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Le premier ennemi des leaders politiques burkinabè

«La politique se joue aujourd’hui sur un mode communicationnel», écrivait Dominique Wolton dans son célèbre ouvrage intitulé «la communication politique: construction d’un modèle». Cette affirmation de l’intellectuel français et spécialiste de la communication et des médias est aujourd’hui d’actualité au Burkina Faso où, même les leaders politiques qui occupent des fonctions officielles, ne soignent plus du tout leur langage. En effet, si les Burkinabè tolèrent les déclarations piques de Laurent Bado, de Soumane Touré et de Ablassé Ouédraogo qui espèrent par leurs déclarations fracassantes acquérir une certaine obédience populaire, ils ne supportent pas les dérapages langagiers de Simon Compaoré, de Salifou Diallo et de Clément Sawadogo qui ont de hautes responsabilités publiques. Et quand le   le Premier ministre s’y mêle, il y a de quoi s’inquiéter sur la mauvaise communication de nos acteurs politiques. L’on a le sentiment qu’ils ne savent pas que leur mauvaise communication fait plus de dégâts qu’ils ne le croient?

Le Premier ministre, Paul Kaba Théba. En tant qu'autorité qui incarne l'exécutif, lil pouvait modéré son langage
Le Premier ministre, Paul Kaba Théba. En tant qu’autorité qui incarne l’exécutif, il pouvait modéré son langage.

Le 19 juin dernier, le Premier ministre, Paul Kaba Thiéba, déclarait à propos de la route de Fada qu’«on ne construit pas des routes pour faire plaisir aux gens». Une déclaration crue qui a ravivé la colère les populations du grand Est. Est-ce sous le coup de l’émotion et de l’exaspération ou s’agit-il simplement d’une mauvaise exploitation de la liberté d’expression? Toujours est-il que le Premier ministre n’est pas le seul à s’essayer à cette communication provocatrice.

Les Burkinabè sont habitués aux déclarations fracassantes de Soumane Touré  ou de
Les Burkinabè sont habitués aux déclarations fracassantes de Soumane Touré ou de…

Le 02 décembre 2016, Clément P. Sawadogo, ministre de la Fonction publique, dans une adresse aux fonctionnaires, déclarait: «Désormais, il n’y aura plus 50% du budget national pour distribuer aux fonctionnaires uniquement. Et le gouvernement va y veiller parce que ce pays, il est un pays qui appartient à tous les Burkinabè. Il n’est donc pas question que la guerre des corporations de l’administration prenne en otage tout le développement national au point d’hypothéquer des générations futures, et les autres composantes de la société burkinabè!»

Le lendemain, 03 décembre 2016, c’est le président de l’Assemblée nationale, président par intérim du MPP, Salif Diallo, qui renchérissait de son côté, face à la presse nationale, en ces termes: «Nous avons reçu des tablettes du ministère de l’Economie numérique, mais pas d’une société chinoise. On n’a même pas lu quelle marque était écrite sur les cartons. Nous, on s’en fout d’où ça vient! Point barre!».

En tant qu’autorités qui incarnent le gouvernement ou l’Assemblée nationale, le Premier ministre et Salif Diallo pouvaient être plus modérés et pleins d’euphémismes. Pour ce qui est des manifestations à Fada, même si les populations sont fâchées, il revient à l’exécutif d’user d’une bonne communication moins blessante pour les ramener à la raison.

On est habitué aux déclarations fracassantes de Laurent Bado
… ou de Laurent Bado, afin d’acquérir une certaine obédience populaire

En politique, faut-il le rappeler, les mots sont comme une «arme». La parole est une arme. Son usage doit être un art susceptible de dire la grandeur du pays et d’inventer son destin. Donc, il faut impérativement maîtriser cet art. Malheureusement, sous nos tropiques, et malgré le fait qu’elle reste le moteur de l’espace public, la communication politique est négligée. Ainsi l’on se demande souvent si nos leaders maîtrisent les stratégies et les soubassements de ce milieu si complexe? Sinon comment comprendre que les acteurs de la classe politique (opposition, majorité, mouvance…) jouent souvent avec le feu. Pas le feu qui sert à transformer le fer en acier, mais le feu qui fait flamber le front social sur des raisons qui n’en sont pas.

Le premier ministre Paul Kaba Thiéba ne sait-il pas que ses paroles peuvent blesser les populations du grand Est ou envenimer la situation? Il lui aurait simplement suffi de reconnaître la justesse des revendications des manifestants et de les appeler au calme tout en rappelant les engagements de son gouvernement à gérer diligemment ce dossier. Malheureusement, il a manqué de tact. Un art qui manque cruellement à la plupart de nos hommes politiques.

Mais quand on est président de l'Assemblée nationale ...
Mais quand on est président de l’Assemblée nationale …

Manque d’humour qui dédramatise les situations

L’humour est un élément incontournable en politique pour faire passer un message. C’est une précieuse arme rhétorique qui dédramatise les situations difficiles. Mais nos politiques ne veulent pas passer pour des rigolos. Pour eux, l’humour est un luxe: celui qui fait de l’humour ne peut pas être sérieux et fiable.

... ou ministre de la Fonction publique du Travail et de la Protection sociale, il faut contrôler sa communication
… ou ministre de la Fonction publique du Travail et de la Protection sociale, il faut bien contrôler sa communication

Aussi ils pensent qu’il faut dire la vérité quitte à blesser l’opinion publique. Ils oublient qu’en politique, certaines vérités s’apparentent au manque de respect, à l’arrogance et aux excuses. Parfois, la vérité en politique est même une tyrannie. Ce qui ne signifie pas qu’il faut s’abonner aux mensonges. Il faut savoir simplement communiquer. Ce qui sous-entend connaître son peuple et les stratégies de communication à mettre en branle à chaque situation. Malheureusement, comme on le voit, le maillon faible de notre gouvernement, c’est la communication. Or les conséquences d’une mauvaise communication peuvent être désastreuses pour un pouvoir, un parti politique ou pour l’homme politique. L’ex-maire de Bobo-Dioulasso, Salia Sanou, l’ancien super député du CDP, Mahama Sawadogo et Alizèta Gando, la belle-mère nationale, en savent quelque chose. Alors, nos leaders politiques devraient beaucoup apprendre du passé. Mais il paraît que le pouvoir rend autoritaire, orgueilleux et hautain!

Théophile MONE

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