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Le NON de Sékou Touré et le NON de la Nouvelle-Calédonie

A des milliers de kilomètres de la Métropole et dans des contextes bien différents, le destin de deux peuples s’est scellé différemment. Il s’agit des peuples de Guinée et de la Nouvelle-Calédonie. En 1958, la Guinée a dit NON à la Communauté française, prenant ainsi son indépendance, et en 2018 la Nouvelle-Calédonie a dit NON à l’indépendance pour rester dans la France.

Feu Ahmed Sékou Touré, la nationaliste guinéen

Pour mémoire, en effet, la France, sous la présidence de René Coty et du gouvernement dirigé par le général Charles de Gaulle, avait proposé aux Français un projet de Constitution pour un passage à une 5ème République. Le même texte, dans les colonies françaises, visait également la création de la Communauté française. Le vote eut lieu le 28 septembre 1958 et la Guinée, sur appel du député Ahmed Sékou Touré, fut la seule colonie à voter NON au projet.

Le 28 septembre 1958, le peuple de Guinée, ‘’sous la conduite éclairée’’ d’Ahmed Sékou Touré, alors député à l’Assemblée nationale française, a préféré ‘’l’indépendance dans la pauvreté à l’opulence dans l’esclavage’’ et a opposé un niet à son appartenance à la Communauté française qui regrouperait la France et ses colonies d’Afrique et de l’Outre-mer. Dès le 2 octobre 1958, le République de Guinée devint un Etat indépendant et souverain.

La Guinée a souffert des conséquences de ce NON historique et courageux. Toute l’assistance française lui a été coupée immédiatement pour l’asphyxier et il a fallu qu’elle se tourne vers les pays de l’Est, notamment l’URSS, pour garder la tête hors de l’eau.

Feu Jean-Marie Tjibaou, le nationaliste kanak

60 ans après presque mois pour mois, un référendum est organisé en Nouvelle-Calédonie, un territoire français perdu dans le Pacifique Sud en Océanie, à 11 fuseaux horaires de la Guinée, pour déterminer si ce territoire souhaite rester dans le giron français ou acquérir son indépendance.

Le NON, cette fois-ci à l’indépendance, l’a remporté. Les populations néo-calédoniennes préfèrent-elles le ‘’luxe’’ de vivre Françaises que de voler de leurs propres ailes, comme le réclament les partisans de l’indépendance?

Il faut savoir que là-bas, il y a des décennies maintenant, le peuple Kanak, le peuple autochtone de la Nouvelle-Calédonie, revendique l’indépendance de l’archipel. C’est lui qui pousse à la roue pour que «La Nouvelle-Calédonie [appartienne] aux Kanaks, véritables propriétaires du pays», comme affirmé au milieu des années 70 par des leaders politiques.

Des nationalistes comme Jean-Marie Tjibaou, le premier président du Front de libération nationale kanak et socialiste (les militants de la RDP doivent se souvenir; le capitaine Sankara s’était rendu en Nouvelle-Calédonie pour apporter le soutien du peuple burkinabè aux Kanak) ou son bras droit Yeiwéné Yeiwéné (tous assassinés le 4 mai 1989), entre autres, ont mené le combat au péril de leurs vies.

Entretemps, le 26 juin 1988, Jean-Marie Tjibaou et d’autres camarades, ont signé les Accords de Matignon avec le Premier ministre Michel Rocard, sur le droit à l’autodétermination du peuple kanak. C’est ce qui vaut à la Nouvelle-Calédonie d’organiser ce référendum qui enregistre un NON à l’indépendance. Les Kanaks et leurs alliés sont moins nombreux. La majorité des Néo-Calédoniens préfèrent rester français. Mais le scrutin du 4 novembre dernier à l’avantage d’ouvrir une nouvelle phase de dialogue pour répondre, entre autres, aux aspirations qui se sont fortement exprimées en faveur de l’identité kanak.

Hidogo

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