Accueil » En face du miroir » Le combat pour la liberté de la presse, un combat pour la démocratie?

Le combat pour la liberté de la presse, un combat pour la démocratie?

Le journaliste mérite bien la liberté de la presse, mais il doit en retour assumer sa responsabilité sociale pour le bien de la société et de la démocratie. Telle est la conviction de Me Prosper Farama qui s’exprimait au cours d’un panel animé dans la salle de conférences du Centre national des Archives. C’était le jeudi 20 octobre 2016, à l’occasion des activités commémoratives de la 18e journée nationale de la liberté de la presse placée sous le thème: «Au-delà de la dépénalisation des délits de presse! Responsabilité sociale et professionnalisme du journaliste».

Me Prosper Farama à l'extrémité gauche
Me Prosper Farama à l’extrémité gauche

Au regard de la nature de sa profession à travers laquelle il assure une «mission essentielle dans la société», le journaliste doit pouvoir bénéficier de moyens nécessaires à l’accomplissement de cette mission. Font partie de ces moyens, la liberté d’expression et particulièrement la liberté de la presse. Cette liberté, fait remarquer Me Farama, tout comme «l’indépendance de la magistrature, n’est ni pour le journaliste ni pour le magistrat; c’est pour la démocratie». De l’avis de l’avocat, elle ne peut utilement être l’objet du combat des seuls journalistes, «c’est un combat de toute la société; et si on ne comprend pas cela, notre démocratie sera en panne, elle sera boiteuse», car «la presse dans son quotidien, a un impact sur l’évolution de la démocratie et de l’Etat de droit».

La dépénalisation partielle des délits de presse participe, selon l’avocat, du cadre favorable à la jouissance et à l’exercice de cette liberté. En vertu de cette dépénalisation, le journaliste se trouve à l’abri de l’emprisonnement pour des actes accomplis dans le cadre de la conduite de sa mission. Mais il peut être condamné à des peines d’amende dont le taux a été élevé (au moins un million) en 2015.

Pour Me Prosper Farama, «l’effet recherché à travers les amendes, c’est de faire en sorte que les condamnations ne puissent pas porter atteinte à la liberté de la presse, mais puissent avoir un impact sur le journaliste de telle sorte qu’il y ait une sorte d’autocensure». Tel est, de l’avis de Me Farama, l’esprit de la dépénalisation, un esprit qui «n’est pas bien compris».

«Quand on réclame un statut, il faut l’assumer avec toutes ses conséquences»

Dans le milieu de la presse en effet, ces amendes sont décriées. Ce qui, selon Me Farama, est difficilement compréhensible car, précise-t-il, «quand on réclame un statut, il faut l’assumer avec toutes ses conséquences». Et d’ajouter, «si on veut conférer au journaliste une mission d’intérêt général, faire de lui membre d’un corps d’élite investi d’une mission d’intérêt général, le journaliste doit accepter d’assumer les conséquences qui vont avec».

Ces conséquences se rapportent notamment à la possibilité d’être condamné au paiement d’amendes, à l’obligation de travailler avec professionnalisme, à l’obligation d’assurer la responsabilité sociale. Si les journalistes burkinabè font des efforts dans le sens du professionnalisme, il reste, selon Me Farama, que «l’opinion publique n’a pas encore appréhendé le niveau de la responsabilité sociale du journaliste dans notre pays; elle n’en est pas encore convaincue». Et pour rectifier le tir, il importe, selon l’avocat, que «les organes de régulation fonctionnent et fonctionnent sans état d’âme». C’est également ainsi, foi de Me Prosper Farama, que les journalistes comprendront qu’ils «doivent souffrir dans leur âme et leur conscience pour mériter le statut de corps social d’intérêt supérieur dans les missions de démocratie que nous voulons assoir».

Paangui Parè

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *