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Le savon Kabakrou: pourquoi autrefois méprisé, il est aujourd’hui prisé par les Burkinabè?

Il est dur comme la pierre et généralement en forme de boule. Il y a de cela quelques années, dire publiquement utiliser ce savon artisanal venu de Bobo-Dioulasso ou de la Côte d’Ivoire était gênant. Car il était destiné aux pauvres qui ne disposent pas de moyens financiers pour s’acheter le savon industriel au bon parfum. Combien d’élèves n’ont-ils pas été humiliés à l’école pour avoir avoué en classe à leurs camarades utiliser ce savon pour leurs toilettes? Pourtant, aujourd’hui, le Kabakrou semble avoir pris son indépendance dans notre pays et séduit les familles moyennes burkinabè qui l’ont adopté pour la lessive et la vaisselle. Mais l’amour pour ce savon traditionnel est-il une victoire de la pauvreté (son coût), le résultat d’un marketing exceptionnel (stratégie de vente) ou la qualité du produit lui-même?

Savon traditionnel Kabakrou. Jadis méprisé, il est aujourd'hui prisé.
Savon traditionnel Kabakrou. Jadis méprisé, il est aujourd’hui prisé.

Dans ce monde où la communication est au cœur du marketing, il ne suffit pas de produire ou de fabriquer un article de qualité. Il faut savoir le vendre. C’est là qu’intervient la guerre des mots, la guerre des marques.

Dans le registre des savons, chaque marque défend ses couleurs, son parfum, son prix et son efficacité. D’où l’abondance des stratégies de marketing.

Son efficacité, sa compacité et son prix fort abordable y sont pour quelque chose
Son efficacité, sa compacité et son prix fort abordable y sont pour quelque chose

Le savon Kabakrou, d’une fabrication artisanale à base de soude, de potasse et de corps gras (huile de palme), ne peut pas entrer dans la guerre des marques et rivaliser avec les savons industriels aux odeurs suaves. Il n’en pas la carrure. Mais le savon Kabakrou s’est imposé avec patience profitant des difficultés financières des ménages. Ainsi est-il entré dans les habitudes des populations burkinabè des villes et des campagnes, surtout avec l’aide de la diaspora qui en fait régulièrement don aux personnes âgées.

Aujourd’hui, la plus part des familles l’utilise pour la lessive, la vaisselle et parfois même pour la toilette. Car au-delà de sa forme bancale et de sa puissante odeur de détergent, le savon Kabakrou est aujourd’hui prisé pour son efficacité, sa compacité et son prix fort abordable. Ainsi, sans trop de tapages médiatiques et commerciaux, le savon Kabakrou s’est imposé aux Burkinabè. Du dédain à l’amour, le fossé est grand. Mais la persévérance paye toujours.

Théophile MONE

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