liberté d’expression est un droit. Mais aussi une responsabilité. Au-delà du cas Touré, il faut que de plus en plus, les uns et les autres assument le contenu de leurs publications sur Facebook

Deuxième constat, les autorités ont tardivement communiqué sur le sujet. Or, de nos jours, la gratuité et l’extrême facilité avec laquelle l’internet permet la diffusion de l’information en ont fait un vecteur inégalé pour le meilleur et pour le pire. Il était donc clair que l’information sur la santé de Moussa Nébié (secret militaire ou pas) ne pouvait pas rester secrète. Moralité, il faut que les autoritaires du pays communiquent davantage sur les sujets d’intérêt commun ou sensible. C’est de la redevabilité. C’est bon pour le moral et cette manière de faire justifie une certaine transparence.

Troisième constat, la Liberté, ce n’est pas de l’anarchie. C’est une responsabilité. Il faut donc être responsable de que l’on publie sur internet et ses intermédiaires comme Facebook et tutti quanti.

Certes, les web activistes sont comme des sentinelles de la démocratie. Ils sont à protéger. Mais pas aveuglement. C’est sans doute dans ce sens que le Parquet dit dans le communiqué respecter la liberté d’expression, mais a tenu à «rappeler que les informations mensongères et diffamatoires sont passibles de poursuites judiciaires». Et rappelle qu’ «Il est important de publier des informations vraies, saines, crédibles, et non de nature à stimuler des passions d’autrui contre l’institution judiciaire».

Cela à l’avantage de nous rappeler qu’il faut faire attention aux informations diffusées sans contrôles ou sans sources crédibles. En matière d’information, la source est très importante. Il faut éviter de tomber dans le sensationnel, le sectarisme et le communautarisme de proximité. Il faut éviter d’insinuer de fausses informations et d’induire les autres en erreur. L’information doit être juste, vraie et objective surtout que de nos jours, sur Facebook en particulier, les réactions sont parfois épidermiques, où tout le monde fait tout comme tout le monde, sans vraiment comprendre les enjeux, mais pour ne pas être en reste, pour ne pas prendre le risque de se tromper. Il faut éviter de se faire champion de l’esprit critique et de la vérité à tout prix.

L’information juste, faut-il le rappeler, crédibilise les diffuseurs et évite de tomber dans la diffamation. La liberté implique la responsabilité et le souci du bien commun. Sans quoi aucune société n’est viable.

En définitive, l’internet est une arme à double tranchant dont il faut savoir se servir.

C’est pourquoi il faudrait renforcer le cadre légal clair pour toutes les activités sur internet et tenir compte de ses spécificités et des risques qui peuvent en résulter. L’une de ces spécificités marquantes tient au caractère durable de l’information diffusée et le fait que le public touché est beaucoup plus vaste que celui qui reçoit des informations par la presse classique.

Cela ne veut pas dire qu’il faut restreindre la liberté d’expression. Celle-ci doit au contraire être promue mais dans la responsabilité. Il faut être libre de s’exprimer. Mais quand par notre communication nous portons atteinte aux lois qui nous régissent, nous devons être prêts à répondre de nos actes. C’est en cela que le liberté est une charge!

Théophile MONE

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