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L’artisan: du mépris au respect!

Depuis l’aube de l’histoire, l’artisanat existe parmi les peuples et constitue une large part de leur humanité. Au centre de toutes les civilisations et de toutes les traditions, il y a les artisans. Ces derniers ont bâti des pyramides, élevé des temples, construit des bateaux, décoré des palais, édifié des villes, fourni les marchés… et ont ainsi structuré et organisé une économie de tout temps, tournée vers l’échange, une économie des plus florissantes et des plus diverses. Héritier d’une longue histoire, gardien d’une tradition et d’une culture, porteur d’une modernité et vecteur d’un art de vivre, l’artisanat s’est lentement structuré et a progressivement pris une place dans l’organisation économique globale pour devenir, aujourd’hui, un élément d’équilibre et un facteur de stabilité sociale, rendant le destin de nombreux hommes inévitablement solidaire.

A la faveur de la 15ème édition du Salon international de l’artisanat de Ouagadougou (SIAO) qui se tiendra du 26 octobre au 04 novembre 2018 à Ouagadougou, l’occasion doit être saisie pour rendre hommage à tous les artisans burkinabè et africains, acteurs essentiels du développement durable.

Qualifié dans son métier, il est le dépositaire de nombreux savoir-faire transmis essentiellement par le biais de l’apprentissage

Un artisan est un chef d’entreprise indépendant qui assure, seul ou avec un proche, la responsabilité de l’entreprise. Qualifié dans son métier, il est le dépositaire de nombreux savoir-faire transmis essentiellement par le biais de l’apprentissage.

Son statut juridique est bien défini et connu: l’artisan doit exercer une activité professionnelle de fabrication, de transformation, de réparation, de prestation de services relevant de l’artisanat. L’entreprise doit générer l’essentiel de son revenu de la vente de produits et de services issus de son propre travail. Il est censé être économiquement indépendant. En outre, l’entreprise doit intervenir pour son propre compte et non pour celui d’une autre personne morale ou physique.

D’une manière générale, tous les métiers de l’artisanat sont porteurs et le seront encore durablement. Au Burkina, l’artisanat est l’une des trames du tissu économique et social.

D’une manière générale, tous les métiers de l’artisanat sont porteurs

Malgré le contexte économique difficile, le secteur est en voie de s’améliorer, jouant un rôle actif dans le développement durable puisqu’il continue à offrir des emplois. En effet, le secteur est très créateur d’emplois et son importance dans la lutte contre le chômage ne doit pas être sous-estimée. Il recrute des personnes peu ou non qualifiées pour lesquelles il existe de moins en moins de débouchés sur le marché du travail. L’artisanat offre aussi à ces personnes des perspectives de carrière en les formant «sur le tas» et/ou à travers les programmes de la formation continue.

L’artisanat est également un acteur au sens du développement économique du pays. Les PME artisanales génèrent en effet, à travers leur activité économique, des recettes fiscales non-négligeables, notamment au titre de l’impôt sur le revenu et de l’impôt sur les salaires.

Il faut donc respecter le rôle et la place qu’occupe l’artisan dans la vie économique des pays, à commencer par le nôtre, même s’il faut remédier à la pénurie de main-d’œuvre qualifiée dont souffre le secteur.

Les artisans apportent beaucoup au PIB des économies africaines

Un métier pas toujours valorisé

Pendant longtemps, le métier d’artisan a été qualifié de vil. Sénèque, dans Lettre à Lucillius disait: «Les arts vils et qui se donnent pour tels, les métiers purement manuels contribuent eux-mêmes grandement au confort de l’existence; ils n’ont cependant rien de commun avec la vertu […]. Les arts se divisent en quatre catégories: arts vulgaires et infimes, arts éducateurs, arts libéraux. Les premiers sont l’affaire de l’artisan; purement manuels, ils ne visent qu’à l’aménagement matériel de l’existence; ni les bienséances morales, ni, la considération de l’honnêteté ne les inspirent à aucun degré». Dans les « Rêves » il ajouta: «… Si habile que tu sois, tu passeras toujours pour un artisan, pour un vil ouvrier, pour un homme qui vit du travail de ses mains».

L’art met en œuvre des savoir-faire complexes pour transformer la matière

Ce mépris s’étend jusqu’aux dieux. Ainsi, Vulcain, le dieu romain du feu et des forgerons, est un boiteux rejeté par sa mère. Il a toujours été un dieu inférieur, en fait peu vénéré. La société antique en général et romaine en particulier méprisait l’artisan. La place qui lui était consacrée dans l’économie et la société romaine était en général congrue.

Ainsi, le dédain de la valeur du travail se traduit par un dédain social des travailleurs. En fait, le mépris du travail manuel transparaît dans de nombreux documents, au mieux la condescendance vis-à-vis de ces artisans, dont on supporte mal les nuisances, mais que l’on ménage aussi car on les sait utiles à la société.

Pourtant, l’artisan doit être respecté pour ses œuvres, et non seulement dans le domaine artistique. Il peut s’enrichir surtout par le commerce de ses produits, et ainsi accéder par l’ascension sociale vers de plus hautes classes respectées. Ces «capitaines d’industrie» tirent profit de leurs activités, mais en général ne s’en vantent pas. Fort heureusement, aujourd’hui, ils sont respectés parce qu’ils vivent de leur métier et constituent un groupe social extrêmement important avec un impact certain sur l’économie. La nation leur doit, à ce titre, des égards.

Théophile MONE                        

Encadré: focus sur les métiers d’art

L’art est un travail de vocation. Aussi, un métier d’art peut être défini par l’association de trois critères: il met en œuvre des savoir-faire complexes pour transformer la matière; il produit des objets uniques ou des petites séries qui présentent un caractère artistique; le professionnel maîtrise ce métier dans sa globalité.

Les métiers d’art sont un vecteur culturel et représentent l’excellence de l’artisanat d’art. Ils sont l’héritage de savoir-faire précieusement élaborés au fil des siècles. Terre, verre, bois, cuir, arts graphiques ou arts du spectacle… Ce patrimoine immatériel fait partie de notre culture. Il est riche d’une étonnante diversité d’hommes et de pratiques. Un terreau bien vivant en perpétuelle évolution. Porteurs d’histoire et d’innovation, les métiers d’art représentent une ressource infinie pour tous les créateurs.

Poterie africaine

Les artisans sont une vitrine d’excellence. Ils valorisent la créativité, l’adaptabilité, la capacité à improviser. Pour ce faire, ils contribuent au rayonnement du Burkina à l’étranger. Les métiers d’art symbolisent un certain art de vivre à la burkinabè qui représente un véritable atout pour les régions en termes de développement et d’attractivité touristique.

Les métiers d’art sont l’une des plus formidables richesses du Burkina Faso. C’est pourquoi les autorités ont toujours à cœur de valoriser ces savoir-faire d’exception et de promouvoir ces métiers qui savent allier, dans une même exigence, les plus anciennes traditions et les innovations les plus abouties.

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